Krampus – Michael Dougherty

Krampus. 2015

Origine : États-Unis
Genre : Horreur
Réalisation : Michael Dougherty
Avec : Emjay Anthony, Adam Scott, Toni Collette, David Koechner…

Encore une fois, les célébrations de Noël promettent d’être délétères dans la famille du jeune Max. Comme tous les ans, la faute en incombe à l’incompatibilité d’humeur entre ses propres parents et la famille de sa tante Linda… Mais cette fois, lorsque que le repas tourne à la foire d’empoigne, Max décide que c’en est assez et rejette en bloc l’esprit même des festivités, déchirant en guise de symbole sa lettre au père Noël. Ce faisant, il attire sur lui et sur les siens la malédiction du Krampus, cet anti père Noël venant sanctionner ce genre d’abandon…

Après son court-métrage animé Season’s Greetings en 1996, Michael Dougherty s’est surtout illustré dans l’entourage de Bryan Singer, pour lequel il participa aux scénarios de X-Men 2 et de Superman Returns. Deux grosses productions super-héroïques qui ne semblent pas être très représentatives des envies de Dougherty. C’est du moins ce que l’on peut déduire de son premier long-métrage Trick ‘r Treat (2007), un film à sketchs qui, embrayant sur Season’s Greetings, faisait des festivités d’Halloween le cadre de récits horrifiques. Clairement attaché à l’épouvante, le réalisateur pouvait n’avoir choisi Halloween que par concours de circonstances, puisque les passerelles entre cette fête des “mauvais esprits” et le cinéma d’horreur sont plus qu’évidentes et d’ailleurs souvent usitées. Mais puisque dans la foulée Dougherty passa à Krampus, il est légitime de penser que le bonhomme entretenait une certaine relation avec ces iconiques célébrations annuelles qu’il se plaisait à soumettre à son goût pour l’horreur. Il est toutefois vrai que la fête de Noël est tout autant prisée du cinéma horrifique que ne l’est Halloween, encore que pour des raisons différentes (en gros, pervertir les bons sentiments). Mais la nature de Krampus témoigne d’une démarche allant au-delà du simple détournement d’icônes à des fins d’humour noir. C’est que Dougherty a été rechercher une vieille tradition attestée en Europe centrale, principalement en Bavière et en Autriche, zones où le père Noël n’est qu’un succédané du Saint Nicolas protecteur et bienfaiteur des enfants. Apparenté au père fouettard, le Krampus, son alter-ego intervenant pour punir les chenapans, tire son origine du paganisme et reste évoqué au XXIe siècle à travers la “Krampusnacht” pendant laquelle des adultes se griment en Krampus pour effrayer les têtes blondes. D’où a découlé toute une imagerie (cornes, sabots, chaîne…) dont Dougherty s’est servi pour sa créature qu’il a pris la liberté d’associer au père Noël plutôt qu’au Saint-Nicolas, moins vendeur aux Etats-Unis. Mais, décidément bien décidé à exploiter pour de bon le la toile de fond dans laquelle il s’inscrit, son film va au-delà de la simple représentation d’un “Santa” dégénéré et puise sa force dans sa capacité à dénaturer chaque élément incarnant l’esprit de Noël.

Krampus se divise en fait en plusieurs parties bien distinctes, qui en un sens peuvent évoquer la structure d’un film à sketchs (rappelons que le réalisateur s’est déjà livré à cet exercice avec Trick ‘r Treat). La première d’entre elles -l’exposition- se confronte bille en tête aux conventions de l’inévitable film de Noël que le réalisateur fait dans un premier temps mine de suivre à la lettre avec ses poncifs et ses gags éculés. C’est ainsi que nous est présentée la famille du jeune Max, enfant qui par son regard innocent servira de point de repère autour duquel graviteront tous les autres personnages. A commencer par ses parents et sa sœur, de bons bourgeois fort aimants qui s’évertuent à faire coller leur réveillon de Noël à l’image d’Epinal qui correspond. Tout est propre, bien décoré, le repas est fait maison et les cadeaux attendent sous le sapin… Ceci alors que leurs invités, pour être de leur famille, n’en sont pas moins irrémédiablement incompatibles avec leur propres principes. Pur redneck, le tonton Howard ne cache pas son mépris pour toute forme de minauderie. Il a le langage cru, l’intolérance en bandoulière et les pétoires dans le coffre… Il se pose en chef d’une famille dont les deux filles agissent et se vêtent “en homme”, et qui n’ont de cesse de ridiculiser leur cousin Max et de sa lettre au père Noël… jusqu’à ce que ladite lettre, lue en public, ne soulève des points sensibles. Ce qui fait donc basculer dans la gravité ce qui était jusque là une comédie convenue et légère fondée sur un antagonisme exacerbé promis selon toute vraisemblance à une réconciliation générale selon les critères du film de Noël. Mais en orchestrant cette rupture brutale et moyennant une transition (le rejet de Noël par Max et la lettre déchirée), Dougherty bifurque soudainement vers l’épouvante sans toutefois y sacrifier un certain “esprit de Noël”.

