La Famille Cinéma de Joe Dante

Issu de l’écurie Corman, Joe Dante a conservé certaines habitudes de son mentor, à commencer par l’emploi régulier des mêmes collaborateurs, acteurs ou techniciens. Mais là ou le maître agissait de la sorte par nécessité autant que par confiance professionnelle ou par amitié (et ne parlons pas de la modestie salariale de ses collaborateurs), l’élève y rajoute une touche référentielle. Ce qui de nos jours est devenu fréquent, notamment sous l’impulsion de Quentin Tarantino et de son cercle (Robert Rodriguez, Eli Roth…), et plus encore du fait de l’émergence d’une génération de “fanboys” qui ne semblent guère être capables de faire autre chose que de ressasser leurs références (bien aidés il est vrai par des studios misant sur la lucrative fibre de la nostalgie). Joe Dante s’inscrit-il en précurseur de cette tendance ? Affirmer complétement l’inverse serait osé. Un film comme Looney Tunes est un véritable catalogue de références, chaque acteur voire chaque scène y évoquant un film ou un genre. Toutefois, assimiler le cinéma de Dante à la frénétique vague de remakes du XXIe siècle, pour autant qu’on puisse en faire une catégorie homogène, serait tout aussi hasardeux : à l’inverse de ces films, ceux de Dante ne cherchent ni à répéter ni à moderniser de vieux classiques pour séduire les nouvelles générations. Auteur à ce jour de deux remakes (Runaway Daughters -pas exactement un titre vendeur-, et son épisode de La Quatrième dimension, le film), Dante a son style à lui, des thématiques et des visions sociales propres à son époque et à lui-même, et le premier Gremlins demeure son seul véritable triomphe commercial, qui ne doit rien à la nostalgie (il est au contraire novateur). Ses références, d’ailleurs pas forcément universelles, il n’en use pas comme une fin en soi : si ses films puisent dans sa cinéphilie, celle-ci n’en occupe pas le rôle central et ils ne s’adressent pas (qu’à) un public de connaisseurs cinéphiles. Pour ne prendre l’exemple que de ses œuvres les plus ouvertement liées au monde du cinéma : Hollywood Boulevard est ainsi une satire affectueuse des coulisses du cinéma d’exploitation alors en plein boom, Panic sur Florida Beach est une tranche d’histoire vue depuis les yeux d’un gamin de l’époque et Looney Tunes lui permet de régler ses comptes avec l’industrie hollywoodienne contemporaine, voire de la société contemporaine dans son ensemble. Il n’est pas besoin d’y voir plus loin pour apprécier ces titres. La cinéphilie et les références attenantes s’inscrivent en arrière-plan, parfois littéralement, et au contraire des remakes du XXIe siècle qui veulent amener du vieux aux jeunes, elles n’ont pas cette prétention : en plus de se faire plaisir à lui-même, il s’agit là de revendiquer à qui veut bien l’entendre un état d’esprit hérité mais non copié des productions d’antan (souvent indépendantes) incarnées par les Dick Miller, les Kevin McCarthy, les William Schallert ou les innombrables disciples de Roger Corman, son père spirituel. Ce qui fait donc de Joe Dante un passeur incorporant l’ancien au récent, l’indépendant à l’hollywoodien, usant de l’anachronisme et de l’obscur pour donner une patine décalée à ses films. Il se pose en historien du cinéma, sans pour autant se replier le “vintage”, et sans non plus chercher à moderniser de vieilles lunes, ce qui serait d’un opportunisme cynique. Sa carrière hors des plateaux démontre cette vocation patrimoniale : avant d’être réalisateur, il était critique cinéma pour la revue “Castle of Frankenstein” (qui traitait de l’horreur sous toutes ses formes : films, romans, comics, dessin…) et, après que le gros de sa carrière soit passée, il s’est replié depuis 2007 sur son propre site web, Trailers from Hell, dans lequel il ressort les bandes annonces de films anciens ou bis, accompagnées de présentations des films en question (il officie d’ailleurs en compagnie de Jonathan Kaplan, de Allan Arkush, de John Sayles, de Jack Hill… bref la fine fleur des cormaniens, auxquels s’ajoutent des John Landis, des Mick Garris ou des Don Coscarelli… que des “has been” diront certains). Raconter le cinéma, ou du moins une certaine forme de cinéma, plutôt que d’en un argument commercial : voilà ce qui semble être son dada. A l’heure où la mode est aux remakes, reboots, préquelles et autres hommages, lui s’est pourtant largement retiré des affaires : si ce n’est pour un épisode de série télévisée de temps à autres, et éventuellement des participations à des films à sketchs, il ne réalise plus grand chose. Bien que l’on aimerait le voir mener à bien quelques projets qu’il traîne de longue date, il est difficile de l’imaginer aux manettes d’une œuvre similaire en ambition à Gremlins ou à Panic sur Florida Beach. Cela, non seulement parce qu’il faut bien admettre que ses derniers opus ne sont pas franchement enthousiasmants, mais aussi voire surtout parce que le temps a fait son œuvre et qu’il n’existe plus guère de monuments à la Dick Miller ou Kevin McCarthy. Les vestiges des années 50 s’en sont allés, de même que les cormaniens, et ce sont désormais tous les réalisateurs de la génération de Dante qui sont en train de passer la main. Mais la marque qu’ils ont laissée a perduré : Joe Dante s’en est fait le légataire, préservant le patrimoine et le faisant vivre pour un temps, au lieu de le muséifier et de le singer. Reste à savoir si quelqu’un portera cet héritage cinématographico-familial ! Si quelqu’un il devait y avoir, il devrait sans nul doute figurer déjà quelque part sur les listes qui suivent…

