CinémaHorreur

Jason X – James Isaac

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Jason X : Friday the 13th part 10. 2001

Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur
Réalisation : James Isaac
Avec : Lexa Doig, Peter Mensah, Lisa Ryder, Kane Hodder…

Depuis les années 50, les supputations concernant le nouveau millénaire vont bon train. Pour l’occasion, on nous abreuve de voitures volantes, de cités magnifiques et immaculées, et de voyages inter-galactiques. Las, le changement de siècle n’a occasionné aucun bouleversement notable. Les voitures restent désespérément polluantes et collées à l’asphalte, nos villes sont toujours aussi sordides, et leurs principales nouveautés consistent à nous fliquer davantage (recrudescence des caméras de surveillance) ou a masquer la pauvreté (renouvellement du mobilier urbain dans le but de le rendre impropre à son utilisation par les SDF), et les voyages inter-galactiques demeurent l’apanage des romanciers et des cinéastes. Et pour couronner le tout, Jason Voorhees, figure emblématique des années 80, fait son grand retour ! Un retour qui de prime abord étonne, notamment en raison du faible rayonnement de ses deux aventures précédentes. Pourtant, ce retour s’explique aisément. En 1998, Michael Myers, sorte de père spirituel, effectue un come-back fracassant sur les écrans de cinéma pour fêter ses 20 ans dans le bien nommé Halloween, 20 ans après. Forcément, un tel succès donne des idées. Les pontes de la New Line auraient facilement pu ressusciter Freddy Krueger, sauf que leur choix se porte sur Jason Voorhees, croquemitaine nettement moins gâté par la providence, et dont la mort s’est déroulée dans un quasi anonymat. Sans doute ont-ils vu là une étape nécessaire à la mise en route de l’arlésienne Freddy vs Jason. Et c’est ainsi que Jason réapparaît au XXIe siècle, et avec les honneurs des salles obscures, s’il vous plaît !

Réchappé de l’enfer, Jason a trouvé le moyen de se faire capturer. Son métabolisme si particulier fait la joie des scientifiques, tous impatients de l’étudier de plus près. Patient peu docile, Jason se libère de ses chaînes, massacre ses geôliers mais ne parvient pas à éviter la cryogénisation. En 2455, son corps et celui de sa dernière victime sont tout deux récupérés par une équipe de jeunes scientifiques, et ramenés à bord de leur navette spatiale. Jason ne tarde pas à se réveiller et à poursuivre le massacre entamé cinq siècles plus tôt.

Décidément, le temps n’a pas de prise sur Jason. Mieux, son séjour en enfer a eu sur lui l’effet d’un bain de jouvence. Lui qui d’habitude dépérissait à vue d’œil, chapitre après chapitre, apparaît ici totalement revigoré. Il a l’œil vif, les cheveux abondants, et on lui devine un visage moins ravagé qu’à l’accoutumée. Les scientifiques n’ont de cesse de s’interroger sur sa capacité de régénération, proprement phénoménale. Et par extension, cela nous questionne sur son incroyable longévité. Car si son métabolisme lui permet de se régénérer sans cesse, les scénaristes des Vendredi 13 peinent, eux,  à renouveler ses aventures. Que le canevas reste le même n’est pas le plus dommageable en soi. Après tout, si on se déplace pour voir un Vendredi 13, c’est avant tout pour assister aux nouvelles prouesses meurtrières de Jason. Ça, la New Line l’a bien compris, elle qui a placé illico le prénom du tueur de Crystal Lake au cœur des titres des deux films qu’elle a produit. En fait, le gros problème des Vendredi 13 réside dans la manière dont sont dépeints ses adversaires. En trois décennies et dix films, ses victimes demeurent des silhouettes non seulement grossièrement esquissées, mais en tous points identiques. Quelles différences entre les jeunes adultes de Vendredi 13 et ceux de Jason X ? Aucunes. Tous partagent une forte propension à s’encanailler à la moindre occasion et à se ficher du reste. Tout scientifiques qu’ils soient, les personnages féminins de Jason X arborent des tenues ultra moulantes et / ou décolletées, ce qui fait copieusement saliver ces messieurs, dont leur mentor, un grand scientifique aussi vénal que masochiste. Toutefois, comme le but de la manœuvre reste de magnifier Jason, on adjoint quelques soldats à cette bande de scientifiques délurés, plus aptes à lui donner du fil à retordre, du moins en théorie. Fort de son invincibilité, Jason s’amuse à les faire tourner en bourrique, et renvoie ces soldats à leurs chères études. Élément perturbateur d’un vaisseau dont l’équipage n’aspirait qu’à rentrer chez lui, Jason évoque l’alien du film éponyme réalisé par Ridley Scott. Quant à ses démêlées avec les soldats, elles louchent plus volontiers du côté de Aliens. Et oui, depuis que la New Line l’a accueilli, Jason n’en finit plus de copier sur ses petits camarades.

Pour son second film (12 ans après House 3 !), James Isaac se montre ambitieux en mâtinant le slasher habituel de science-fiction. Cependant, son ambition tourne court puisque l’habillage science-fictionnel n’apporte rien au récit. Qu’il soit sur la terre ferme ou dans l’espace, Jason procède de la même manière et ne paraît guère chamboulé par le changement. Il revient même à sa bonne vieille machette pour couper dans le vif de ses victimes. De Crystal Lake, il n’en est plus beaucoup question. Jason n’en foule le sol que de manière virtuelle lors d’une scène qui joue pleinement de son côté naïf et stupide. Au bon air frais de la forêt, James Isaac préfère le huis clos d’une navette spatiale dans laquelle Jason s’ébat comme un poisson dans l’eau. Cela aurait pu engendrer d’un film jouant sur la claustrophobie, et parcouru de quelques moments de trouille bien sentis. Sauf qu’il n’y a que Jason qui intéresse le réalisateur. Alors il délaisse définitivement la caméra subjective si chère aux précédents chapitres pour ne rien nous cacher des agissements du tueur au masque de hockey. Sur ce point, Jason X se montre plus sanglant que les huit premiers chapitres de la saga. Néanmoins, il ne se départit jamais d’un humour prompt à désamorcer toute ambiguïté quant à ses intentions : celles de réaliser un film spectaculaire mais jamais choquant. Quant au clou du spectacle, la transformation de Jason en Super Jason, il s’apparente à un coup d’épée dans l’eau tant James Isaac exploite mal cette idée. Auréolé d’une sorte d’armure, Jason se contente de casser des portes avant un petit tour en orbite. C’était bien la peine de se changer, tiens !

Au bout de dix chapitres, Jason était en droit de goûter à un repos bien mérité, et nous aussi. Mais plutôt que de clore définitivement la saga (avant un tour d’honneur avec Freddy), Jason X se propose de poser les bases d’un nouveau départ. La mutation de Jason en Super Jason ne se limite alors plus au seul climax du film mais annonce la suite, une suite en milieu futuriste (pour moi, c’est déjà le cas depuis Jason le Mort-Vivant). Dévoré par la terre dans Jason Va en Enfer, le tueur de Crystal Lake tombe ici littéralement du ciel pour finir au fond d’un lac, berceau de sa prochaine renaissance. Jason n’est finalement jamais plus effrayant que lorsqu’il nous promet de revenir. Vu le niveau de ce dixième chapitre, c’est à nous en donner des sueurs froides.

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