Cinéma Comédie Horreur

L’Attaque des donuts tueurs – Scott Wheeler

Attack of the Killer Donuts. 2016.
Origine : États-Unis
Genre : Malbouffe
Réalisateur : Scott Wheeler
Avec : Justin Ray, Kayla Compton, Michael Swan, Lauren Compton, C.Thomas Howell.

Cliff Burbank ne peut ignorer que ses donuts comptent parmi les moins savoureux du marché. Cependant, il n’aurait jamais pu imaginer qu’ils finissent par provoquer la mort de leurs consommateurs. C’est pourtant ce qui arrive lorsqu’au prix d’un effroyable concours de circonstances, un sérum qui ranime les morts termine dans le bain d’huile où dorent les donuts. L’improbable se produit alors, les donuts prennent vie et se retournent contre leurs consommateurs avec un insatiable appétit. Face à ce fléau d’un genre nouveau, Johnny et Michelle, tous deux salariés de Cliff, tentent tant bien que mal de trouver une solution.

A l’occasion d’un focus sur L’Horrible invasion de John « Bud » Cardos, Loïc Blavier rappelait à quel point le cinéma d’horreur aimait à employer les animaux comme vecteur de peur et de menace. Au point qu’aujourd’hui, cela prenne des proportions éminemment farfelues notamment dans l’usage des requins, tour à tour utilisés dans le sable (Beach Shark), à travers des tornades (Sharknado) ou en montagne (Avalanche Sharks : les dents de la neige, précédent film de Scott Wheeler). Mais de manière générale, c’est tout ce qui nous entoure que le cinéma d’horreur se plaît à nous rendre potentiellement menaçant. De la voiture démoniaque d’Enfer mécanique à la cassette vidéo maudite de Ring en passant par le réfrigérateur sanguinaire de The Refrigerator ou encore les préservatifs carnassiers de Killer Condom, le danger est vraiment partout. En ces temps de malbouffe, il paraissait inévitable que le contenu de nos assiettes finissent par se rebeller. Pour autant, Scott Wheeler ne s’essaie nullement à la satire de la société de consommation comme  Larry Cohen avait pu le faire avec The StuffL’Attaque des donuts tueurs marche plus volontiers sur les traces des parodiques L’Attaque des tomates tueuses, qui a donné lieu à trois suites tardives dont Le Retour des tomates tueuses avec George Clooney, et L’Attaque de la moussaka géante, bien conscient de l’aspect risible d’un tel titre et donc peu enclin à surprendre les spectateurs.

Pour farfelu que soit le concept d’un donut tueur, il faut néanmoins un point de départ, lequel nous est aimablement fourni par la figure du savant fou. Ce savant fou, incarné par Michael Swan, un acteur de télévision habitué de ce type de production fauchée (Dinocroc vs SupergatorPiraconda), n’est autre que l’oncle du héros. Tapi au fond de la cave familiale, il multiplie les expériences sur des rats, morts ou vifs, jusqu’à parvenir à l’élaboration d’un sérum dont la couleur verte fluo laisse peu de doute quant aux influences du réalisateur. Injecté à la dépouille d’un rat, il redonne vie à l’animal mais présente le désagrément de le rendre particulièrement agressif. Le rat ainsi ressuscité sera vite oublié au profit des donuts, à la menace plus insidieuse. Ingurgités, ils détraquent les intestins de leurs consommateurs, lesquels souffrent de violents maux de ventre et d’aérophagie jusqu’à ce que mort s’ensuive. Dans le cas contraire, les donuts agissent comme des prédateurs, se jetant sur leurs proies toutes dents dehors. L’action se déploie dans une petite bourgade comme le cinéma américain en regorge le temps d’une nuit où une petite échoppe de donuts devient le centre gravitationnel d’une poignée de personnages à l’exception d’un couple, puni à la fois pour voyeurisme et pour des jeux sexuels placés sous l’égide du travestissement. Une scène qui déroule le tapis rouge à une énième référence à La Guerre des étoiles (mais que serait le cinéma américain sans cette saga ?) via cette pauvre femme dont les oreilles dévorées par deux donuts renvoient à son mari l’image de la princesse Leïa. Au rayon des références, on notera également ce clin d’œil à Gremlins lorsque Johnny se débarrasse d’un donut en le mettant au micro-ondes, et plus volontiers aux Critters (ce qui revient un peu au même, j’en conviens) dans la manière sautillante qu’ont les donuts de se déplacer et leur appétit carnassier. Scott Wheeler évite sciemment toutes attaques de masse, les donuts se bornant à n’attaquer que des personnes isolées (la pathétique Mme Scolari, grignotée alors qu’elle s’accordait un écart dans son régime ; l’inévitable scène de douche avec une sorte de hippie dur en affaire) ou de petits groupes (le trio d’imbéciles venus embêter Michelle à son travail et repartis la queue entre les jambes) pour autant de scènes où le ridicule le dispute à l’absurde. Le réalisateur ne tente pas un instant de croire en son histoire, s’abritant derrière un second degré bien opportun. A ces improbables prédateurs, il oppose donc une galerie de personnages tous plus bêtes les uns que les autres à commencer par le héros lui-même. Voilà un jeune homme – peut-être perturbé par le physique de sa mère laquelle pourrait être sa sœur – qui aime à se bercer d’illusions. Parce que Veronica revient constamment lui réclamer de l’argent, il se persuade qu’elle est sa petite amie, collant des photos d’elle partout dans sa chambre. Il ne s’étonne même pas qu’elle lui refuse tout baiser ou geste tendre, ni qu’elle vienne constamment accompagnée d’un repris de justice qui l’appelle « bébé ». Johnny est un gentil naïf, du genre à ne voir aucune malice dans la présence permanente chez lui de son ami Howard, aux allures de geek, même en son absence. A se demander comment Michelle peut en pincer pour lui depuis aussi longtemps.

Au moins, il n’y a pas tromperie sur la marchandise. L’Attaque des donuts tueurs correspond point par point à ce que l’on pouvait attendre d’un tel film. Aucune prise de risque, de l’horreur édulcorée et des effets numériques rudimentaires pour figurer les donuts en question. Il est néanmoins possible d’y prendre du plaisir pour peu qu’on ne soit pas réfractaire à l’humour lourdingue, limite pipi-caca. Le film a le mérite d’être bref, de ne pas trop tourner autour du pot si l’on excepte son laborieux épilogue à base de dialogues insignifiants, et d’offrir quelques numéros d’acteurs totalement décomplexés comme celui de C. Thomas Howell, bien loin de la grande carrière qu’il pouvait envisager à l’aune de ses prestigieux débuts (E.T.,OutsidersHitcher).

Laisser un commentaire