Avant de procéder à l’évocation des “proches” de Joe Dante, quelques petites remarques sur la filmographie de celui-ci s’imposent. Tout a été retenu, à l’exception de The Movie Orgy, conçu par Dante alors qu’il était encore étudiant. Ce travail de cinéphile était destiné à être projeté dans les campus demandeurs. C’était un montage toujours changeant de films anciens entrecoupés de publicités elles aussi anciennes. N’ayant jamais eu de forme définitive, et étant d’ailleurs totalement invisibles, ces bricolages dont on peut vaguement deviner la nature dans Hollywood Boulevard ne sont pas ici comptabilisés. En revanche, on comptabilisera Rock’n’Roll High School, pourtant officiellement réalisé par Allan Arkush – le co-réalisateur de Hollywood Boulevard-. Dante y est intervenu non seulement en étant à l’origine du concept, mais aussi en suppléant son collègue lorsque celui-ci se fit porter pâle, par épuisement paraît-il, aux derniers jours du tournage. Dante aurait pris sa place lors de la scène du gymnase où se tient le numéro musical de P.J. Soles (qui serait bientôt la victime de Michael Myers dans le premier Halloween), dans la scène de la salle de bain et dans celle de la cabine téléphonique. Les deux hommes ayant alors été assez proches, et bien que l’apport direct de Dante y soit réduit, autant considérer qu’il a occupé une place suffisamment significative dans Rock’n’Roll High School pour l’inclure dans cet historique. Et oublier le titre français de celui-ci, plutôt évocateur des films des Charlots : Le Lycée des cancres.
Lorsque sa carrière commença à patiner, Dante se frotta à la télévision. Ce qui ne pose pas de problème lorsqu’il réalisa des téléfilms à part entière. Mais lorsqu’il s’agit d’épisodes de séries télévisées, il faut prendre des pincettes : il n’avait parfois pas le choix de son équipe, et plusieurs fois ces réalisations sont tombées dans les limbes de l’oubli -parfois comme la série à laquelle ils appartiennent-. Dans ce cadre, on pourra inclure la tripotée d’épisodes réalisés par Dante dans les années 2000 et surtout 2010 : ceux des Experts, de Witches of East End, de DC: Legends of Tomorrow, du revival McGyver, de Salem, de Hawaii 5-0… Et bientôt, ceux de la série Gremlins, dont il doit réaliser le premier épisode ? Tout de même, si globalement ces épisodes intriguent peu (ils auraient pourtant été comptabilisés s’ils avaient eu des noms évocateurs à proposer), ceux des autres séries auxquelles il a participé antérieurement, alors qu’il était en “stand by” entre deux projets, s’avèrent plus intéressants (ceux de La Cinquième dimension ou de Eerie Indiana -alias Marshall et Simon– notamment). Dans ce lot figurent des choses introuvables, ce qui est bien regrettable : c’est le cas notamment de l’épisode “Lightning” de la série Picture Windows. Une série de 1994/1995 dont les six épisodes proposaient à leurs réalisateurs de développer un moyen-métrage en prenant pour base un tableau célèbre. Parmi ceux qui s’y sont collés, signalons les acolytes de Dante chez Corman Jonathan Kaplan et Peter Bogdanovich, mais aussi John Boorman et Norman Jewison (Bob Rafelson, producteur régulier du Bogdanovich post-Corman, étant le dernier larron). Dans cette catégorie des choses feuilletonesques que l’on aimerait voir, évoquons aussi Splatter : cette confidentielle série des débuts de Netflix, portée par un Corey Feldman devenu grand, a non seulement été réalisée par Joe Dante, mais également produite par Roger Corman et son épouse Julie.
Enfin, évoquons le cas Haunted Lighthouse. Un court-métrage de 2003, en relief, inspiré par R.L. Stine (l’auteur des romans Chair de poule) et réalisé à destination de parcs d’attraction. Cette expérimentation est aujourd’hui invisible (à moins de visiter l’un des parcs -américains évidemment- qui l’exploite en ce moment, s’il en reste). Il n’empêche que Dante s’y est pour l’occasion entouré de plusieurs de ses collaborateurs attitrés. Son sujet ? Des enfants fantômes condamnés à rester sur une plage autour d’un phare, croisant la route de deux autres enfants bien vivants qu’ils aimeraient bien réduire à l’état de fantômes.
En se référant à la filmographie de Joe Dante sur l’Internet Movie Database, on remarque également un certain téléfilm qui serait sorti en 2007, The Greatest Show Ever Made. Selon Dante lui-même, cette chose n’existe pas : elle ne serait jamais allée au-delà d’un simple projet pour lequel il fut tout de même effectivement contacté, mais qui n’aurait jamais été mené à bien (nous ne disposons hélas plus de l’interview “en ligne” où il s’exprimait sur le sujet).
Notons enfin qu’en dehors des longs, moyens ou courts métrages de fiction, le document le plus incontournable, celui dans lequel le plus de proches de Dante sont rassemblés, demeure le documentaire That Guy Dick Miller, honteusement boudé en nos contrées, et à peine mieux traité outre-Atlantique (où il est sorti en auto-édition).

Une fois ceci posé, trêve de bavardages : place à la “dream team” de Joe Dante. Avec dans un premier temps :

LES ACTEURS,
LA DREAM-TEAM

DICK MILLER

(1928-2019)

