CinémaHorreur

Souviens-toi… l’été dernier – Jim Gillespie

souvienstoiletedernier

I know what you did last summer. 1997

Origine : États-Unis
Genre : Slasher
Réalisation : Jim Gillespie
Avec : Jennifer Love Hewitt, Sarah Michelle Gellar, Freddie Prinze Jr., Ryan Phillippe…

De retour d’une fiesta, quatre jeunes lycéens fraichement diplômés renversent un pêcheur en plein milieu de la route. Ils décident de mettre son cadavre à la mer et se promettent de ne plus jamais parler de ce drame. Un engagement qui ne dura qu’un an, le temps que l’un d’entre eux reçoive un courrier anonyme déclarant “je sais ce que tu as fais l’été dernier” et que quelques meurtres viennent perturber leur jeune vie d’adulte.

Difficile de faire plus opportuniste que Kevin Williamson : à peine vient-il de se faire connaître avec Scream que le voici déjà cédant aux sirènes des autres compagnies de production, qui lui réclament un film du même genre à corps et à cris. C’est Columbia qui empoche le morceau par l’intermédiaire du producteur Neal H. Moritz, lequel réussit à convaincre Williamson de porter à l’écran un livre de Lois Duncan publié en 1973. Chose faite, au grand désarroi de l’auteur, atterrée de voir son thriller transformé en slasher insipide. Et elle a bien raison : Souviens-toi…l’été dernier a beau être la première émanation notable de la mode des slasher post-Scream, il fait déjà étalage d’un criant manque d’imagination conjugué à une totale absence d’horreur et à une prétention que l’on retrouve dans les déclarations d’époque de son scénariste, persuadé d’avoir donné jour à un film plus intelligent que les Vendredi 13 ou Halloween d’antan. Pour cette affirmation, il se base sur le traitement de ses personnages, qui surprendrait le public en transformant les clichés d’usage en jeunes réalistes à partir de l’instant fatidique où le pêcheur est mis à l’eau après l’accident. Voyons donc ça. L’héroïne, Julie (Jennifer Love Hewitt) est tout d’abord une jeune intellectuelle introvertie qui s’apprête à se lancer dans des études de droit. Un an plus tard, elle est une jeune timide qui n’a pu exprimer ses capacités intellectuelles faute d’avoir su oublier ce qu’elle a fait l’été dernier. Son petit copain Ray (Freddie Prinze Jr.), le gentil gars des bas quartiers, n’est plus son copain. Il est désormais un pêcheur discret et résigné. Son amie Helen (Sarah Michelle Gellar), la blonde reine de beauté, a perdu de sa superbe : en lieu et place d’une ambitieuse carrière à New York, elle se retrouve vendeuse pour le compte de sa soeur tyrannique. Quant à Barry, le fils à papa, son insolence s’est transformée en aigreur. Tous ont donc vu leur vie brisée par l’épisode de l’été dernier. On peut rendre justice à Williamson en disant qu’effectivement, ses personnages évoluent en cours de route : démarrant comme les éternelles représentations d’une jeunesse joyeuse, ils sombrent dans la mélancolie avant d’être mêlés aux meurtres et d’y trouver un moyen de se battre pour sortir d’une façon ou d’une autre de leur torpeur.

Pour autant, est-ce que Souviens-toi… l’été dernier y gagne au change ? Certainement pas ! Car là où les Vendredi 13 et les Halloween (exception faite du Carpenter, un vrai film d’angoisse) jouaient la bêtise pour mieux donner du relief à leur tueur respectif et aux nombreux meurtres, le film de Jim Gillespie (débutant recruté sur la base d’un court-métrage) se prend véritablement au sérieux et fait de la psychologie de ses personnages le moteur du film. Or, dans cette perspective, les diverses personnalités et leurs évolutions ne restent que superficielles : la joie s’est transformée en peine puis en peur, mais au final tout ceci n’est qu’un mal-être caractérisé et partagé. Futur scénariste de la série Dawson, Williamson ne s’adresse pas tant aux amateurs de cinéma d’horreur qu’aux adolescents avides d’identification. Et pour être bien compris, il ne pousse pas ses réflexions au-delà de la superficialité de vies professionnelles et amoureuses ratées, faisant au passage la morale sur le poids des responsabilités acquises lors du passage à l’âge adulte et terminant par un hypocrite renversement de situation qui non seulement innocente ses protagonistes mais en plus légitime même leur action de l’été dernier ! C’était bien la peine d’avoir tant insisté sur le sentiment de culpabilité, développant des ficelles de mélodrame adolescent insipide que les acteurs ont bien du mal à faire partager. C’est surtout le cas pour Freddie Prinze Jr., ce minet monolithique, de loin le plus mauvais acteur du lot (il s’est depuis reconverti en scénariste pour la WWE, principal promoteur de catch américain).

