Happy Birthdead 2 You – Christopher Landon

Happy Death Day 2U. 2019.

Origine : États-Unis
Genre : Multivers pour les nuls
Réalisation : Christopher Landon
Avec : Jessica Rothe, Israel Broussard, Phi Vu, Rachel Matthews, Sarah Yarkin, Suraj Sharma.

Copain bonne pâte, Ryan dort pour la deuxième nuit consécutive dans sa voiture afin de permettre à son colocataire Carter de conter fleurette à Tree, sa nouvelle petite amie. En échange, il ne demande pas grand chose. Qu’on le laisse enfiler des vêtements propres et il repartira vaquer à ses occupations sans un mot. Mais non, c’est encore trop demander et le pauvre bougre se fait jeter comme un malpropre. C’est donc dans ses vêtements de la veille qu’il se rend au département de physiques quantiques où l’attend son compère Samar pour lui annoncer une bonne nouvelle : le projet sur lequel ils travaillent -Sissy- arrive à son aboutissement. Une joie de courte durée puisque le doyen fait irruption dans leur salle pour leur signifier la fin de leurs crédits. Dépité, Ryan connaît un second coup dur lorsqu’un individu, affublé du masque de la mascotte du lycée, le poignarde. Mort ? Non. Il se réveille dans sa voiture, avec un fort sentiment de déjà-vu. Lorsqu’il s’en ouvre à Carter, ce dernier se désintéresse de la question, au contraire de Tree pour qui cela rappelle de mauvais souvenirs. Tout porte à croire que Ryan est à son tour prisonnier d’une boucle temporelle. Elle tente alors de lui venir en aide, sans se douter que son invention est à l’origine du calvaire qu’elle a vécu. Une machine tellement instable que lors d’une manipulation forcée, elle explose, projetant à nouveau Tree en ce funeste 18 septembre. En rage, elle somme Ryan de la sortir de là. En attendant qu’il trouve la solution, elle rejoint son père au restaurant où à sa grande surprise l’attend également sa mère. Ce 18 septembre qu’elle pensait connaître par cœur se révèle plein de surprises. Tree se retrouve dans une nouvelle dimension dans laquelle le cours des événements et les liens entre les gens ne sont plus les mêmes. Tout à sa joie d’avoir retrouvé sa mère, Tree ne veut dès lors plus repartir de cette boucle.

Si le studio Blumhouse Productions a pu être moqué à ses débuts, notamment pour son approche à l’économie du cinéma, il faut bien reconnaître qu’il prend de plus en plus de place au sein du paysage cinématographique mondial. A ce titre, l’année 2017 marque un tournant pour le studio avec plusieurs succès à son actif et, surtout, des films qui font parler d’eux au-delà du cercle des amateurs de cinéma d’horreur. Plusieurs fois nominé aux Oscars, Get Out de Jordan Peele est par exemple reparti avec la statuette du meilleur scénario, quand dans le même temps Split du revenant M. Night Shyamalan, outre une polémique pour sa stigmatisation – supposée – de la maladie mentale, obtenait une pelletée de nominations (pour 9 récompenses) un peu partout où il a été présenté. Des succès inattendus auxquels s’est joint Happy Birthdead au concept fédérateur. Compte tenu de l’argent amassé sur le sol nord-américain, Christopher Landon n’a eu aucun mal à convaincre Jason Blum de remettre la main au portefeuille afin de financer cette séquelle. Il y a même été chaudement encouragé, bénéficiant pour cela d’un budget plus conséquent, en comparaison de l’ordinaire des films estampillés Blumhouse. Cette suite directe du premier film en reprend l’intégralité des personnages, offrant une importance plus conséquente à certains alors qu’ils ne faisaient que passer lors de la première boucle, Ryan au premier chef. A la suite de ce dernier, Happy Birthdead 2 You plonge plus ouvertement dans la science-fiction. Christopher Landon enrichit le postulat du départ de considérations plus vastes autour des paradoxes temporels, abordant le multivers et ses dimensions parallèles. Se faisant, il élargit son champ d’influences qui vont de la plus discrète  (12:01 Prisonnier du temps, l’excellent téléfilm réalisé par Jack Sholder) à la parfaitement assumée (Retour vers le futur II est nommément cité par les personnages, et depuis le premier film, un poster de Retour vers le futur trône au-dessus du lit de Carter). De quoi apporter un nouvel élan après un premier opus qui tournait rapidement en rond.