23 apparitions

1976 : Hollywood Boulevard
1978 : Piranhas
1979 : Rock’n’roll High School
1981 : Hurlements
1982 : Police Squad : Testimony of Evil
1983 : La Quatrième Dimension, le film
1984 : Gremlins
1985 : Explorers
1986 : Histoires fantastiques : Le Grand “Truc”
1987 : L’Aventure Intérieure
1987 : Cheeseburger Film Sandwich
1989 : Les Banlieusards
1990 : Gremlins 2
1991 : Eerie Indiana : The Loser
1993 : Panic sur Florida Beach
1994 : Runaway Daughters
1997 : La Seconde Guerre de sécession
1998 : The Warlord : Battle for the Galaxy
1998 : Small Soldiers
2003 : Looney Tunes Back in Action
2006 : Trapped Ashes
2009 : The Hole
2014 : Burying the Ex
Dick Miller, de son vrai nom Richard Miller, est né le 25 décembre 1928. Court sur pattes, ce pur New Yorkais passa une partie de sa jeunesse à servir la Navy et à faire quelques compétitions de boxe. Dans les années 50, il s’établit à Los Angeles et ambitionna d’être scénariste. Présenté par son ami Jonathan Haze à Roger Corman, il accéda bien volontiers à la demande de celui-ci, qui n’avait pas tant besoin de scénaristes que d’acteurs peu exigeants pour ses productions fauchées. C’est donc en 1955 que Dick Miller fit ses débuts à l’écran dans un tout petit rôle pour le second film de Corman, le western Apache Woman. Sous sa direction, il enchaîna ensuite les apparitions à l’écran, ne jouant bien souvent que les seconds rôles. A l’exception notable de Rock All Night (1957) dans lequel il incarna un dur à cuire aux prises avec de vilains loubards, et surtout de Bucket of Blood (1959), satire sur le monde beatnik où il campe pour la première fois le dénommé Walter Paisley, un serveur benêt prêt à commettre des meurtres pour devenir un artiste réputé. Sans pour autant devenir une figure immuable à l’évolution cohérente, ce personnage reviendra dans les décennies qui suivront, relancé pour la première fois par Joe Dante avec Hollywood Boulevard en 1976. Toujours incarné par Dick Miller (si ce n’est dans le remake de Bucket of Blood), Paisley apparaîtra également dans Hurlements, La Quatrième dimension, le film ou, pour sortir de la filmographie de Joe Dante, chez Allan Arkush (Shake, Rattle and Rock !), Jim Wynorski (Shopping) et dans le tout dernier rôle de Dick Miller (Hanukkah, Eben McGarr, 2019)
Suite à Bucket of Blood, Miller continua bien entendu à apparaître chez Corman, encore qu’un peu moins souvent (La Petite boutique des horreurs en 1960, The Man With the X-Ray Eyes en 1963, The Wild Angels en 1966…) et le suivit dans son aventure New World, le studio lancé par un Corman qui abandonnait au passage la réalisation pour se concentrer sur la production. C’est là que Miller rencontra Joe Dante, avec lequel il débuta sa longue association lors de Hollywood Boulevard (co-réalisé avec Allan Arkush). Lorsque le réalisateur quitta le giron de Corman, Miller avait déjà commencé à apparaître en dehors de la New World, bien souvent invité par d’anciens poulains du grand Roger. Des prestigieux comme Martin Scorsese (After Hours, 1985) et James Cameron (Terminator, 1984) ou un peu moins (Jonathan Kaplan, qui avec Joe Dante est le réalisateur qui l’emploie le plus fréquemment). On le remarque aussi dans bien des séries B ou Z, comme chez Fred Olen Ray. Eu égard à sa place particulière dans le cinéma de genre indépendant, Tarantino lui confia même un rôle dans Pulp Fiction, encore qu’il eut le mauvais goût de couper ses scènes au montage.
Sa carrière inclue aussi un doublage pour le film animé Batman : Mask of the Phantasm (Eric Radomski/Bruce Timm, 1993), quelques participations à des séries télévisées (The Flash, Urgences, NYPD Blue…) et, venant rappeler ses premières envies, la participation à deux scénarios le créditant comme “auteur de l’idée originale” (le western Four Rode Out en 1969 et la comédie de Jerry Lewis Ya, ya, mon général en 1970) et la co-rédaction intégrale d’un autre (TNT Jackson, un blaxploitation de Cirio H. Santiago). Mais de l’aveu de son épouse, Lainie Miller, il n’a pas réalisé d’épisode de de Miami Vice comme le stipule pourtant l’IMDB. C’est du moins ce que Madame Miller nous dit dans le confidentiel mais inestimable documentaire That Guy Dick Miller, réalisé par Elijah Drenner en 2014.
Bref une carrière bien remplie. Dick Miller est le symbole de la continuité entre Roger Corman et Joe Dante, la jonction des deux s’étant opérée dans les années 70 au sein de la New World. A ce titre, il personnifie discrètement un (petit) pan de l’histoire du cinéma, en même temps qu’il permet aux réalisateurs qui l’invitent de se rattacher à une mouvance que les deux réalisateurs ont instauré.
Il va sans dire que sa disparition le 30 janvier 2019, alors que Joe Dante lui-même a très largement ralenti ses activités de cinéaste, a porté un coup rude à cette tranche d’histoire, voire lui avoir mis un point final…
ROBERT PICARDO

(1953-…)

16 apparitions

1981 : Hurlements
1985 : Explorers
1985 : Histoires fantastiques : Bouh !
1987 : L’Aventure Intérieure
1987 : Cheeseburger Film Sandwich
1989 : Les Banlieusards
1990 : Gremlins 2
1993 : Panic sur Florida Beach
1994 : Runaway Daughters
1997 : La Seconde Guerre de sécession
1998 : Small Soldiers
2003 : Looney Tunes Back in Action
2005 : Masters of Horror : Vote ou crève
2007 : Les Experts – Manhattan : Boo
2013 : Hawaii 5-0 : Olelo Pa’a
2016 : Salem : Night’s Black Agents
Beaucoup plus jeune que Dick Miller, Robert Picardo (né en 1953) ne vient pas quand à lui de l’école Corman. D’abord chanteur, il est devenu comédien par l’entremise du compositeur Leonard Bernstein qu’il côtoya dans la pièce MassHurlements fut sa première apparition au cinéma, et sa porte d’entrée dans la “famille Dante”, de laquelle il s’éloigna après l’épisode de la saison 1 des Masters of Horror (évoquant un problème d’emploi du temps). Outre ses collaborations avec Dante, dans lesquelles il s’adonne souvent à la facétie, on notera de régulières participations dans des séries B ou lus généralement, dans du cinéma “de genre”. Citons par exemple le Legend de Ridley Scott (1985), le Flic ou Zombie de Mark Goldblatt (1988) ou le 976-Evil de Robert Englund (1989). Rarement tête d’affiche, il se fait pourtant aussi remarquer par de très nombreuses prestations dans des séries télévisées, en temps que personnage récurrent ou non (Star Trek Deep Space NineStargateUrgences ou encore sa participation au doublage des séries animées Batman et Justice League).
BELINDA BALASKI

(1947-…)

14 apparitions

1978 : Piranhas
1981 : Hurlements
1984 : Gremlins
1985 : Explorers
1987 : Cheeseburger Film Sandwich
1990 : Gremlins 2
1991 : Eerie Indiana : Foreverware
1992 : Eerie Indiana : The Hole in the Head Gang
1993 : Panic sur Florida Beach
1994 : Runaway Daughters
1997 : La Seconde Guerre de sécession
1998 : Warlord : Battle for the Galaxy
1998 : Small Soldiers
2018 : Nightmare Cinema
Née en 1947, Belinda Balaski est beaucoup plus rare à l’écran que Dick Miller. Pourtant, dès le début de sa carrière, elle tourne avec des réalisateurs réputés, et sans aucun doute des modèles de Joe Dante. Il s’agit de Jack Arnold et Bert I. Gordon, deux maîtres de la science-fiction 50’s à base de monstres atomiques : on la voie ainsi dans le Black Eye du premier et dans le Soudain… les monstres ! du second… Puis, après quelques apparitions dans des téléfilms, elle intégra la New World de Corman avec le Cannonball de Paul Bartel (1976). Deux ans plus tard, elle tourna dans le Piranha de Joe Dante, et ce fut le début de sa régulière collaboration à l’œuvre du réalisateur, toujours comme un second couteau. La douceur de son regard, lui vaut généralement chez Dante des rôles de femme en difficulté subissant les assauts de mauvais bougres. Témoin son rôle dans Gremlins, où elle interprète Mrs Harris, qui vient quémander un délai pour payer ses dettes à la vieille rapace Mrs. Deagle, ou encore sa prestation de veuve dans Cheeseburger Film Sandwich, où une assemblée de comiques s’évertuent à dénigrer la mémoire de son défunt mari en pleine séance de funérailles.
ARCHIE HAHN

(1941-…)

