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Les Cauchemars de Freddy 1-05 : Judy Miller – Tom DeSimone

Ecrit par Loïc Blavier

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Freddy’s Nightmares. Saison 1, épisode 05
Judy Miller, come on down. 1988.
Origine : Etats-Unis
Genre : Fantastique
Réalisation : Tom DeDimone
Avec : Robert Englund, Siobhan McCafferty, John DeMita, Susan Oliver…

Judy Miller (Siobhan McCafferty) est une femme malheureuse : son mari Tom (John DeMita) la néglige, ses beaux-parents qui vivent au foyer conjugal sont ignobles avec elle, et personne ne fait rien pour l’aider aux tâches ménagères. Alors à défaut de pouvoir vivre ses rêves, elle a trouvé refuge dans le monde des jeux. Loteries, jeux télévisés, elle suit tout avec attention malgré les remontrances de son mari et de sa belle-famille. Jusqu’à ce qu’elle-même soit retenue pour participer à « Casser la banque », un jeu télévisé qui lui fait miroiter un million de dollars. Ce qui est peut-être trop beau pour être vrai.

Le cinquième épisode de la saison 1 des Cauchemars de Freddy est le premier de la série (du moins dans son ordre de diffusion) à ne pas avoir été réalisé par un « nom », passé, présent ou futur, du film d’horreur. A Tobe Hooper (Massacre à la tronçonneuse), Tom McLoughlin (Vendredi 13 chapitre 6), Mick Garris (adaptateur en chef de Stephen King) et Ken Wiederhorn (Le Retour des morts-vivants II) succède Tom DeSimone, dont la vaste majorité de la filmographie alors plutôt longue mais indéniablement finissante (à un boulard près il se limitera par la suite à d’occasionnels épisodes de séries télés) se composait de pornos gays ou bi tournés sous le pseudonyme de Lancer Brooks. Sans faire injure ni au porno ni à DeSimone, ce choix de réalisateur pour diriger un épisode des Cauchemars de Freddy est un exemple flagrant du manque d’ambition d’une série conçue avant tout pour profiter à plein du succès d’estime d’un Freddy Krueger alors au sommet, dont le nom se retrouve galvaudé par les trop rares apparitions à l’écran du tueur d’Elm Street. Si les épisodes impliquant véritablement l’alter ego de Robert Englund sont rares, l’implication artistique l’est donc tout autant. Le choix d’un réalisateur venu du porno et dont les quelques rares autres faits d’armes furent un WIP avec Sybil Danning, un autre avec la Bond Girl Jill St John et une comédie sexy avec Candice Rialson (soit autant de films à ne pas être exactement calibrés pour des diffusions télé) a de quoi laisser perplexe, et met en évidence la nature profondément commerciale de la série (si besoin est on prend n’importe qui comme réalisateur parce qu’il faut bien quelqu’un pour tourner l’épisode de la semaine et que pas grand monde n’est intéressé).

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Et pourtant, DeSimone surprend. Son épisode démarre selon le même principe qui avait fait d’Une Vie misérable le meilleur épisode de ce début de saison, à savoir une liberté totale prise avec le réalisme au nom de la structure décousue des rêves et des cauchemars. Au bout de quelques minutes, Judy Miller s’endort et se réveille pour apprendre par la télé encore allumée qu’elle participe immédiatement à l’émission « Casser la banque ». A la scène suivante, elle se trouve déjà sur le plateau aux côtés de deux vieilles rombières et l’animateur vedette présente les participantes. L’épisode devient alors hystérique et base son humour sur l’humiliation totale dont Judy est victime. Sans se départir de cette bonne humeur artificielle aux relents démagogiques qui caractérise les présentateurs de jeux télévisés, le tenancier de « Casser la banque » se fout de Judy avec un rare sadisme. Les questions sont personnelles, elles mettent en relief la totale inanité de la vie de la jeune femme et lui rappellent cruellement que tous ses rêves se sont envolés. Mais notre sympathique animateur est là pour y remédier, et à chaque réponse de Judy, il torture sa belle famille (les beaux-parents bouffés par des fourmis rouges amazonienne, le mari placé sous la lame d’un pendule) un peu comme le ferait Freddy Krueger… DeSimone se met au diapason des véritables jeux télévisés de l’époque (fin des années 80, début des années 90… on dirait la version « Patrick Roy » d’Une Famille en or !) et pour une fois, le look très télévisuel des Cauchemars de Freddy devient une qualité, à part peut-être pour le doublage et la voix de camionneuse enrouée attribuée à Judy. On croirait véritablement assister à un jeu télé, et l’humour n’en est que plus prononcé. Pour accentuer davantage le surréalisme, le réalisateur a également recours à des stratagèmes habiles : Judy croit repartir chez elle, trouve ses beaux-parents raides morts à la table et son mari vient lui faire une leçon de morale… Mais les techniciens de « Casser la banque » sont de retour , enlèvent Tom comme si il était un mannequin, les murs sont retirés et Judy se trouve en fait dans les coulisses de l’émission. DeSimone en fait parfois un peu trop, faussant délibérément la continuité (les faux raccords volontaires) et se trouve juste à la limite séparant l’audace narrative de l’amateurisme. Il n’empêche que jusqu’ici Judy Miller est un épisode sympathique.

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Et puis, toujours à l’instar d’Une Vie misérable (et peut-être pour offrir la coupure pub sur un plateau aux diffuseurs de la série), l’épisode balance dans une toute autre direction. Après toutes ces rudes épreuves, après le générique de fin de l’émission (peut-être le vrai générique de l’épisode ?), Judy est parvenue a gagner le million de dollars, ce qui lui permet d’offrir une résidence éloignée de Springwood à ses beaux-parents, et son mari refait preuve de tendresse. L’avenir semble radieux. Alors que Tom est au travail, Judy accueille sa femme de ménage fraichement recrutée. Or, cette bonne n’est autre que Judy elle-même avec 30 ans de plus, qui vient l’informer que Tom est déjà en train de se servir de Judy et de son magot, et que celle-ci finira par l’assassiner. Plus de surréalisme ici, juste du soap opera vaguement mâtiné d’un fantastique moralisateur. Une fois passées les longues minutes de « nan c’est pas vrai je vous crois pas », DeSimone s’échine à souligner que « l’argent ne fait pas le bonheur, bien au contraire ». Tel est en gros le résumé de cette seconde moitié d’épisode, totalement différente de la première. Là où on aurait pu s’attendre à voir Judy prendre les devants et persécuter son mari, on assiste médusés à une solution « par l’amour » au problème. Seul l’amour pourrait résoudre les problèmes. Après le monde des jeux, le look télévisuel nous plonge de plein pied dans ces autres fleurons du petit écran que sont les soaps, mais cette fois sans aucun recul parodique. Siobhan McCafferty, l’actrice principale, finira d’ailleurs dans Santa Barbara

Et quand au père Krueger, il se contente d’introduire, de marquer l’intermède et de clore Judy Miller avec ses vannes bas de plafond, dont l’imitation du cri de la poule. C’est le « cot cot » de trop, celui qui fait pencher la balance d’un épisode très inégal du mauvais côté.

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