Happy Birthdead – Christopher Landon

Happy Death Day. 2017.

Origine : États-Unis
Genre : Répétitif
Réalisation : Christopher Landon
Avec : Jessica Rothe, Israel Broussard, Ruby Modine, Charles Aitken, Laura Clifton, Rob Millo, Rachel Matthews.

Réveil difficile pour Tree Grelbman. A l’issue d’une folle soirée où l’alcool a coulé à flots, elle émerge l’esprit embrumé dans le lit d’un inconnu, étudiant comme elle mais qui, comble de l’infâmie, occupe une chambre du campus. Pour Tree, membre de la sororité Kappa, ça la fiche mal. Elle file donc sans demander son reste, et sans un merci, retrouver ses petites habitudes et son “home sweet home”. En ce jour anniversaire, elle n’a pas le temps de traînasser. Elle doit se rendre en cours, s’émoustiller dans les bras de son amant, assister à une réunion de sa confrérie et ignorer son pauvre père qui l’attend désespérément au restaurant. Mais plus important, se préparer pour la grosse fiesta du soir. Ce qu’elle n’avait pas prévu, en revanche, c’est qu’un individu masqué l’assassine en chemin. Plus surprenant encore, cette sensation de déjà-vu à son réveil, toujours dans le lit de cet étudiant logeant dans une chambre du campus. Passées les interrogations d’usage, elle doit se rendre à l’évidence : elle revit encore et encore la même journée, laquelle se conclut systématiquement par sa mort. Se pose alors deux questions. Pourquoi revit elle sempiternellement ce jour anniversaire ? Et qui lui en veut au point de la tuer où qu’elle aille ?

Dans les faits, si le cinéma fantastique et d’horreur est un peu chez lui partout, il dispose néanmoins d’endroits de prédilection où il peut s’épanouir en toute quiétude. Il s’ébat, par exemple, comme un coq en pâte au sein de l’Empire International Pictures puis, de manière plus confidentielle, au sein de la Full Moon Entertainment sous l’égide de Charles Band. A partir du milieu des années 80 et de la déferlante Les Griffes de la nuit, il trouve une autre oasis du nom de la New Line, laquelle offre l’avantage d’une meilleure visibilité en trustant les salles de cinéma. En dépit de sa diversification, la firme, orpheline de son emblématique président Robert Shaye parti vers d’autres cieux en 2008, demeure toujours attachée au genre et doit désormais composer aussi bien avec l’ingérence de la Warner, à qui elle appartient désormais, qu’avec l’envahissante concurrence de Blumhouse depuis le milieu des années 2000, nouvel eldorado de l’horreur. Sous l’impulsion de son fondateur, cette société enchaîne les succès et les séquelles à un rythme métronomique (Paranormal Activity, Insidious, American Nightmare, etc). En émule de Roger Corman, Jason Blum se fixe pour règle de ne jamais investir plus de 5 millions de dollars par film. Un modèle économique savamment étudié qui, outre lui permettre de rentrer aisément dans ses frais, ne l’empêche pas d’attirer dans ses filets des noms ronflants en quête d’un nouveau départ tel M. Night Shyamalan avec The Visit. En général, ses productions reposent avant tout sur un concept facilement déclinable en suites. Avec sa volonté d’entremêler une boucle temporelle à la sauce Un jour sans fin et l’univers du slasher, Happy Birthdead n’est pas autre chose que ça.