10 apparitions

1987 : L’Aventure Intérieure
1987 : Cheeseburger Film Sandwich
1989 : Les Banlieusards
1990 : Gremlins 2
1992 : Eerie Indiana : The Hole in the Head Gang
1993 : Panic sur Florida Beach
1994 : Runaway Daughters
1998 : Small Soldiers
2003 : Looney Tunes Back in Action
2014 : Burying the Ex
Encore un qui a atterri chez Dante -quoique sur le tard- en étant passé par le Cannonball de Paul Bartel ! Méconnu et n’ayant pas à son actif un grand nombre de titres marquants (outre chez Dante, on a quand même pu l’apercevoir dans le Phantom of the Paradise de Brian de Palma, dans Police Academy 5 et dans Spinal Tap et Misery de Rob Rainer), il vient de l’improvisation théâtre. A noter qu’il intervient assez régulièrement en acteur de doublage, ou en ne faisant que de l’intervention orale sans apparaître physiquement (Rain Man, Dr. Doolittle, Chicken Little…). Et les trois quarts du temps, que ce soit au cinéma ou à la télévision, qu’il soit là en chair et en os ou juste pour prêter sa voix, ce ne sont que des interventions minimes.
KEVIN MCCARTHY

(1914-2010)

7 apparitions

1978 : Piranhas
1981 : Hurlements
1983 : La Quatrième Dimension, le film
1987 : L’Aventure Intérieure
1989 : Les Banlieusards
1993 : Panic sur Florida Beach
1997 : La Seconde Guerre de sécession
2003 : Looney Tunes Back in Action
Une figure reconnaissable du cinéma fantastique que ce Kevin McCarthy ! Né en 1914, il était en son temps le plus âgé de tous les collaborateurs de Dante. Après un début de carrière dans le Winged Victory de George Cukor en 1944, il dût attendre 1956 pour avoir le rôle de sa vie : le docteur Miles Bennell, protagoniste principal de L’Invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel. Un fleuron de la science-fiction des années 50. Or, comme on sait que Joe Dante a été biberonné à cette époque et à ce genre de productions, il est logique qu’il se soit ensuite emparé de Kevin McCarthy. La filmographie de l’acteur ne se résume pourtant pas à ce titre, et s’enorgueillit d’une centaine de films ou téléfilms, et de non moins nombreuses participations à des séries télévisées. Mais c’est tout de même en ayant en tête la figure (légitimement) paranoïaque de Miles Bennell que Dante l’embaucha une première fois lors de Piranhas, lui confiant un rôle de scientifique parano. La première de nombreuses collaborations, entres des rôles plutôt importants (PiranhasLa Quatrième DimensionL’Aventure intérieure), et des caméos furtifs (Panic sur Florida BeachLooney Tunes), qui ont régulièrement rappelé le personnage de Miles Bennell (voire plus dans le cas de Looney Tunes, où le personnage intervient directement, en noir et blanc, avec une des fameuses cosses extra-terrestres à la main.). Et ne parlons pas du premier Gremlins, où McCarthy ne joue pas mais est bel et bien présent via une télé diffusant la scène finale du film de Don Siegel. Tout comme pour Dick Miller, ses apparitions revêtent un côté historique, encore que cette fois ce ne soit pas le lien avec Roger Corman qui soit évoqué (McCarthy n’a jamais paru chez Corman avant de jouer dans Piranhas), mais bien la cinéphilie personnelle de Dante. Kevin McCarthy est mort le 11 septembre 2010 à 96 ans, sans jamais avoir pris sa retraite d’acteur. L’un de ses dernier films fut Trail of the Screaming Forehead (2007), de Larry Blamire, dans un petit rôle en compagnie de Dick Miller.
PAUL BARTEL

(1938-2000)

5 apparitions

1976 : Hollywood Boulevard
1978 : Piranhas
1979 : Rock’n’Roll High School
1987 : Cheeseburger Film Sandwich
1990 : Gremlins 2
Malheureusement décédé en 2000, Paul Bartel était avant tout un réalisateur pour Corman, pour lequel il signa la grinçante Course à la mort de l’an 2000 et sa suite plus ou moins officielle, Cannonball. Hors de la New World, son film le plus connu est certainement la comédie satirique Eating Raoul. Mais Bartel ne rechignait pas à officier devant la caméra, pour son ami Joe Dante ou pour d’autres réalisateurs, cormaniens ou non. Grand Theft Auto de Ron Howard, Shopping de Jim Wynorski ou Los Angeles 2013 de John Carpenter ne sont que quelques unes de ses nombreuses apparitions au cinéma. Pour Joe Dante, il fit plusieurs apparitions discrètes, tout comme Dante en fit une pour Bartel dans Cannonball. Il dispose d’une image de trublion profondément irrévérencieux, bien plus encore que Joe Dante.
HENRY GIBSON

(1935-2009)

5 apparitions

1987 : L’Aventure Intérieure
1989 : Les Banlieusards
1990 : Gremlins 2
1991 : Eerie Indiana : The Losers
2006 : Trapped Ashes
Acteur partagé entre la télévision et le cinéma, souvent employé comme doubleur vocal, il ne vient pas de chez Corman. Pas franchement spécialisé dans le fantastique, il est employé par Joe Dante entre autres pour son physique assez remarquable : un frêle vieillard au regard halluciné, qui peut jouer aussi bien des psychopathes en puissance (Les Banlieusards) que des personnages d’ahuris (L’Aventure IntérieureGremlins 2). Mort en 2009, il laisse une filmographie honorable, bien entendu en éternel second couteau : Embrasse-moi, idiot ! (Billy Wilder, 1961), Le Privé (Robert Altman, 1973),  Les Blues Brothers (John Landis, 1980), Magnolia (Paul Thomas Anderson, 1999). Le tout avec tout de même un sévère penchant pour la télévision, comme beaucoup de monde dans cette liste.
RANCE HOWARD

(1928-2017)

5 apparitions

1987 : L’Aventure Intérieure
1989 : Les Banlieusards
1994 : Runaway Daughters
1997 : La Seconde Guerre de sécession
1998 : Small Soldiers
Le père de Ron Howard est un autre second couteau méconnu, à la filmographie pourtant prolifique. Et cette fois pas uniquement dans le cadre de la série B, puisqu’on le retrouve au générique d’une poignée de film de son fils (CocoonApollo 13…), ainsi que dans Universal Soldiers et Independence Day de Roland Emmerich, ou encore dans Ed Wood et Mars Attacks ! de Tim Burton… Passé par l’écurie Corman via notamment Ron Howard et son Grand Theft Auto, il sur le tard été “adopté” par Dante. Mort en novembre 2017, il est avant tout une “trogne” : ce genre d’acteurs vus plein dans fois sans que pourtant personne ne s’attarde vraiment sur son cas.
WENDY SCHAAL

(1954-…)