Plutôt que de ne faire qu’un film de monstre se déroulant dans un décorum de fêtes, le réalisateur va plutôt s’évertuer à conserver la fonction centrale de Noël, tout en la pervertissant. C’est ainsi que la seconde partie ne se reposera pas directement sur l’arrivée physique du Krampus. Avant cela, c’est chaque élément constitutif de la tradition qui est défiguré : les flocons deviennent un véritable blizzard, le “manteau blanc” ne cesse de s’épaissir et d’essaimer ses congères dans un climat glacial, la musique enjouée prend l’apparence de chœurs païens, les bonhommes de neige poussent en des formes tarabiscotées, le rassemblement autour de la cheminée est un repli général au milieu d’un monde de plus en plus noir et hostile (et Dougherty de plébisciter les plans extérieurs dans lesquels la maison n’est plus qu’un îlot au milieu des ténèbres)… Extrêmement travaillé, ce grand détournement des conventions marque certainement la meilleure partie du film, puisqu’outre l’esthétique aux petits oignons, c’est aussi le segment où la tension est la plus palpable, celle où le sinistre folklore entourant le Krampus prend le dessus dans l’incompréhension générale de personnages dont la superficialité terre-à-terre les laisse totalement désarçonnés. Incompatibles entre eux, les voilà mis sur un pied d’égalité face à un univers fantasmagorique dont ils ne comprennent rien et qu’ils ne peuvent maîtriser (témoins ces explorations funestes dans le pâté de maison). Seule exception, la vieille grand-mère s’exprimant en allemand et évoquant (dans un flash back sous forme d’animation à la Tim Burton) sa précédente rencontre avec le Krampus, alors qu’elle était fillette pendant la guerre. Plutôt que d’aider réellement les personnages, ce récit sert en fait à expliciter le mythe peu connu donnant son titre au film tout en entretenant l’aspect légendaire (l’histoire au coin du feu…) et en faisant office de préambule à une troisième partie elle-même en deux temps.