Le scénario du film, signé de l’auteur de bande-dessinées Scott Lobdell, dort dans les cartons depuis une bonne décennie lorsque Christopher Landon le remet sur les rails. Au départ, Happy Birthdead doit sortir dans le courant de l’année 2007 sous la bannière Platinum Dunes, la boîte de production de Michael Bay, avec Megan Fox en vedette (les deux ne s’étaient pas encore brouillés) et sous la direction de Antti Jokinen, un réalisateur finlandais issu du vidéoclip. Sauf que le scénario ne plait guère au studio, lequel exige sa réécriture dans la foulée. C’est là que Christopher Landon intervient pour la première fois sur le projet. Appelé à la rescousse pour effectuer ce travail, il rend sa copie dans les temps sans que la position du studio ne s’infléchisse. Il lui faut alors patienter quelques années pour que le projet lui revienne par l’intermédiaire de sa productrice-déléguée, Angela Mancuso, désireuse que le film se fasse. Cette fois, Christopher Landon prend les choses en main et envoie le script à Jason Blum, pour lequel il avait déjà signé les scénarios de plusieurs Paranormal Activity, lequel donne son accord. Entretemps, un autre film au point de départ similaire est sorti (Wake Up and Die de Miguel Urrutia) mais uniquement en Colombie. Ce n’est donc pas ça qui va décourager les deux hommes. Comme il l’avait déjà fait dans son Manuel de survie à l’apocalypse zombie, Christopher Landon saupoudre son film d’une dose d’humour. Un humour qui tient davantage au travail effectué sur le montage (les successives investigations de Tree pour savoir qui est susceptible de lui en vouloir, lesquelles se terminent systématiquement par son assassinat, preuve qu’elle fait fausse route) que de blagues potaches comme son film précédent en regorgeait. Il a une approche plus déférente de son sujet qui tient également à la ligne de conduite qu’il s’est fixée. A la manière de son modèle, cette boucle temporelle est propice à un parcours rédempteur. D’un personnage trop centré sur lui-même, Tree s’ouvre petit-à-petit au monde extérieur, se rendant compte de la vacuité de son attitude et de son rapport aux autres. Elle multiplie ainsi les tares au début du film, lesquelles nous sont passées en revue à la faveur de cette journée appelée à recommencer indéfiniment. Elle nous est dépeinte comme une garce égoïste et superficielle, capable de coucher avec son professeur pour se garantir des bonnes notes sans le moindre effort (intellectuel, s’entend) ou d’ignorer son père, veuf inconsolable qui aimerait juste passer un moment avec sa fille le jour de son anniversaire. Une jeune femme consciente de son pouvoir d’attraction sur les mâles dont elle fait son quatre-heure sans considérations aucunes pour les sentiments de ses copines. En somme, la victime parfaite pour tout bon slasher qui se respecte. Or le fait que Tree se retrouve coincée dans une boucle temporelle l’amène à sortir de sa condition. De simple victime, elle devient héroïne. Ce faisant, elle gagne en profondeur afin de forcer l’empathie du spectateur pour ses déboires. Elle se dote d’une conscience, corrige ses erreurs et fait même preuve de sentiment. Pour le dire clairement, elle s’affadit au fil de ses incessants retours en arrière. Plus l’intrigue avance et plus Happy Birthdead tend vers une nunucherie assumée (un plan du film entre Tree et Casey duplique le plan final de Seize bougies pour Sam de John Hughes) et moralisatrice, invitant toutes les jeunes filles à se caser et à être gentilles avec leurs parents. Tree ira même jusqu’à reprocher son adultère au professeur avec lequel elle fricotait avidement, l’enjoignant à assumer ses choix et à rompre avec madame s’il ne peut s’empêcher de la tromper, estimant que la cocue ne mérite pas ça tant elle est gentille. Un jugement à l’emporte-pièce de la part d’une jeune femme qui de l’épouse en question ne sait qu’une chose, qu’elle n’y est pour rien dans sa mort à répétition.

