CinémaHorreur

House III : The Horror Show – James Isaac

House III: The Horror Show. 1989

Origine : États-Unis
Genre : Horreur
Réalisation : Jim Isaac
Avec : Lance Henriksen, Brion James, Rita Taggart, Dedee Pfeiffer…

Bien connu est le lien unissant le père de Freddy Krueger, Wes Craven, au père de Jason Voorhees, Sean S. Cunningham. S’étant rencontrés lors de Together, premier film réalisé par ce dernier, ils ont ensuite collaboré pour ce classique qu’est devenu La Dernière maison sur la gauche. Craven à la réalisation et au scénario, Cunningham à la production… Toutefois, sur le moment, les deux n’en sortirent pas auréolés de gloire et continuèrent séparément leur petit bonhomme de chemin. Jusqu’à ce que chacun frappe un grand coup en livrant un film dont la destinée et le “méchant” central deviendraient emblématiques des années 80 : Vendredi 13 pour Cunningham (1980) -bien que Jason Voorhees n’y apparaisse qu’à la toute fin- et Les Griffes de la nuit -le premier Freddy- pour Craven. Les deux hommes ne tardèrent cependant pas à prendre leurs distances avec leur saga respective, guère enthousiasmés qu’ils étaient par la direction voulue par leurs financeurs (Paramount pour Vendredi 13 et New Line pour les Freddy). Les deux y reviendraient sur le tard en essayant vainement de renouveler la recette : Sean Cunningham pour Jason va en enfer, neuvième chapitre marqué par le passage de Jason dans le giron de la New Line et Wes Craven pour Freddy sort de la nuit, le septième volet de la saga d’Elm Street. Dans l’intervalle, les carrières de chacun furent diverses : très inégal, Craven livra des choses aussi bonnes que L’Emprise des ténèbres, aussi mauvaises que La Colline a des yeux 2 et aussi moyennes que Le Sous-sol de la peur, tandis que Cunningham ne fit guère parler de lui comme réalisateur. Tant et si bien que des deux, Wes Craven est celui qui a acquis la meilleure réputation. Son ancien comparse fit surtout parler de lui en faisant des pieds et des mains pour monter le tant attendu projet de Freddy Vs. Jason et en produisant une autre saga dont le premier opus se fit remarquer sans toutefois atteindre la renommée de Vendredi 13 : House. Confié à Steve Miner -qui avait déjà réalisé le deuxième et le troisième chapitre de Vendredi 13– le premier film (1986) décrocha quelques récompenses et un bon accueil, tandis que le second, signé Ethan Wiley (1987), se fit proprement et plutôt injustement dégommer. Quoi qu’on puisse en penser, les deux premiers House ont pour point commun de faire la part belle à la fantasy : plutôt que d’être une maison hantée classique, la demeure du titre est plutôt une antre où toute sorte d’excentricité peut survenir. Le second degré est évident, et dans les deux cas les effets spéciaux tiennent le haut du pavé. Ce qui n’est pas sans évoquer les frasques de Freddy Krueger, qui à la même époque connaissait son pic commercial avec Les Griffes du cauchemar et Le Cauchemar de Freddy, caractérisés par des cauchemars de plus en plus fantaisistes. De là à penser que Cunningham courrait après le succès du grand brûlé, il n’y a qu’un pas que l’on franchira allégrement en visionnant ce House III : The Horror Show, signé par James Isaac, impliqué dans les effets spéciaux de House II et de MAL : Mutant aquatique en liberté (réalisé par Cunningham) et futur réalisateur de Jason X, qui pour sa première réalisation remplaça au pied levé un certain David Blyth et s’appuya sur le scénario du fameux “Alan Smithee”… ce qui n’est jamais bon signe (en réalité il s’agit de Allyn Warner et Leslie Bohem).

Le flic Lucas McCarthy arrive au bout de son cauchemar : Max “le couperet” Jenke va bientôt être grillé sur la chaise électrique. Ça en sera alors définitivement terminé de l’interminable croisade sanglante du pire serial killer que la Terre ait porté. Traumatisé par cette affaire dont il fut dès le départ en charge et qui se termina par une laborieuse et meurtrière arrestation, Lucas espère que ses cauchemars vont cesser et qu’il pourra bientôt reprendre le boulot, puisque tout cela l’a laissé dans un déplorable état psychologique. Pour s’en relever, le flic tient malgré les conseils de son épouse à assister à l’exécution. Il aurait mieux fait de s’en abstenir, puisque si celle-ci est bien venue à bout de Jenke, ce ne fut qu’au bout de l’horreur : l’assassin en flammes est parvenu à s’arracher à la chaise et ne s’est écroulé qu’une fois avoir promis à Lucas de revenir et de s’en prendre à sa famille. Est-ce que l’exécution n’a fait que le traumatiser davantage ou est-ce que le sadique a trouvé le moyen de réaliser sa promesse, toujours est-il que non seulement les cauchemars de Lucas ne s’arrêtent pas, mais qu’en plus s’y ajoutent des hallucinations impliquant Jenke. Le flic serait-il en train de devenir fou ? Si tout le monde commence à le penser, le scientifique marginal Peter Campbell a une théorie : Jenke se serait entraîné chez lui à encaisser les chocs électriques et le puissant jus de la chaise n’aurait fait que lui permettre de passer “sur un autre plan”…