Intelligemment, Dougherty aura retardé le plus possible ces explications. Non seulement cela lui aura permis de créer un univers mais aussi de ne pas faire de son film un simple jeu de massacre. Ce n’est que lorsque chacun est au courant de ce qui se trame qu’il peut alors lancer véritablement le côté horrifique, avec une menace jusqu’ici avant tout suggérée et qui devient alors concrète. Encore que même là demeure une certaine retenue, notamment dans le fait que le Krampus reste toujours en retrait, laissant agir à sa place des acolytes qui sont eux-mêmes des versions maléfiques d’icônes de Noël. Jouets, peluches, angelots, bonhommes en pain d’épice ou elfes se transforment en monstres en amenant avec eux un certain humour noir et un dynamisme pas si éloignés que cela des films de mini-monstres des productions Empire ou Full Moon (Dolls au premier chef mais aussi Ghoulies ou Troll). A ceci prêt que leur but n’est pas forcément de tuer : il s’agit de prendre, puisque le Krampus ne “vient pas pour donner mais pour prendre“… Les victimes disparaissent ainsi corps et bien, que ce soit kidnappées par la cheminée, avalées par une poupée, englouties par la neige et plus tard enlevées par ses elfes. L’absence de gore ou de trépas explicite s’inscrit bien dans la logique de son énigmatique “boogeyman” qui aspire ses proies plutôt qu’il ne les brise comme le ferait un tueur standard. Le Krampus n’en apparaît que plus puissant… Entretenue tout du long à travers sa seule silhouette et le folklore qui l’accompagne, son aura domine l’intégralité du film, débouchant sur un défi de taille : son arrivée à l’écran, en pleine lumière… Inspiré par les illustrations d’antan d’Europe centrale, ce Krampus parvient sans trop de mal à répondre aux attentes, notamment parce que le réalisateur sait ne pas en abuser et le maintient dans la pénombre, là où ses cornes et ses chaînes continuent à en faire une bête d’aspect et de nature purement démoniaque. D’autre part, intervenant tardivement, cette arrivée fait office de point d’orgue. Elle solde les comptes et n’en a que plus de poids. Elle nous ramène aussi au fameux “esprit de Noël” et à la sanction que cet anti Père Noël (ou Saint Nicolas) incarne. Le film replonge alors dans une certaine noirceur dont il s’était écarté lors de l’assaut des sous-fifres démoniaques. C’est que face à l’adversité, les personnages avaient su passer outre leurs antagonismes et agir de concert, voire en apprenant à sympathiser. Ce qui dans des films de Noël traditionnels classiques aurait suffit à aboutir à un happy end dans l’union et l’allégresse. Dougherty a le grand mérite de ne pas y céder et continue à détourner les clichés… Difficile d’en dire davantage sans déflorer le déroulement de ce final qui sait jusqu’au bout jouer sur l’idée préconçue qu’un film de Noël ne peut que s’achever sur une note optimiste. Le réalisateur ne tranche d’ailleurs pas définitivement et laisse le spectateur choisir son interprétation… parmi deux variantes de pessimisme.

Sans aller jusqu’à dire que nous sommes face à une merveille appelée à devenir un classique de l’horreur (quelques temps morts subsistent malgré tout), il convient d’admettre que ce Krampus est extrêmement séduisant et constitue peut-être la quintessence de ce que le genre peut faire de novateur lorsqu’il se veut transgressif. Dénaturer un père Noël pour en faire un tueur peut être un bon concept (pensons au Conte de la crypte ou au sketch des Histoires d’outre-tombe) mais la démarche reste limitée en ce sens qu’elle ne fait qu’ironiser sur les bons sentiments. Ici, Michael Dougherty ne s’éloigne jamais trop des codes de Noël et du cinéma “pour toute la famille” qui y est associé. Mais il les retourne complément. Tant et si bien que la noirceur du final n’a plus rien à voir avec l’entame bon enfant… Ceci en exploitant de vieux folklores méconnus et que le cinéma avait étonnamment dédaigné jusqu’ici. Du très bon travail assurément.

Une réflexion sur “Krampus – Michael Dougherty

  • 20 janvier 2021 à 20 h 38 min
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    Krampus a créé une frustration chez moi. J’avais devant moi un film d’horreur soft doublé d’une satire sur la célébration de noël. Le film n’arrivait pas suffisamment à me saisir par l’horreur, sauf pour la scène de l’enlèvement du bébé que j’ai trouvé osée, ni par son humour dans la mesure où je n’avais aucun personnage auquel m’identifier. Tous étaient présentés sous un mauvais jour mais pas suffisamment pour qu’on puisse les détester, et il n’y avait pas un personnage comme celui de Zack Galligan dans Gremlins, comme repère moral. Le film m’a aussi fait beaucoup penser à Puppet Master pour les créatures qui viennent attaquer la famille, voir même à Demonic Toys tant elles apparaissent effrayantes à l’écran mais cela est annihilé par les réactions de la famille, peu effrayée par leur intrusion et laissant échapper un humour de mauvais aloi.

    Krampus est après Trick r treat la deuxième incursion de Dougherty dans l’horreur. Autant il a été habile dans son hommage aux créatures et légendes d’halloween autant Krampus apparait comme une semi réussite, loin de la catastrophe que sera Godzilla 2: Roi des monstres. Je continue à croire en son potentiel et j’attends son prochain film de pied ferme.

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