Dans ce contexte de boucle temporelle, l’aspect slasher du film perd en impact. La plupart des éléments sont pourtant présents, à commencer par ce tueur masqué (ici un masque de bébé, mascotte du campus, créé par Tony Gardner, l’homme derrière le Ghostface des Scream) au comportement presque robotique. Il a une mission et il n’y déroge pas, tout devant se jouer la nuit qu’il a choisi comme si lui ne pouvait avoir de seconde chance. Un entêtement qui ne le rend pas angoissant pour autant. A l’exception de cette petite boîte à musique posée au milieu d’un passage souterrain sanctionnant le premier meurtre, le tueur ne s’embarrasse pas de mise en scène inutile. Il apparaît et il tue, ou du moins essaie. Le réalisateur agit à l’unisson. Il n’orchestre pas ses apparitions comme de grands moments d’angoisse mais comme les passages obligés d’un récit dont le cœur se trouve ailleurs. A quelques victimes collatérales près, le tueur reste focalisé sur sa cible privilégiée, Tree. De cette idée fixe naît le semblant de suspense qui parcourt le film, faisant de l’identité du tueur le point névralgique du récit au détriment du pourquoi de cette boucle temporelle. Cette dernière question se retrouvera néanmoins au cœur de Happy Birthdead 2. Une mécanique bien connue qui ici fonctionne à vide du fait du concept même du film. Les fausses pistes n’en sont pas vraiment. Plutôt des scénarios possibles que la répétition permet d’envisager sans que l’héroïne craigne pour sa vie. Il est bien question de la persistance des blessures au-delà de la boucle révolue mais si ce n’est au détour d’un dialogue, l’état supposé délétère du corps de Tree n’influe jamais sur le cours des événements. Ce retour au point de départ étant assujetti à la mort du personnage principal, l’intrigue du film prend vite des allures de jeu vidéo. Il convient à Tree de parvenir à identifier le tueur/boss de fin et à le mettre hors d’état de nuire, condition sine qua non à son passage au niveau/jour suivant. Et pour surprenante que puisse être la révélation finale concernant l’identité du tueur, celle-ci souffre de son caractère trop écrit. De la futilité de ses motivations à son étonnant sang froid, en passant par sa facilité à recourir à un plan B qui oblige à se salir les mains dans l’urgence, tout cela fleure bon l’astuce de petit malin, à l’image de cette conclusion bâclée qui vise à contenter le spectateur au mépris de toute crédibilité. Cela participe au côté (vidéo)ludique du film, lequel ne se soucie guère des conséquences des actes de l’héroïne à partir du moment où elle parvient à boucler la boucle.

Sans être désagréable, Happy Birthdead s’avère un spectacle assez vain qui gâche le potentiel de son personnage principal par un développement tout en tiédeur. Intéressant lorsqu’il s’agit pour Tree de reprendre le contrôle de sa vie en contrecarrant une mort qui semble inéluctable en une sorte de revanche des personnages de peste, généralement voué aux gémonies, Happy Birthdead devient navrant par sa persistance à vouloir lui acheter une vertu. Tout le couplet autour de la jeune femme (en fait pas si jeune que ça, Jessica Rothe étant âgée de 30 ans, pas vraiment l’âge attendu pour une étudiante) et de son deuil douloureux pour justifier son attitude a de quoi irriter. Après tout, elle ne fait que profiter de l’existence. Il faut bien que jeunesse se passe et je trouve dommage de la blâmer pour ses quelques écarts, pas follement dramatiques. A croire que Christopher Landon tenait absolument à délivrer un message positif et enjoindre les spectateurs à bien se comporter. Comme si notre espérance de vie était tributaire de notre attitude. Quelle tartufferie !

Une réflexion sur “Happy Birthdead – Christopher Landon

  • 13 juillet 2021 à 16 h 36 min
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    Le coté moralisateur aurait pu être évité en décrivant Tree comme une fille comme les autres, ce qui fait que l’on aurait pas à subir toutes ses scènes ou elle se repent de son comportement de garce. Le coté slasher est totalement sacrifié, un tueur intéressant mais au final Lambda, et des idées auraient pu être intéressantes comme le fait que chaque retour à une journée, implique les stigmates de blessures ou un affaiblissement du personnage, voir mieux le tueur est lui aussi conscient de ses retours, ce qui fait que chacun se sert de ce qu’il connait de l’autre pour l’eviter/ le tuer.

    Pour faire simple, Happy Birthdead, est comme the Purge, un film au concept intéressant mais mal exploité, et finalement un rendez vous manqué.

    La critique de Bénédict décrit les qualités et les failles de ce film, vue que le film est récent, j’espère voir plus de critiques des films Blumhouse, dont je crois que c’est la première critique sur le site.

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