Cinéma Drame

Creed – L’Héritage de Rocky Balboa – Ryan Coogler

Ecrit par Jérémie Conde

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Creed. 2015
Origine : États-Unis
Genre : la meilleure saga du monde
Réalisateur : Ryan Coogler
Avec : Michael B. Jordan, Sylvester Stallone, Tessa Thompson, Phylicia Rashād…

Creed, l’héritage de Rocky Balboa, raconte l’histoire du fils illégitime d’Apollo Creed qui désire devenir boxeur. Il demande l’aide de Rocky qui accepte de l’entraîner.

Je vais être honnête avec vous : je suis un fan de Rocky, et par extension de Sylvester Stallone. Je vous raconte tout ça dans l’introduction.

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Autant le confesser de suite : je n’ai pas été déçu.

De vous à moi, je suis de parti pris. Vous me direz que c’est le propre d’une critique d’être de parti pris, mais le problème, c’est que j’étais de parti pris avant de voir le film. C’est comme si on vous demandait de témoigner contre votre mère dans un tribunal, il vous sera pénible d’en dire du mal (sauf si vous détestez votre mère, ça peut arriver, je ne suis pas là pour en juger).

A vrai dire, Ryan Coogler, le réalisateur, a pris grand soin de respecter la saga et son personnage emblématique. Il a certainement réussi à faire ce que Stallone n’aurait sans doute pas oser : rendre Rocky malade. Car rendre Rocky malade, c’est se mettre en danger en tant qu’acteur. Certainement quelque chose que le vétéran Stallone n’était pas prêt à faire de lui même. Et pourtant, il est bluffant. Mais au-delà de sa prestation d’un Rocky malade et vieillissant, le plaisir de retrouver son personnage fétiche reste indemne. Ses mimiques, sa façon de bouger, sa vision de la vie, Rocky ne change pas même sous la plume d’un autre.

Mais la grande attraction du film, ce n’est plus vraiment Rocky. Sur l’affiche, Creed est écrit en lettres capitales blanches. C’est donc l’histoire de ce nouveau Creed que l’on va suivre, la genèse d’une nouvelle saga.

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C’est à Michael B. Jordan (éblouissant dans la première saison de The Wire puis dans la dernière de Friday Night Lights) qu’est revenu la lourde tâche de jouer le rôle d’Adonis Johnson Creed, le fils d’Apollo Creed mort sur le ring avant sa naissance. Oui mais voilà, le jeune homme ne veut pas porter le nom de son père auquel il ne supporte plus d’être comparé. En quittant Los Angeles pour Philadelphie, il veut reprendre à zéro. Il ira chercher Rocky, vieillissant et esseulé. Adrian est morte d’un cancer comme nous l’avons appris dans Rocky 6 et c’est au tour de Paulie de disparaître. Alors que Stallone avait mis en scène les morts de Mickey puis d’Apollo, il refuse de faire revivre ça à l’étalon Italien. S’il continue à aller au cimetière pour parler à sa femme et à son meilleur ami, c’est véritablement son isolement qui frappe au premier abord. Son fils parti à Vancouver, il traîne sa carcasse dans son restaurant. Pourtant, il reste le Rocky apprécié des habitants de la ville, reconnu bien sûr, mais surtout sollicité. Avec la perte de tous ses amis (on apprend furtivement aussi la mort de Duke, l’ancien manager d’Apollo puis de Rocky), le vieux boxeur s’est éloigné de la boxe. Il refusera d’ailleurs la proposition d’Adonis qui le veut comme entraîneur, puis changera d’avis, trop pressé de retrouver la boxe qui lui manque tant.

Parallèlement à son entraînement, Adonis rencontrera Bianca (Tessa Thompson, excellente), jeune musicienne qui perd peu à peu l’ouïe. Après un premier combat où il fera ses armes contre un boxeur prometteur, une fuite révèle qui il est vraiment. Le manager du champion du monde en titre sentira l’opportunité de gagner de l’argent et lui proposera un combat contre son poulain.

