CinémaHorreur

La Cabane dans les bois – Drew Goddard

 

The Cabin in the Woods. 2011.

Origine : États-Unis
Genre : Horror Show
Réalisation : Drew Goddard
Avec : Kristen Connolly, Chris Hemsworth, Anna Hutchinson, Fran Kranz, Jesse Williams, Richard Jenkins.

Air connu, cinq amis s’apprêtent à passer le week-end dans une maison sise au bord d’un lac. L’initiative en revient à Jules et Curt, le couple du groupe. Secrètement, enfin tout est relatif, ils souhaitent qu’à l’issue de ce séjour, Dana et Holden en deviennent un également. Et pour tenir la chandelle, Marty, grand amateur de fumette, ferme le ban. Hormis le léger accrochage avec un autochtone bourru, le séjour s’annonce sous les meilleurs auspices. Sauf que la nuit venue, à la faveur de l’exploration impromptue de la cave de la demeure, les événements prennent une toute autre tournure. Des morts-vivants s’extirpent des entrailles de la terre et s’attaquent à nos étudiants en goguette.

On peut difficilement faire plus convenu que ce synopsis qui en quelques lignes renvoie à tout un pan du cinéma d’horreur convoquant tout à la fois les slashers et Evil Dead. Le titre lui-même joue la filiation avec l’œuvre phare de Sam Raimi en singeant le titre du court-métrage à partir duquel tout a commencé, Within the Woods. A l’origine de cette Cabane dans les bois, on trouve Joss Whedon et Drew Goddard, deux gars qui ont fourbi leurs armes à la télévision. Le premier est essentiellement connu pour la série Buffy contre les vampires et sa déclinaison Angel, véritable phénomène de société chez les adolescents des années 90 mêlant soap, sujets de société à minima, comédie et fantastique. Il a moins de chance avec Firefly, son incursion dans le space opera même si la série dispose d’un noyau dur d’inconditionnels suffisant pour que Whedon puisse lui trouver une conclusion satisfaisante au cinéma avec Serenity. Moins exposé médiatiquement, Drew Goddard a roulé sa bosse en tant que scénariste, travaillant notamment sur les séries Buffy et Angel au début des années 2000 puis sur Lost, dont le film reprend quelques concepts manipulatoires. Ils unissent donc leurs efforts pour cet objet hybride, sorte d’abécédaire du genre qui se propose d’en décortiquer les codes avec l’arrogance des sachants sous couvert d’un humour distancié. En somme, ils prolongent la formule mise au point par Kevin Williamson avec Scream et la pousse dans ses derniers retranchements.

Joss Whedon et Drew Goddard prennent le parti de transformer le film d’horreur attendu en émission de téléréalité – ce qui s’apparente à une autre forme d’horreur à part entière mais ceci est un autre débat – à la différence que les “candidats” ignorent qu’ils passent à l’écran, à la manière de Truman Burbank dans The Truman Show. Le programme demeure néanmoins confidentiel, probablement dédié à une élite que le récit maintient volontairement dans l’ombre. Suivant ce modèle, l’intrigue nous plonge dans les arcanes de la “fabrication” d’un film d’horreur à la suite de deux employés – Gary et Steve – chargés de s’assurer de la bonne avancée du récit. Ils en sont en quelque sorte les réalisateurs, derniers maillons d’une chaîne qui comprend différents services dont celui de la chimie, bien utile lorsqu’il s’agit de conformer le candidat au stéréotype auquel il doit répondre. Dans le détail, cela donne une délurée, un athlète, un intellectuel, un “zinzin” et une vierge. Une concession aux années 80 que s’empresse de pondérer Joss Whedon dont le regard sur la jeunesse, comme l’a prouvé son travail sur la série Buffy, allie bienveillance et acuité. Bien que la jeunesse ne soit pas le sujet du film, il suggère que celle des années 2010 ne ressemble en rien à sa devancière. En creux, on la devine plus terre à terre et mature, et surtout moins résumable à un unique trait de caractère. Ainsi, Jules ne répond aux caractéristiques de la blonde délurée qu’à la suite d’une manipulation d’ordre chimique, inoculée par la teinture qu’elle a effectuée pour l’occasion (elle n’est donc pas vraiment blonde !) et via laquelle sa libido se retrouve en ébullition et son inhibition vole en éclats. Quant à Marty, l’esprit toujours embrumé par la marijuana qu’il consomme à haute dose, il apparaît ironiquement comme le plus lucide du groupe, le seul qui pressent que quelque chose ne tourne pas rond dans cette bicoque. Ce qui n’empêche pas au film d’effectuer quelques raccourcis, l’intellectuel présumé étant celui qui porte des lunettes. Nonobstant ces quelques gentillesses envers les personnages, ils demeurent avant tout les jouets des décisions prises par nos deux salariés en une métaphore à peine voilée d’un plateau de tournage. La notion de libre-arbitre que les deux employés/réalisateurs serinent à tous vents, à laquelle peut se substituer l’improvisation des acteurs, ne pèse guère face aux objectifs affichés, la mort de chacun des membres du groupe. Et pour accomplir leur basse besogne, ils recourent à tous les poncifs du genre. Une vaporisation de phéromones encourage Jules et Curt à pousser plus loin leurs ébats, avec en point d’orgue la poitrine de la demoiselle dévoilée, histoire de pimenter un peu l’affaire ; et plus tard, l’inhalation d’un autre produit par ce même Curt (décidément pas verni) l’incite à privilégier le chacun pour soi sur le collectif, faisant ainsi de chacun d’eux des proies plus faciles. A ce stade, les cinq amis se retrouvent condamnés à agir de la manière qu’on leur dicte, se heurtant littéralement à des murs lorsqu’ils souhaitent déjouer les plans du scénario écrit pour eux.