5 apparitions

1986 : Histoires fantastique : Bouh !
1987 : L’Aventure Intérieure
1989 : Les Banlieusards
1994 : Runaway Daughters
1998 : Small Soldiers
En route pour la gloire (Hal Ashby, 1976) est l’un des premiers films de cette actrice qui s’est arrêtée en chemin… Créature, Munchies ou Miracle sur la 8ème rue constituent avec les films de Dante  ses principales incursions au cinéma Sa carrière s’est nettement plus tournée vers la télévision, avec une prédisposition particulière pour les apparitions sans lendemain, des fois pour des séries assez connues (Star Trek : VoyagerFriendsX-FilesSix Feet Under…). Rien ne semblait prédisposer Wendy Schaal à fréquenter la filmographie de Joe Dante. Trop jeune pour avoir été dans les films de sa jeunesse et pas de passage chez Corman… Très certainement des atomes crochus noués lors de leur première collaboration.
WILLIAM SCHALLERT

(1922-2016)

5 apparitions

1983 : La Quatrième Dimension, le film
1984 : Gremlins
1987 : L’Aventure Intérieure
1993 : Panic sur Florida Beach
1997 : La Seconde Guerre de sécession
Encore un acteur à la filmographie à rallonge, tant au cinéma qu’à la télévision. Bien qu’il ait été actif de la fin des années 40 pratiquement jusqu’à décès en 2016, son nom demeure très largement méconnu. Quelques films à son palmarès justifient son intégration à l’écurie de Joe Dante : The Man From Planet X (1951, Edgar G. Ulmer), un film de science-fiction bien ancré dans la culture du réalisateur (qui en réutilisera l’extra-terrestre dans son Looney Tunes), mais aussi et surtout Des Monstres attaquent la ville (1954, Gordon Douglas) et L’Homme qui rétrécit (1957, Jack Arnold). Deux films parmi les plus connus de l’époque, donnent à Schallert le même profil que Kevin McCarthy.
ROGER CORMAN

(1926-…)

4 apparitions

1981 : Hurlements
1994 : Runaway Daughters
1997 : La Seconde Guerre de sécession
2003 : Looney Tunes Back in Action
On ne présente plus Roger Corman, surtout en ces pages où il est évoqué en long, en large et en travers. Réalisateur talentueux, producteur pingre mais efficace, il a permis à travers sa compagnie New World (et plus tard à un degré moindre Concorde-New Horizon) de faire éclore bon nombre d’acteurs, réalisateurs, et techniciens en tous genres. Francis Ford Coppola, Martin Scorsese, James Cameron, Jonathan Demme, Robert De Niro, Jack Nicholson, Bruce Dern… et bien entendu Joe Dante qui comme tous les autres sait ce qu’il doit au grand Roger.
Bien qu’il ne rechigne pas à apparaître devant la caméra, Corman n’est pas plus que cela mis à contribution par son poulain. Notons toutefois que dans la plus notable de ses quatre prestations, celle de Looney Tunes, il endosse le rôle du réalisateur d’une superproduction Batman : clin d’œil ironique à son statut de pape de la série B.
Dante n’est pas le seul de ses disciples à lui voir réservé un caméo : il est ainsi apparu chez Coppola (Le Parrain II), chez Ron Howard (Apollo 13) et surtout chez Jonathan Demme (Swing ShiftLe Silence des agneauxPhiladelphiaUn crime dans la têteRachel se marie) pour le citer que les plus connus. Ce qui du coup donne à l’acteur Roger Corman une filmographie plutôt prestigieuse !
BRUCE DERN

(1936-…)

4 apparitions

1989 : Les Banlieusards
1998 : Small Soldiers (voix)
2007 : Les Experts – Manhattan : Boo
2009 : The Hole
Très certainement l’acteur le plus prestigieux du lot ! Le gars a tout de même joué pour Hitchcock (Pas de printemps pour Marnie, 1964 et Complot de famille, 1976), pour Sydney Pollack (Un château en enfer et On achève bien les chevaux, 1969), pour Walter Hill (Driver, 1976), pour Francis Ford Coppola (Twixt, 2011) ou auprès de Bette Davis (Chut…chut…chère Charlotte de Robert Aldrich, 1964), de Clint Eastwood (Pendez-les haut et court de Ted Post, 1968), de John Wayne (Les Cow-boys de Mark Rydell, 1972), de Walter Matthau (Le Flic ricanant de Stuart Rosenberg, 1973) ou encore de Robert Redford (Gatsby le magnifique de Jack Clayton, 1974) et de Bob Dylan (Pat Garrett et Billy le Kid, de Peckinpah en 1973 -pour lequel il n’est pas officiellement crédité- et, en compagnie d’une meute de stars, le Masked and Anonymous de Larry Charles en 2003). Et il doit être le seul à être occasionnellement tête d’affiche, comme dans le Silent Running de Douglas Trumbull (1972) ou plus récemment le Nebraska d’Alexander Payne (2013). Mais son lien avec Joe Dante s’explique moins par l’achalandage de son CV que par son passif cormanien. Bruce Dern est en effet l’un des acteurs emblématiques du Roger Corman de la fin des années 60. On le retrouve ainsi dans Les Anges sauvages (1966), dans L’Affaire Al Capone (1967), dans The Trip (1967) et dans Bloody Mama (1970). Autant de films contribuant à définir le style qui allait être celui de la New World, encore que Dern lui-même ne soit pas apparu dans les films de ce studio.
Quentin Tarantino, que l’on peut critiquer mais que l’on ne saurait accuser de ne pas déceler les emblèmes du cinéma “de quartier”, ne s’y trompa pas et a récemment récupéré Dern qu’il a placé dans Django Unchained (2012), Les 8 salopard (2015) et Once upon a time in Hollywood (2019).
N’ayant jamais rechigné à faire dans la série B tout en continuant à apparaître dans des productions plus huppées, Bruce Dern semble être culturellement proche de Joe Dante, qui a lui-même navigué entre les productions indépendantes et entre Hollywood. Cormaniens tous les deux, ils ne se sont vraiment rejoints que récemment, au crépuscule de leurs carrières respectives. Et à l’heure où ces lignes sont écrites, on se prend à rêver que l’arlésienne The Man with Kaleidoscope Eyes, ce film préparé par Dante narrant la production de The Trip, viennent brillamment les conclure.
KENNETH TOBEY

(1917-2002)

4 apparitions

1981 : Hurlements
1984 : Gremlins
1987 : L’Aventure intérieure
1990 : Gremlins 2
Kenneth Tobey (1917-2002) est du même acabit que Kevin McCarthy ou William Schallert. On le retrouve dans un nombre conséquent de films ou séries télévisées depuis les années 40, avec bien entendu une attention particulière à porter à ses films de science-fiction des années 50. Principalement La Chose d’un autre montre (1951, Christian Nyby), mais aussi The Beast from 20,000 Fathoms (1953, Eugène Lourié) et It came from beneath the Sea (1955, Robert Gordon). Rien de plus naturel, donc, que de le retrouver plus tard chez Joe Dante.