En se focalisant sur Ryan, simple silhouette réduite à jouer les lourds de service durant le premier film, l’entame de Happy Birthdead 2 You sonne comme la revanche des seconds couteaux. Il lui revient l’insigne honneur d’occuper l’espace, reléguant les vedettes de l’épisode précédent au rang, si ce n’est de faire-valoir, tout du moins de simples consultants. Indésirable sous “son propre toit”, Ryan trouve refuge dans l’aile scientifique du campus, là où l’attendent Samar et Andrea, deux rats de laboratoire dont les conversations et les interactions donnent au récit une couleur très The Big Bang Theory, la sitcom geek de Ckuck Lorre et Bill Prady. Christopher Landon poursuit son mélange des genres et si le tueur au masque poupin est toujours de mise, le côté slasher devient accessoire. L’identité du tueur ne constitue plus un enjeu. Il n’est que le rebondissement sur lequel on s’attend à ce que le film capitalise, lui ouvrant de nombreuses perspectives. Or, plutôt que de verser dans une science-fiction foisonnante et propice à tous les excès, Christopher Landon préfère le confort douillet de la redite. L’arc narratif de Ryan est le premier à en pâtir. Expédié, celui-ci ne bénéficiera même pas de conclusion, comme si le scénario avait été remanié en cours de tournage au profit de Tree. Dans cette histoire, Ryan n’a finalement vocation qu’à “rationaliser” les mésaventures de la jeune femme en offrant à ses tourments passés (et à venir) une origine. Ce qui ne va pas sans poser quelques questions. Si la mise en route intempestive de Sissy à minuit une constitue le point de départ avéré de la boucle temporelle dans laquelle Tree s’est retrouvée enfermée, quel événement a bien pu contribuer à l’en faire sortir ? Toute discutable qu’elle soit, la portée morale du premier Happy Birthdead suffisait à donner du sens au parcours de Tree sans qu’il y ait besoin de s’appesantir sur des explications scientifiques. Loin d’être satisfaisantes, les réponses apportées par ce second opus tendent à renvoyer les péripéties du premier film à leur artificialité. Ryan gagne indéniablement en présence à l’écran mais son personnage demeure accessoire. Il oscille constamment entre effet de diversion (l’entame du film, pendant au masculin de la première mouture) et deus ex machina puisque ses connaissances et ses aptitudes représentent la seule porte de sortie possible pour Tree. Désormais, le salut de la jeune femme ne dépend plus de ses actes mais de ses choix.

La boucle temporelle amenant la redite par essence, Christopher Landon a dû se croire plus malin en axant son film sur la redite de la redite. Toutes les nouveautés apportées (le trio de geek, la machine Sissy, la dimension parallèle) ne servent qu’un but, rejouer le premier film en abordant les mêmes thématiques. Mais toujours avec ce second degré si cher à l’auteur derrière lequel il tente de cacher la vacuité de son entreprise. En somme, tout le film repose sur le dilemme de Tree. Regagner sa temporalité où sa mère est morte et où elle file le parfait amour avec Carter ou rester dans cette autre dimension, qui présente l’avantage d’avoir gardé sa mère en vie et l’inconvénient de voir Carter batifoler avec Danielle, son “ennemie” jurée. Tout le propos du film tient à ça, un choix présenté comme cornélien alors qu’il repose sur du vent. En outre, il tend à faire régresser l’héroïne qui, à l’issue de ses mésaventures passées, avait enfin réussi à faire le deuil de sa maman tout en se réconciliant avec elle-même. Là, moins de 24 heures après, elle retombe dans ses atermoiements sans une once de réflexion. Si elle tient tant que ça à rester avec sa mère, le fait que Carter fricote avec une autre n’a rien d’un problème insoluble. Sa relation avec Danielle n’est pas gravée dans le marbre et il ne tient qu’à elle de le (re)conquérir. Sur ce point, Christopher Landon lui pave la route. Il suffit que Tree fasse part de ses sentiments à Carter pour que celui-ci ne voit plus qu’elle. Plus tard, elle surprendra sa rivale en flagrant délit de tromperie, lui ouvrant ainsi grand les portes de la reconquête. Le réalisateur n’omet pas que Tree s’est entretemps rachetée une vertu. A ce titre, chacune de ses actions relève des meilleurs sentiments. Elle ronge son frein sans mot dire en voyant Carter et Danielle roucouler de conserve, et s’efforce de sauver la vie de celle-là même qui cherchait auparavant à la tuer. Tree n’est qu’amour et félicité. Bref, d’un ennui profond. Pour dynamiser son récit, Christopher Landon use des mêmes subterfuges qu’auparavant, transitions d’une boucle à l’autre incluses. Il se croit ludique en enchaînant les morts de Tree (saut sans parachute, absorption d’un produit d’entretien, électrocution dans sa baignoire, se jeter dans une broyeuse à bois, etc), il n’est que pompeux. Le premier film reposait déjà là-dessus. Pire, il en recycle une idée non retenue pour nourrir un rebondissement aussi idiot qu’inutile. Le manque d’imagination est patent, jusqu’à l’élaboration de cette dimension parallèle aux changements marginaux. L’essentiel est préservé, à savoir Ryan et ses amis, toujours dans la sphère proche de Carter donc aisément joignables par Tree. Comme conscient d’un récit trop rectiligne, Christopher Landon extrait de son chapeau à malice une péripétie un brin forcée qui étire en longueur le dernier acte. Une manière de servir la soupe à tous les personnages, leur offrant à chacun un moment de gloire avant de boucler la boucle. Et tant pis si par sa conclusion abrupte, Happy Birthdead 2 You renvoie Tree à son égoïsme liminaire. A l’instar de son prédécesseur, cette suite se conclut dans la facilité, passant sous silence des détails d’importance (quid du second Ryan ?) au profit d’une fin post-générique qui inclut le gouvernement, en guise de promesse ambitieuse pour l’avenir.

Happy Birthdead 2 You est l’exemple type du film entrepris pour de mauvaises raisons. Christopher Landon se vantait d’avoir des idées neuves pour nourrir sa suite et ne les utilise que pour introduire ce qui s’apparente ni plus ni moins qu’à une variation autour du même thème. Enfermée au milieu de toutes ces redites, Tree n’en sort pas grandi. Plus midinette que jamais, sa plus grande épreuve consiste ici à mémoriser des formules mathématiques incompréhensibles, passage obligé pour obtenir le sésame qui la ramènera dans sa dimension d’origine. Pour elle comme pour nous, il était temps que cette série se termine. Et Christopher Landon a beau crier sur tous les toits qu’il fourmille encore d’idées, Jason Blum n’est pas prêt cette fois-ci à lui signer un nouveau chèque compte tenu des maigres retours sur investissement de cette suite onéreuse.

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