Le scénario en question repose sur ces récits simplistes et interchangeables de bon nombre de slashers dans lesquels les personnages n’existent que pour grossir la liste des macchabés. Joss Whedon et Drew Goddard collent au plus près de ce canevas pour mieux en souligner les limites et s’en moquer allègrement. Jouant aux plus malins, ils racontent leur histoire sur plusieurs niveaux. Les cinq amis traversent leurs mésaventures au premier degré, s’efforçant de rester en vie. Sauf que placé d’emblée sous le prisme de la manipulation (le prologue de prime abord incongru, l’homme sur le toit qui s’assure qu’ils sont bien partis puis les divers intermèdes auprès de Gary et Steve), leur week-end prend des allures de passages obligés à la progression dramatique vouée à l’impasse. Bien au chaud derrière leurs écrans de contrôle, les employés de cette mystérieuse entreprise se comportent en spectateurs dissipés. Tout est prétexte à s’amuser. Des paris sont organisés pour connaître la manière dont les cinq victimes désignées vont mourir, ça mange du popcorn comme s’ils se trouvaient dans une salle de cinéma et, alors que la “vierge” résiste vaille que vaille à son agresseur, tout le monde se désintéresse de l’action préférant s’enivrer et faire la fête. En somme, les deux auteurs nous disent que ces films ne présentent pas grand intérêt et qu’il vaut mieux en rire plutôt que de prendre ça au sérieux. Un discours plutôt désagréable à entendre à l’aune de ce qu’ils nous offrent en contrepartie. Pour doper leur film d’horreur de base, ils n’hésitent pas à invoquer H.P. Lovecraft et ses grands anciens. Nous assistons en fait ni plus ni moins qu’à un rituel sacrificiel annuel visant à préserver l’humanité de leur éradication pure et simple auquel s’adonnent, si ce n’est le monde entier, d’autres pays (la Suède et surtout le Japon). Rien que ça. Or la logistique déployée pour parvenir à ce résultat laisse rêveur : une base secrète et souterraine gigantesque, des moyens économiques illimités, des employés en pagaille et même une armée personnelle. Le film semble avoir été pensé comme un pilote de série télé. Les diverses pistes lancées ne trouvent aucun développement concluant, comme si tout allait véritablement prendre forme au cours des épisodes suivants. Présentement, une fois cette piste des grands anciens esquissée, La Cabane dans les bois se vautre dans un spectaculaire de pacotille, convoquant tout le bestiaire du cinéma fantastique pour une débauche d’effets numériques frelatés. Le récit tourne alors à la grosse farce et multiplie les coquilles scénaristiques sous couvert de rebondissements. En outre, le film se teinte d’un discours pro-américain autour de la capacité de cette mystérieuse entreprise (comprendre, Hollywood) à fournir des produits de qualité face à une concurrence pas au niveau. Dans sa mise en boîte des clichés inhérents au slasher, La Cabane dans les bois trouve le moyen d’en perpétuer d’autres, comme la vocation des États-Unis à sauver le monde et leur propension à se sentir au-dessus de la mêlée. Une tare dont souffrent de toute évidence les deux hommes, sans doute convaincus d’avoir redonné un coup de jeune au genre alors qu’ils ont simplement accouché d’un film embarrassant.

La Cabane dans les bois donne la désagréable impression de prendre le spectateur pour un imbécile. Le film lui donne ce qu’il attend en guise d’aumône puis s’empresse de tout envoyer valser sous prétexte de déconstruire le genre. Au fond, leur regard sur celui-ci demeure très convenu. Ils enfoncent des portes ouvertes avec l’assurance d’être novateurs alors que leur film ne fait que se repaître de concepts déjà vus ailleurs. La série anglaise Dead Set, par exemple, a fait son beurre avant elle de l’univers de la téléréalité phagocyté par un élément horrifique. Sauf qu’ici, l’horreur n’est qu’une vue de l’esprit. Tourné tout entier vers l’ironie facile, La Cabane dans les bois ne cherche jamais à faire peur, seulement à impressionner par sa malice et les moyens déployés. Un style tape-à-l’œil qui se retrouve jusqu’au triste – et vain – caméo qui apparaît lors du final, dernier clou planté dans le cercueil de nos espérances. Alors ce n’était peut-être pas mieux avant en termes qualitatifs mais c’était assurément plus sympathique et assumé.

Une réflexion sur “La Cabane dans les bois – Drew Goddard

  • Je suis plus indulgent avec le film. Le cynisme ne m’a pas rebuté et maintenant que j’ai lu votre critique, je me rends compte que les deux employés aux manettes sont en fait les représentations de Drew Goddard et Joss Whedon, à travers lesquelles les deux hommes s’expriment donnant un avis plein de condescendance envers un genre qu’ils croient connaitre.

    J’ai bien aimé le film et sa mise en abyme, voir les personnages coincés dans les stéréotypes de jeunes adeptes de la picole, du joint et du sexe, de manière forcée, les envoyant vers une mort certaine, était assez divertissant quoique un peu trop prévisible. Mais c’est la dernière partie avec cette orgie de monstre dans les locaux souterrains que le film livre sa meilleure partie quoique un peu courte.

    Je suis d’accord avec l’idée de faire une série avec ce postulat, je pense vraiment que c’est une bonne idée, mais s’il vous plait faites que l’on balance pas de message BLM ou Meetoo, comme le font les séries actuellement, ca devient n’importe quoi.

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