ET LES AUTRES…

Avec 3 apparitions au compteur, les noms qui suivent peuvent être intégrés dans le cercle de Joe Dante. Leurs CVs les en prédisposent bien souvent… Notons au passage l’omission purement arbitraire de Frank Welker, qui est au générique de 5 films de Joe Dante, mais uniquement en temps que doubleur. Son activité principale et pour laquelle il est extrêmement demandé. On peut donc imaginer que Dante ne fasse appel à lui que pour des raisons pratiques (il double le chef des méchants Gremlins dans les deux films, le père extraterrestre dans Explorers, Scooby-Doo dans Looney Tunes et le Grand “Truc” de l’épisode éponyme des Histoires fantastiques.

John Astin
(1930-…)
Interprète de Gomez dans la série originale La Famille Addams, il figure dans Gremlins 2, Eerie Indiana : The Hole in the Head Gang et Runaway Daughters.
Corey Feldman
(1971-…)
Enfant et ado régulier dans les films des années 80, on se souvient surtout de ses apparitions dans Les Goonies, dans Stand by Me et bien entendu dans Gremlins. Pour Dante, il apparaîtra aussi dans Les Banlieusards et ira chercher le réalisateur ainsi que Roger Corman (à la production) pour Splatter, une fugitive série en 10 épisodes apparue sur un Netflix encore balbutiant.
Heather Haase
(1972-…)
De la même génération que Corey Feldman, sa carrière d’actrice n’est pas allée bien loin. La Cinquième dimension (épisode “Shadow Man”), Les Banlieusards et Gremlins 2 sont ses principaux faits d’armes, avant qu’elle ne se réoriente dans la fonction de régisseuse pour séries télé.
Jackie Joseph
(1933-…)
Apparaissant auprès de Dick Miller dans La Petite boutique des horreurs de Corman, il n’en fallait pas plus pour qu’elle deviennent l’épouse de celui-ci dans les deux Gremlins et dans Small Soldiers. Allan Arkush en avait eut l’idée avant Dante, dans son Get Crazy (1983).
Shawn Nelson
(19??-????)
Le nom le plus obscur de cette page, il est avant tout  “acting coach”. Peut-être un ami personnel de Dante ? On peine à le reconnaître au milieu des castings de Piranhas, L’Aventure intérieure et Gremlins 2.
Ron Perlman
(1950-…)
Pouvant aussi bien tenir la tête d’affiche hollywoodiennes (dans les Hellboy de Del Toro) que jouer les seconds rôle dans de sombres productions indépendantes, on le retrouve chez Dante au second plan dans La Seconde Guerre de sécession et les Looney Tunes, ainsi que dans l’épisode “Lightning” de la (courte et introuvable) série Picture Windows.
Jason Presson
(1971-…)
Un de ces enfants acteurs qui n’aura pas eu une grande carrière une fois atteint l’âge adulte. Après Explorers, qui ne fut d’ailleurs pas un grand succès commercial, Dante pensa à lui pour des petits rôles dans “Shadow Man”, son tronçon d’épisode de La Cinquième dimension,  et dans Gremlins 2 (au côté de Heather Haase).
Robby the Robot
(1956)
Le robot le plus emblématique de la SF des années 50, apparu dans Planète interdite en 1956. Que ce soit au cinéma ou à la télévision, il n’a depuis jamais pris sa retraite. Dante ne pouvait pas passer à côté et l’a employé dans Hollywood Boulevard, Gremlins et Looney Tunes.
John Sayles
(1950)
Réalisateur (Lone Star) et / ou scénariste (A armes égales), il a fait ses armes pour Corman époque New World en même temps que Dante, pour lequel il a écrit le scénario de Piranhas et (hors Corman) de Hurlements. On l’aperçoit donc dans ces deux films, ainsi que dans Panic sur Florida Beach. Il ne rechigne pas à apparaître devant la caméra, puisqu’il figure aussi aux génériques de Dangereuse sous tous rapports (du cormanien Jonathan Demme, de Malcolm X (Spike Lee) ou encore de Dans la brume électrique (Bertrand Tavernier).
Dan et Don Stanton
(1952-…)
On ne sait pas grand chose si ce n’est rien de ces jumeaux vus dans Gremlins 2, Eerie Indiana : Foreverware et Looney Tunes (ainsi que dans Terminator 2). Leur filmographie -commune- est loin d’être pléthorique…
Don Steele
(1936-1997)
Un animateur radio et DJ à succès, dont les apparitions à l’écran -généralement liées à sa véritable profession- sont très cormanesques : La Cible (Peter Bogdanovitch), The Student Teachers (Jonathan Kaplan), La Course à la mort de l’an 2000 et Eating Raoul (Paul Bartel), Grand Theft Auto (Ron Howard). Et Rock’n’Roll High School, Gremlins (du moins sa voix) et Runaway Daughters pour Dante.
Mary Woronov
(1943-…)
L’ex disciple de Andy Warhol n’a jamais cessé de faire dans la série B, voire dans le bis. Si on ne devait retenir qu’une figure féminine de l’écurie de Roger Corman, ce serait elle. On la trouve le plus souvent dans les films de Paul Bartel, mais aussi chez Allan Arkush, Jonathan Kaplan et donc chez Dante (Hollywood Boulevard, Rock’n’Roll High School, Looney Tunes).
Une bonne dizaine de noms sont apparus deux fois chez Dante. On considérera que cela n’est guère significatif, et qu’il s’agit là majoritairement des fruits du hasard ou de la logique (comme pour Zach Galligan, Phoebe Cates et Keye Luke, qui ont repris leurs rôles dans la séquelle de Gremlins). Toutefois, le pedigree de certains justifie qu’on les cite : Charles S. Haas qui est apparu dans les deux films dont il a écrit le scénario, à savoir Gremlins 2 et Panic sur Florida Beach. Même chose pour Jerry Goldsmith, compositeur attitré de Dante faisant des caméos dans les deux Gremlins. Directeur photo, John Hora est apparu dans L’Aventure intérieure et -sans pour autant y avoir travaillé- dans Burying the Ex. Légendaire cartooniste créateur des Looney Tunes, Chuck Jones fait sans conteste partie de ces gens qui ont façonné les goûts du jeune Dante, et celui-ci lui offre des caméos dans les très cartoonesques L’Aventure intérieure et Gremlins (sans compter que Jones aurait réalisé anonymement les séquences d’animation de Gremlins 2). Citons aussi Christophe Stone et Dee Wallace, époux à la ville qui jouaient conjointement dans Hurlements et qui sont revenus faire de même dans Runaway Daughters. Enfin, terminons par Mark Alan, l’un des seuls noms (si ce n’est le seul) à avoir intégré la troupe de Dante au XXIe siècle. Soutien du site Trailers from Hell, il est apparu dans Spetters et dans Burying the Ex.