Il va sans dire que le slasher a bien du mal à se frayer sa place au milieu de toutes ces creuses considérations typées “sitcom”. Malgré tous les défauts que l’on peut y trouver, Scream avait au moins le mérite de faire du second degré le fil conducteur de son intrigue consacrée au cinéma d’épouvante. Ici il n’en est pas question : rien ne doit prendre le dessus sur les émotions des personnages. En dépit d’une vague légende évoquée au début du film et ensuite presque totalement oubliée, le tueur se fait largement absent, et jusqu’à l’acte final ses meurtres (peu nombreux et sur des personnages secondaires) sont là pour justifier une promotion dans le sillage du film de Wes Craven. En revanche, son fameux avertissement “je sais ce que tu as fait l’été dernier” joue un rôle essentiel dans le mélodrame puisqu’il oblige nos quatre clampins à enquêter sur son destinateur, tout comme les mises en garde plus “physiques”. Gillespie et Williamson tentent bien de faire passer cela pour de l’angoisse, mais ils se heurtent à leur propre prétention et accentuent ainsi le ridicule de certaines situations : Gellar qui panique au milieu d’une parade au thème maritime, Hewitt qui découvre un cadavre et une tonne de crabes dans le coffre de sa voiture (coffre qui sera vidé en 30 secondes pendant qu’elle a le dos tourné)… A moins de s’appeler John Carpenter, il est bien difficile de rendre crédible un tueur se limitant à n’être qu’une silhouette. En se prétendant sérieux tout en étant incapable de donner du charisme à son pêcheur tueur, Williamson renverse le travers sur le dos duquel il essayait d’amuser dans Scream : l’imbécilité des personnages et la force du tueur. Ici, l’inverse est de mise. Et n’étant plus des victimes expiatoires mais de soi-disant adolescents réalistes, Julie et sa bande s’attirent le respect du scénariste et du réalisateur, ce qui conduit ces derniers à se montrer très frileux vis-à-vis des meurtres et encore plus au niveau de l’érotisme, les deux piliers du slasher à l’ancienne. De tout le film, si l’on omet le grotesque dénouement et son ultime rebondissement, il n’y a véritablement qu’une seule scène digne d’être mentionnée au rayon slasher (et intervenant très tard). De là, il n’y a qu’un pas pour en conclure que Souviens toi… l’été dernier ne dispose pas seulement de thématiques propres aux sitcoms, mais qu’il a également été conçu pour être diffusé le plus largement possible, bien au delà du seul public écumant le rayon horreur des vidéo-clubs, qui était jusque là visé par les slashers.

Si la saga Scream siffla le coup d’envoi d’une nouvelle mode commerciale, Souviens-toi… l’été dernier fut la référence artistique de cette même mode. Avec lui, le cinéma pour adolescents romantiques téléphages (la génération “Buffy“) imposa ses canons proprets, gentillets et incroyablement ennuyeux au cinéma d’horreur, démocratisé jusqu’à en perdre toute sa substance de série B au profit d’une vague exploration du mal-être adolescent, souvent caricatural. Il va sans dire que le plus mauvais des Halloween est encore préférable à ce genre de films indigestes, prétendant montrer le droit chemin de la sagacité à des films qui jusqu’ici tiraient justement leur force d’une crétinerie connue de tous, mais cachée pour les besoin d’une cause somme toute modeste, celle de plaire à un public averti d’emblée du spectacle proposé (à ne pas confondre avec les parodies ouvertes, qui constituent encore une autre démarche). Et Souviens-toi… l’été dernier de n’être qu’un sitcom vaniteux faisant la leçon aux slashers bon enfants.

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