Et donc, pourquoi tout cela s’appelle House III ? La fameuse maison n’y apparaît pas une seconde, et autant la tonalité que l’esthétique n’ont plus rien à voir avec les films de Steve Miner et de Ethan Wiley. Cunningham tint pourtant à rattacher le film à sa série, bien que ses producteurs voulurent l’en dissocier. En conséquence de quoi on a pu tour à tour trouver les dénominations House III (en Europe), The Horror Show (aux États-Unis) ou House III : The Horror Show (à sa sortie vidéo). Disons donc que, parce qu’il y eut un House IV, autant ne pas laisser de trou dans la série et opter pour le titre complet. Mais tout de même, il est bien difficile d’établir une passerelle avec les deux premiers films : James Isaac louche clairement du côté du poisseux, et si humour il y a, il s’agit de l’ironie permanente d’un tueur caractérisé par ses excès. Dans le rôle du “couperet” (son arme de prédilection), Brion James semble s’amuser comme un petit fou. Son faciès déjà inquiétant est aggravé par force mimiques et par un rire machiavélique tirant sur le cartoonesque. Ce qui n’empêche que l’acteur en impose véritablement pour camper ce personnage de fou furieux dont la présence peut être aussi bien matérielle qu’immatérielle et qui par conséquent impose son ombre tout du long. Et pourtant, aussi excessif qu’il soit, le personnage n’est pas véritablement au cœur du film. Ce rôle de moteur échoit à Lucas McCarthy qui, bien qu’incarné par le vénérable Lance Henriksen est un personnage affreusement banal. Le coup du flic promenant son mal-être et ses souvenirs jusque dans ses propres pénates, au détriment de sa famille, est mille fois vu et revu. Pour le coup, ce personnage (à l’inverse de Roger du premier House, pourtant lui aussi persécuté) est singulièrement dépourvu d’humour. La gravité qu’il affiche, ses visites chez le psychiatre, ses discussions en famille, ses relations avec ses anciens collègues, tout cela nuit à un film qui, sous l’impulsion de Brion James, avait pourtant la possibilité de verser dans la folie -même avec une intrigue moins orientée fantasy que les deux premiers House-. A n’en pas douter, entre le départ du réalisateur initialement prévu au bout d’une semaine et l’usage du pseudonyme infamant d’Alan Smithee au scénario, il y a eu des divergences de points de vue sur le plateau… James Isaac semble pour sa part pencher du côté Lucas McCarthy, c’est à dire qu’il se concentre malheureusement sur les tourments vécus par son héros. D’où le fait que Brion James ait l’air de cabotiner, sapant ainsi les efforts de son réalisateur pour rendre son film choquant. Notons aussi la présence d’un électron libre : le fiévreux scientifique solitaire qui a tout deviné depuis le départ. Au final, ce personnage est presque extérieur à l’ensemble : méprisé par tous y compris par Lucas, sa seule fonction est d’expliquer comment Max Jenke est revenu et comment en venir à bout. Il n’a pas d’autre fonction et ne participe en rien à ce que vit le pauvre policier… Ses interventions tombent à chaque fois comme des cheveux sur la soupe et la fonction purement narrative du personnage est criante, même dans le cadre d’un film aussi déséquilibré. Sans parler que le gloubi-boulga pseudo-scientifique qu’il nous sort est assez consternant…