Concluons ce catalogue des acteurs en mentionnant les films comptabilisant le plus de personnalités citées… En l’occurence, il s’agit de Gremlins 2, avec 13 de ces lascars. Il est vrai qu’il s’agit là du film de Dante au casting le plus pléthorique et Dante n’a pas eu trop de mal à caser les siens. Ce qu’il fit aussi largement dans L’Aventure intérieure, dans Les Banlieusards (10 noms) et dans Panic sur Florida Beach (9).

DERRIERE LA CAMERA :
L’EQUIPE TYPE

Ci dessous, les noms clefs à chaque poste ! N’y incluons pas Roger Corman lui-même : ce serait tricher. Et boudons honteusement Steven Spielberg, qui s’il a bien été très influent dans le parcours de Dante, lui mettant le pied à l’étrier Hollywoodien et lui permettant de réaliser assez librement ses plus gros films (participant à la production des deux Gremlins, des deux épisodes des Histoires fantastiques, de La Quatrième dimension, de L’Aventure intérieure et de Small Soldiers), n’a pas eu la même portée sur son cinéma que Roger Corman. Sous sa férule, Dante aura certes réalisé des films tous publics, voire enfantins, mais il n’est guère besoin de gratter bien loin leur surface pour y retrouver la satire cormanienne, son irrespect des formes hollywoodiennes ou, plus encore, des idées héritées en ligne directe du fantastique des années 50 (auquel le Corman pré-New World s’adonna largement, souvent avec Dick Miller). Les purs éléments d’exploitation de la New World n’ont jamais été le principal intérêt de Dante, et les Coppola ou les Scorsese n’auraient pu intégrer le gratin du cinéma américain s’ils s’y étaient accrochés. Ces disciples de Corman passés à Hollywood avaient en fait chacun leur visions propres du cinéma, leur passage chez Corman leur ayant surtout permi de s’exercer techniquement, de savoir gérer leurs tournages et d’apprendre à composer avec des producteurs ou distributeurs autrement plus interventionnistes qu’un Roger Corman qui se contentait de nanas à poil et de scènes à effets spéciaux, laissant par ailleurs les réalisateurs libres de faire leurs films. Si la renommée de Coppola ou de Scorsese leur permet désormais d’être les seuls maîtres à bord de leurs productions (et encore, c’est devenu moins sûr pour Coppola), Dante s’y est cassé les dents. Malgré la bienveillance de Spielberg, le fond de ses films est resté bien trop cormanesque, bien trop indépendant, et dans leur fond comme dans leur forme ne correspondaient pas à ce que les studios respectables attendaient de lui. Cela a parfois conduit Dante à des compromissions, à des films bancals, et, personne n’y trouvant totalement son compte, à des échecs commerciaux qui ont ensuite enrayé sa carrière et ont conduit bien de ses projets dans des voies de garage. Joe Dante passe désormais pour un réalisateur de films fantastiques gentillets, et sa fin de carrière (plein d’épisodes anonymes de séries télévisées) ont tôt fait de passer pour des signes de résignation. Le véritable Dante aurait retrouvé ses premières amours avec des projets comme Trailers from Hell, ou bien avec Splatter. Des choses passant sous les radars et par lesquelles il se renferme dans sa bulle cinéphilique, non sans un certain esprit très “fanzinesque” (geek dirons certains) où il affirme là encore sa véritable place : celle d’un expert du cinéma populaire, dont il passe la mémoire. Et, même si lui-même n’a pas eut la carrière qu’on aurait aimé lui voir faire, il a tout de même su faire mouche sur ce point : si Roger Corman et ses sbires sont devenus si omniprésents sur le présent site, leur découverte et leur appréciation est consécutive du goût pour le cinéma de Dante et pour les gens qui le peuplaient. Voici donc les hommes de l’ombre, avec un nom pour chaque poste :

MICHAEL FINNELL
Producteur
(1955-…)
13 participations
1976 : Hollywood Boulevard
1979 : Rock’n’Roll High School
1981 : Hurlements
1983 : La Quatrième Dimension le film
1984 : Gremlins
1985 : Explorers
1987 : L’Aventure intérieure
1989 : Les Banlieusards
1990 : Gremlins 2
1993 : Panic sur Florida Beach
1998 : Warlord : Battle for the Galaxy