Le topo reste assez proche de celui de Rocky premier du nom. Si le nom d’Adonis l’amène à se battre contre le champion du monde, c’est la même opportunité que connut Rocky lorsqu’Apollo Creed découvrira son surnom, l’étalon Italien, dans une liste de boxeurs. A vrai dire certaines similarités avec le premier Rocky sautent aux yeux dans la construction globale du film. Mais la relation entre le jeune Adonis et Rocky évite de tomber dans un pâle remake. Très vite, Adonis considère Rocky comme un membre de sa famille au point de l’appeler son oncle. Autre point important et pas des moindres, le personnage principal est noir. C’est d’autant plus important de le signaler que les films de boxe mettant en scène un premier rôle noir sont assez rares. On pourra toujours citer quelques biopics tels que Ali ou Hurricane Carter, mais en films de pure fiction, y’en a pas des masses. Pourtant, la boxe est un vecteur d’intégration dans de nombreux quartiers difficiles. Cinématographiquement, elle serait un support pertinent pour raconter des histoires sociales et politiques intéressantes.

Car le petit Creed il en a vu des vertes et des pas mûres. Baladé de foyers en foyers, sorti de prison par l’ex-femme d’Apollo Creed qui l’élèvera comme son fils, ce gamin manque de repères. Coogler choisira donc Michael B. Jordan pour jouer ce personnage. Il ne le regrettera pas tellement l’acteur est impliqué dans son rôle. Plus que son jeu d’acteur, c’est la transformation physique qui est bluffante. Aussi affûté qu’un boxeur professionnel, il impressionne.

Il aura donc fallu attendre 2016 pour avoir un film intéressant sur la boxe avec un héros noir. Ryan Coogler réussit le tour de force de remettre la ville de Philadelphie au cœur de l’intrigue et de l’intégrer dans un paysage social contemporain. En effet, Stallone avait perdu de vue dès Rocky 3 les enjeux sociaux liés à son personnage. Mais comment faire quand un millionnaire raconte l’histoire d’un millionnaire ? Je le disais en introduction, Stallone était déconnecté de la réalité, il l’admettra lui-même. Avec Creed, Ryan Coogler renoue avec l’esprit original des Rocky 1 et 2, et réussit à dépeindre un certain Philadelphie sans jamais pour autant aller aussi loin que Stallone.

Reste que ce film est une pleine réussite. La réécriture est aboutie, la modernisation aussi, qui s’illustre par une bande-son qui joue magistralement avec quelques classiques de la saga tout en les intégrant parfaitement. On regrettera peut-être le manque d’originalité des entraînements, marque ô combien importante dans les Rocky. Quant aux combats, si celui du milieu semble un peu trop scolaire (mais je pense que c’est fait exprès pour montrer les limites techniques d’Adonis), le combat de fin est lui beaucoup plus réussi et parfaitement mis en scène.

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Creed s’avère être une excellente surprise. Il évite le piège de la mièvrerie quand il aurait été si simple de tirer sur la corde sensible des fans, il refuse cela et nous accompagne dans le combat de Rocky contre la maladie, lui qui était décidé à ne pas se battre. Tout comme Rocky nous le montrait, Creed persiste et nous martèle que la vie est un éternel combat, que rien ne sera jamais facile.

A vrai dire, Creed sonne comme une seconde chance pour Rocky. Adonis est le fils qu’il aurait aimé avoir, un passionné de boxe à qui il aurait pu tout transmettre. Son humilité nous saute encore une fois aux yeux : il est conscient de ne pas savoir grand chose, sinon que rien n’est simple. Mais c’est un expert en boxe, et à part des souvenirs, il ne donne plus rien à son sport. Adonis est l’héritier parfait, celui qui reprendra le flambeau à la fois de Creed son père naturel, et de Rocky son père spirituel.

Parfaitement joué, drôle et tendre, parfaitement mis en scène (à part une ou deux scènes, mais rien de grave), Creed est une réussite. S’il était légitime d’avoir des doutes sur cette énième suite, Coogler réussit parfaitement à lancer un nouveau cycle. Mieux qu’un remake, mieux qu’un reboot, c’est un film dans la continuité qui récupère les codes imaginés et sublimés par Stallone pour en faire les siens.

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