Il y a quand même une chose sur laquelle nous ne pouvons prendre à défaut Sean Cunningham et qui expliquerait même pourquoi il a tant tenu à rattacher ce film aux autres House : comme le laisse entendre l’accroche de l’affiche américaine, il continue à se rapprocher des Freddy. Mais là où les deux premiers films se voulaient proches des facéties du Freddy des Griffes du cauchemar, celui-ci cherche davantage à se raccrocher au wagon des Griffes de la nuit et de La Revanche de Freddy. D’où le fait que le film se fasse plus sombre, que Lucas McCarthy affiche autant de gravité et se mette à s’interroger sur sa sanité. Pour le reste, les ressorts sont les mêmes : “L’autre plan” depuis lequel officie Jenke lui permet d’interagir avec la réalité. Cauchemars ou hallucinations lui permettent de passer par delà la mort et de jouer avec les lois de la nature. Concrètement, cela veut dire qu’à l’instar de Freddy il peut faire plus ou moins ce qu’il veut pour effrayer sa proie, sa famille, ou occire quelques seconds couteaux (mais pas beaucoup… d’ailleurs pour le plus grand serial killer de l’Histoire, son come-back est bien faiblard). Ce qui laisse le champ libre au réalisateur pour inventer des choses qui, si elles ne déméritent pas forcément (les effets spéciaux sont par exemple réussis), sont dans la plupart des cas issues elles aussi des Freddy. Que ce soit le coup de la chaudière qui s’allume toute seule, de la fillette fantomatique -une ancienne victime- venue leurrer les personnages pour les conduire au danger, de l’apparition du visage du tueur sur le ventre de la fille McCarthy, de la chaufferie qui sert d’antre à Jenke ou encore du bout de viande qui prend vit au nez et à la barbe du héros, tout cela a déjà été vu chez Freddy. Même la musique emprunte plusieurs notes à celle du thème composé dès le film de Wes Craven en 1984. Un Wes Craven qui, par un hasard probablement malencontreux, s’apprêtait alors à sortir son Shocker au sujet d’un tueur en série grillé sur la chaise électrique et revenant hanter celui qui fut à l’origine de son arrestation. Un point de départ identique à celui de House III, doublé par ailleurs de scènes que l’on retrouve conjointement dans les deux films (comme celle où le tueur squatte l’écran TV en détournant des émissions). Coïncidence fortuite ou non, est-ce que l’un a copié sur l’autre ou pas, peu importe : que ce soient les Freddy ou Shocker, tous sont plus inventifs que ce House III : The Horror Show dont les effets tombent à plat, l’insistance sur le mal-être du personnage de Henriksen empêchant même de dire qu’il ne s’agit que d’un véhicule à effets spéciaux.

Les deux premiers House, jusque dans leurs imperfections, étaient incontestablement inventifs. S’ils puisaient allégrement dans le concept des cauchemars de Freddy, prétextes à créer des univers singuliers (les films pouvant alors passer comme des alignement de scènes marquantes avec un fil rouge plus ou moins secondaire), ils avaient su se l’approprier et exister par leur propre imagination, quitte à tomber dans les mêmes travers que Freddy lui-même (principalement House II, aussi imaginatif que guignolesque). James Isaac ne peut en dire autant : son film se traîne, est dépourvu de tout effet de surprise, de toute identité propre, de ce petit grain de folie qui justifierait son intrigue foutraque, et il se prend globalement trop au sérieux. Ce n’est pas avec de telles cartes de visite que Sean S. Cunningham, sans par ailleurs lui ôter tout gage de respectabilité (Mutant Aquatique en Liberté et les deux premiers House en témoignent), allait gagner le droit de réunir Freddy et Jason. Lorsque leur rencontre eut lieu, les efforts qu’il avait déployé pendant de longues années furent globalement ignorés -le poussant à présider aux mauvais Jason va en enfer et Jason X. S’il est crédité comme le producteur de Freddy Vs. Jason (qu’il n’envisagea toutefois jamais de réaliser lui-même), son apport créatif en fut limité. Quant à House, un quatrième et désastreux volet vit le jour en 1992, avec un retour aux sources qui ne convainquit personne et qui marqua la fin de la saga… Mais il se murmure que Cunningham serait en train de produire un remake du film de 1987, après avoir déjà produit les remakes de Vendredi 13 et de La Dernière maison sur la gauche. Voilà un homme qui ne lâche jamais l’affaire !

 

Une réflexion sur “House III : The Horror Show – James Isaac

  • La version shocker de Jim Isaac, qui sera sur Jason X, film moyen qui a eu la mauvaise idée de suivre Jason dans l’espace, ce que tous les monstres sauf Freddy et Michael Myers ont fait: Hellraiser IV, Critter IV, Leprechaun IV, pour un resultat décevant.

    Au moins House 3, à Brion James pour faire le dangereux psychopathe, et Lance Henriksen en flic dépassé.

    Le film ne marquera pas les esprits mais il est assez divertissant quoique totalement prévisible et a assez mal vieilli.

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