1998 : Small Soldiers
2003 : Haunted Lighthouse
Un cormanien de l’ombre, car travaillant derrière la caméra. Il apprit le métier à la New World, notamment comme assistant de production sur Cannonball et Hollywood Boulevard, avant de monter en grande pour être producteur associé sur Avalanche puis producteur de plein droit sur Rock’n’Roll High School. Il suivit ensuite Joe Dante après la revente de la New World, en commençant par Hurlements. Lui étant étroitement associé, étant rarement allé voir ailleurs (signalons tout de même le flop Mrs. Tingle) il produisit pratiquement tous ses films jusqu’à Small Soldiers, zappant en revanche ses incartades télévisées (à l’exception de Warlord). Le court-métrage Haunted Lighthouse (2003), tourné pour être diffusé dans des parcs d’attraction, est à ce jour sa dernière association avec Dante. Non qu’ils soient fâchés : Finnell semble avoir tout simplement pris sa retraite, sa filmographie de producteur s’arrêtant à la série Jeremiah, adaptée de la BD du même nom signée Hermann (et encore : comme producteur exécutif). Notons tout de même un petit caméo dans le 21 grammes de Alejandro Iñárritu.
MARSHALL HARVEY
Monteur
(19??-…)
12 participations
1987 : Cheeseburger Film Sandwich
1989 : Les Banlieusards
1993 : Panic sur Florida Beach
1997 : La Seconde Guerre de sécession
1998 : Warlord : Battle for the Galaxy
1998 : Small Soldiers
2003 : Haunted Lighthouse
2003 : Looney Tunes : Back in Action
2005 : Masters of Horror : Vote ou crève
2006 : Masters of Horror : La Guerre des sexes
2009 : The Hole
2014 : Burying the Ex
Ancien collègue de Joe Dante, préposé aux bandes-annonces des films New World, Marshall Harvey n’a depuis plus beaucoup quitté le réalisateur, si ce n’est lors de ses plus grosses productions (les deux Gremlins et L’Aventure intérieure notamment). Il a même été son assistant sur The Hole. En dehors de Dante, il affiche une certaine prédisposition pour la série B : L’Epée sauvage de Albert Pyun, Lake Placid de Steve Miner, Riding the Bullet de Mick Garris, sans parler des épisodes des Masters of Horror réalisés par les collègues de Dante.
JERRY GOLDSMITH
Compositeur
(1929-2004)
10 participations
1983 : La Quatrième Dimension, le film
1984 : Gremlins
1985 : Explorers
1986 : Histoires Fantastiques : Bouh !
1987 : L’Aventure Intérieure
1989 : Les Banlieusards
1990 : Gremlins 2
1993 : Panic sur Florida Beach
1998 : Small Soldiers
2003 : Looney Tunes : Back in Action
Bien qu’il ait débuté sa carrière dans les années 50, Goldsmith ne s’est pas spécialement distingué dans la science-fiction de l’époque. Tout de même, il fut un prolifique compositeur de La Quatrième dimension (la série d’origine), bien que ce ne soit pas lui qui ait écrit la fameuse musique du générique. Variant les styles de films, il est entré dans l’univers de Dante quand celui-ci est passé à Hollywood, et a signé les bandes originales de tous ses films hollywoodiens, de Gremlins à Looney Tunes. Mort en 2004, sa renommée n’est plus à faire : nominé 18 fois au Oscars, bien qu’il n’en ai gagné qu’un seul (pour La Malédiction), il a composé entre autres la musique de La Planète des singes, Rio Lobo, Patton, Chinatown, Alien, Rambo
JOHN HORA
Directeur de la photographie
(1940-2021)
8 participations
1981 : Hurlements
1983 : La Quatrième Dimension, le film
1984 : Gremlins
1985 : Explorers
1989 : Les Banlieusards
1990 : Gremlins 2
1991 : Eerie Indiana : Foreverware
1993 : Panic sur Florida Beach
A moins de considérer le clip du “Smooth Criminal” de Michael Jackson, Chérie, j’ai agrandi le bébé est le seul titre marquant de John Hora en dehors du cinéma de Joe Dante. C’est dire si, à l’instar de Michael Finnell, il lui est tout dévoué. Peut-être une question d’osmose culturelle… Toujours est-il que son travail a été louable, tant Dante s’est attaché à saisir des styles années 50. On aurait pu croire que comme Finell, John Hora ne serait plus réapparu chez Dante après que celui-ci soit tombé en disgrâce. Ses derniers travaux conséquents datent du milieu des années 90, suite à quoi il devint professeur à la Los Angeles Film School. Mais il sortit de sa retraite en 2014, pour un caméo dans Burying the Ex. Hora est mort en février 2021, à 80 ans.
ROB BOTTIN
Maquilleur / Effets spéciaux
(1959-…)
6 participations
1978 : Piranhas
1979 : Rock’n’Roll High School
1981 : Hurlements
1983 : La Quatrième dimension, le film
1985 : Explorers
1987 : L’Aventure intérieure
S’il ne s’est pas chargé des deux Gremlins, les productions les plus huppées de Dante (confiées à Chris Walas pour le premier et à Rick Baker pour le second), Rob Bottin s’est tout de même chargé d’autres films de Dante particulièrements exigeants en terme d’effets spéciaux. C’est même sur Hurlements qu’il se fit remarquer, rivalisant avec le travail de son maître Rick Baker qui de son côté travaillait sur Le Loup-garou de Londres. Et puis il a cotoyé Dante à l’époque de la New World, pour Piranhas notamment mais en concevant également la souris géante de Rock’n’Roll High School. S’il n’y avait qu’un seul nom à retenir dans le domaine des effets spéciaux chez Joe Dante, ce serait donc le sien. Mais quoi qu’il en soit, il aurait été tout de même retenu via ce qu’il a accompli par ailleurs : Fog et surtout The Thing pour John Carpenter, Legend pour Ridley Scott, Robocop, Total Recall (et Basic Instinct) pour Paul Verhoeven, Las Vegas Parano pour Terry Gilliam…
JAMES H. SPENCER
Chef décorateur
(1942-…)
4 participations
1984 : Gremlins
1987 : L’Aventure Intérieure
1989 : Les Banlieusards
1990 : Gremlins 2
Pas exactement incontournable, James Spencer mérite tout de même d’être mentionné pour avoir été chef décorateur sur les films les plus joyeusement bordéliques de Joe Dante, dont le plus exubérant du lot : Gremlins 2, où il a d’ailleurs également officié en tant que réalisateur de seconde équipe. Au-delà de ça, pas grand chose de notable à signaler : L’Arme fatale 3, la série Lost
CHARLES S. HAAS
Scénariste
(1952-…)
3 participations
1990 : Gremlins 2
1993 : Panic sur Florida Beach
1994 : Runaway Daughters
Encore moins employé que James Spencer, le journaliste de formation Charles S. Haas figure ici au même titre que son camarade : parce qu’il a travaillé sur certains des films le plus emblématiques de Joe Dante. C’est pourquoi on le préférera dans cette équipe type à son collègue Sam Hamm (qui a écrit les deux épisodes de Dante pour les Masters of Horror ainsi que Haunted Lighthouse). Toutefois, l’un comme l’autre n’ont pas fait une grande carrière en dehors du cinéma de Dante (citons tout de même Violences sur la ville du cormanien Jonathan Kaplan pour Haas et Batman : le défi pour Hamm). Lequel Dante n’a pas eu recours à d’autres scénaristes fidèles : bien que n’étant lui-même pas scénariste (si ce n’est pour l’idée originale de Rock’n’Roll High School), il semble avant tout s’emparer d’un scénario et le faire sien a posteriori.

Et donc les films réunissant le plus de ces noms : Les Banlieusards, Gremlins 2, Panic sur Florida Beach, avec 5 types en commun. Ils devancent de peu La Quatrième Dimension (du moins l’épisode de Dante), Gremlins, Explorers et L’Aventure intérieure. Autant de films concentrés en 10 années, sans conteste le pic de la carrière de Joe Dante.

A l’évocation de toutes ces personnes, un constat s’impose : peu d’entre eux sont reconnus, et la plupart ont surtout accompli leurs carrière chez Dante. Le constat est donc que si Dante fut marginalisé à Hollywood, les gens qui l’ont entouré l’ont aussi été, ou du moins ont choisi de ne pas y faire une grande carrière. Ils affichent le même profil type, ceux de personnes qui travaillent avant tout par motivation, partageant probablement avec Dante une culture et une vision commune. On ne peut que s’en féliciter. Mais il est tout de même difficile de regretter qu’à l’inverse de son mentor Roger Corman, Dante ne se soit pas senti une vocation pour la fonction de producteur lorsqu’il commença à constater une certaine lassitude dans la défroque d’un réalisateur en proie aux mutations de l’industrie cinématographique de son époque. Avec l’intransigeance qui est la sienne, avec l’état d’esprit qui est le sien, on pourrait penser qu’il aurait pu passer le flambeau à de nouveaux venus. Tous les membres de sa propre écurie ne sont pourtant pas morts, mais aucun ne saurait être pour lui ce que lui fut pour Roger Corman : un disciple évidemment, mais un disciple avec ses propres vues, capable de ne pas se limiter au radotage modernisé. Cela n’en amoindrit certes pas la filmographie de Dante, et cela ne saurait être porté à son débit. Par contre le constat n’incite guère à l’optimisme : des cormaniens “dantesques” avec des ambitions cinématographiques, il doit bien en exister, mais comment pourraient-ils émerger et s’imposer ?

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