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Les Contes de la crypte 5-05 : Des frères très soudés – Russell Mulcahy

Les Contes de la crypte. Saison 5, épisode 05.
People Who Live in Brass Hearses.
 1993.
Origine : Etats-Unis
Réalisation : Russell Mulcahy
Avec : Bill Paxton, Brad Dourif, Michael Lerner, Lainie Kazan, Pat Asanti.

 

Tout juste sorti de prison, Billy DeLuca (Bill Paxton) rumine sa vengeance. Il souhaite à la fois donner une bonne leçon à son ancien employeur, le glacier ambulant Mr Byrd (Michel Lerner), coupable de l’avoir dénoncé à la police pour avoir piqué dans la caisse, et piller le coffre de Mrs Graffunder (Lainie Kazan), la grossiste qui embauche son frère Virgil (Brad Dourif) et chez qui Mr Byrd se fournit. Un coup double qu’il ne peut envisager qu’avec la complicité de son frère, lequel a du mal à saisir toutes les subtilités du plan.

Russell Mulcahy n’est plus un novice dans l’univers des Contes de la crypte lorsqu’il s’attelle à la réalisation de Des Frères très soudés. Sa première expérience date de 1991, période délicate dans sa carrière puisque relative à la volée de bois vert reçue à la sortie du très attendu Highlander – Le Retour. Le réalisateur australien a néanmoins rapidement su rebondir, délaissant alors le fantastique pour enchaîner les polars (Ricochet, Blue IceL’Affaire Karen McCoy) avec des fortunes diverses. Son retour à la série épouse la nouvelle orientation de sa carrière avec cependant un surplus d’hémoglobine.

En cinq saisons, la série en a vu défiler des ratés ! Pourtant, en dépit de cette profusion, William « Billy » DeLuca se glisse sans peine en tête de peloton. Petit voyou au rabais auquel Bill Paxton  prête sa gouaille inimitable (il fut l’un des visages incontournables du cinéma fantastique des années 80-90 avec des titres aussi évocateurs que TerminatorUne créature de rêveAliensAux frontières de l’aubeBrain Dead ou encore Predator 2), Billy DeLuca traîne sa rancœur comme un fardeau. Toujours sur les nerfs – il est à deux doigts de cogner un enfant – il se montre en outre incapable de faire amende honorable et d’envisager l’avenir sous le prisme de la légalité. Il s’entête à échafauder un mauvais coup, un menu larcin davantage nourri par sa soif de vengeance que par l’appât du gain. Ainsi, il estime le montant de la caisse de Mr Byrd à 500 misérables dollars mais la perspective de casser la figure à son tourmenteur n’a pas de prix à ses yeux. Un plan d’autant plus foireux qu’il implique son frère Virgil, un simple d’esprit que Brad Dourif, autre éternel second rôle vu dans à peu près tout et n’importe quoi de Vol au-dessus d’un nid de coucou au Seigneur des anneaux : Les Deux tours en passant par Jeu d’enfant ou encore Critters 4, interprète tout en retenue. Toujours le nez dans ses comics, notamment un improbable Jesse James vs Predator, Virgil est l’éternel souffre-douleur. Billy l’engueule et le frappe à la moindre occasion, seul moyen qu’il a trouvé pour évacuer ses frustrations. Il a beau s’excuser immédiatement de ses accès de violence à son encontre, ses repentirs sonnent comme des mea-culpa de circonstances afin de conserver son entière complicité. Même sur son lieu de travail, Virgil doit constamment subir les humeurs de sa patronne, l’irascible Mrs Graffunder, qui ne manque jamais une occasion de renvoyer son ami Cooter et lui à leur handicap. Une femme par ailleurs désespérément seule qui vit comme un intolérable camouflet le refus de Mr Byrd de s’abandonner à un dîner romantique en sa compagnie.
Les personnages de cet épisode sont donc tous des minables à des degrés divers et s’ébattent dans un environnement particulièrement sordide. Longtemps réputé pour sa mise en scène tape-à-l’œil directement héritée de ses débuts dans le vidéoclip, Russell Mulcahy s’astreint ici à davantage de sobriété, comme il l’avait déjà fait du reste à l’occasion du Sacre de la tronçonneuse. Il laisse les personnages et les événements dicter le tempo plutôt que d’imposer son propre rythme. L’intrigue suit inexorablement son cours avec son lot de désagréments pour Billy dont le plan, qu’il pensait imparable, prend l’eau de partout. A chaque écueil correspond son explosion de violence à grand renfort d’hémoglobine, de la lente agonie de Mrs Graffunder à l’affrontement elliptique du dernier acte. Russell Mulcahy s’adonne à un jeu de massacre à la portée dérisoire dont tout second degré est exclu. L’humour noir propre à la série s’immisce seulement le temps du plan final, le ton de l’épisode virant davantage au tragique. Tout minables qu’ils soient, les Billy, Virgil, Mrs Graffunder et Mr Byrd n’en demeurent pas moins profondément humains, loin des caricatures qu’on aurait pu redouter. Une finesse d’écriture qui n’est pas pour rien dans la réussite de l’épisode.

Comme souvent, et sous couvert d’une subtilité toute relative, le titre français de l’épisode tend à vendre la mèche quant au rebondissement final alors que le titre original recourait à davantage de mystère. Un rebondissement qui n’est d’ailleurs pas sans évoquer certains épisodes passés, achevant ainsi l’épisode sur une fugace impression de déjà-vu. Un mal inhérent à une série au long cours qui n’hésite pas à reprendre certains motifs déjà usités. Cependant, si cela était problématique avec Soif de pensées, ça l’est moins ici à la faveur d’un emballage différent.

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