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Ford Fairlane, Rock’n’Roll Detective – Renny Harlin

fordfairlane

The Adventures of Ford Fairlane. 1990

Origine : États-Unis 
Genre : Comédie 
Réalisation : Renny Harlin 
Avec : Andrew Dice Clay, Lauren Holly, Wayne Newton, Robert Englund…

Ford Fairlane (Andrew Dice Clay) est le détective rock’n’roll de l’industrie musicale. Il est actuellement en train d’enquêter sur la mort surprenante du célèbre metalleux Bobby Black, tombé raide au sommet de la gloire en plein concert. Ça ne l’empêche pas d’accepter d’autres missions, qui pourront peut-être l’aider à se refaire financièrement (ses employeurs le payent toujours avec des futilités, genre dernièrement INXS l’a rémunéré en lui envoyant un koala). Pour le compte de son ami le DJ Johnny Crunch, il accepte donc de retrouver une certaine “Zuzu les pétales”. Et il accepte aussi la mission d’une riche héritière, qui lui demande de retrouver… Zuzu les pétales. Et comme cette dernière était une groupie proche de Bobby Black, il y a de fortes chances pour que tout soit lié. Un terrible secret doit couver dans le monde du rock, au point que Ford est lui-même victime d’une tentative d’assassinat, et que son ami Johnny est assassiné même pas un quart d’heure après leur entretien. Pour résoudre cette enquête aux diverses ramifications, Fairlane peut s’appuyer sur un disque qui lui avait été remis par Johnny, et qui… oh, et puis de toute façon, on s’en moque, l’intrigue n’a aucune importance.

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Joel Silver est un producteur hollywoodien, et à ce titre il aime bien les grosses machineries qui rapportent. Commando, les deux premiers volets de L’Arme fatale, Predator 1 et 2, les deux premiers Die Hard, voilà ses principaux faits d’armes au moment de lancer Ford Fairlane. Le bilan général n’est pas artistiquement déshonorant, et commercialement fort juteux. A l’aube de la dernière décennie du XXème siècle, Silver est devenu à Hollywood un producteur avec lequel il faut compter. Son dernier film en date, 58 minutes pour vivre, le second Die Hard, a rencontré un beau succès, et Silver s’est tellement plu à travailler avec le réalisateur Renny Harlin qu’il l’embauche illico pour Ford Fairlane. Harlin ramène en outre dans ses filets Robert Englund, qu’il dirigea pour Le Cauchemar de Freddy, et qui à l’époque ne souhaitait qu’une chose : laisser un peu de côté son gant griffu, quitte pour cela à jouer les seconds rôles, voire les faire-valoir pour des têtes d’affiches débutantes comme Andrew Dice Clay. Ce dernier, humoriste, est à peu près au rire ce que les films de Joel Silver -plus Commando que Predator– sont à l’action : l’artillerie lourde. La grossièreté, le sexisme, l’homophobie de ses sketchs ont alimenté la polémique sur le personnage qu’il s’est forgé, sorte de Jean-Marie Bigard en encore moins raffiné.
C’est donc ce style d’humour que l’on trouve chez Ford Fairlane, sorte de version trash du Fonzy de Happy Days. Avant d’entrer dans les détails, entendons nous bien : dans l’absolu, je n’ai rien contre la vulgarité et les provocations, y compris sur des sujets épineux. Un film comme Toxic Avenger de Lloyd Kaufman, pourtant très vulgaire, est très réjouissant, et un artiste comme Pierre Desproges a prouvé que l’on pouvait se montrer odieux tout en étant drôle. Derrière des gens aussi différents que Kaufman et Desproges se devinait une étincelle d’intelligence qui provoquait un certain recul vis-à-vis de l’humour employé. Mais quand ce recul est inexistant, il ne reste plus qu’une stupidité démagogique qui marque soit la propre personnalité beauf de l’humoriste, soit sa conception primaire de l’humour, que l’on pourrait réduire par “plus c’est cru, plus ça doit être drôle”. Clay entre clairement dans cette seconde catégorie, lui qui se fit boycotter plusieurs fois, criant alors au politiquement correct. Comme il le fit aussi pour expliquer l’échec commercial de Ford Fairlane. On pourrait très bien se lancer dans un débat sur le “politiquement correct”, mais là n’est pas le sujet. Je me contenterai juste de dire que si être politiquement incorrect signifie aller toujours plus loin dans la lourdeur, alors la satire n’existe plus, et un film comme Dr. Folamour est le sommet du consensuel.

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Mais après tout, il y a des gens à qui la lourdeur plaît, et ils ont bien le droit d’avoir leur film. Toutefois, un film n’est pas un one-man-show, surtout quand un homme comme Clay n’a encore rien prouvé au cinéma. Il reste tributaire de son producteur, lequel espère bien vendre son film au-delà des seuls fans de sa vedette du jour. Pour cela, Ford Fairlane met un peu d’eau dans le vin de Clay, lequel n’a pas trouvé grand chose à y redire. A part la vulgarité débitée sans pause du début à la fin, le film ne se montre que modérément provocateur. Pas d’homophobie, même pas de sous-entendu réactionnaires façon Le Flic de Beverly Hills, et le sexisme se résume à ne considérer les femmes, toutes jouées par de pulpeuses actrices, que comme de simples bimbos sans personnalité, folles de la classe de Ford Fairlane. Sauf Colleen Sutton (Priscilla Presley), appelée à être une méchante, et surtout sauf Jazz (Lauren Holly), la secrétaire de Ford, qui connait son homme sur le bout des doigts et qui sait le piquer au vif. Car derrière la façade pseudo-politiquement incorrecte se cache du conformisme à tout épreuve et même de la leçon de morale. Il faut voir le dénouement du film, où Fairlane rougit pratiquement de honte en déclarant sa flamme à sa secrétaire (parlant ainsi en faveur de la bonne vieille vie de famille) et en se réconciliant avec un gamin fan de lui qui le chargea de retrouver son père disparu. Je n’évente rien : c’était prévisible dès le début, dès que Fairlane, tout en jouant les fiers-à-bras, réprimanda le gamin qui faisait mine d’allumer une clope. Ajoutons à cela la fausse mort d’un animal (le koala de INXS, odieuse animatronique) qui sera démentie dans le final avec une dernière boutade de Fairlane. Ford Fairlane, malgré ses aspects outranciers, est bien un film hollywoodien, et Clay n’apparaît plus que comme un opportuniste hypocrite, ou bien comme un roquet qui se cassa les dents sur Joel Silver.

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Quelle est la différence entre un camionneur et une bite au cul ? Y’en a un qui charge et l’autre qui décharge !“. Voilà un exemple représentatif du genre d’humour que l’on doit se farcir une heure et demi durant de la part d’un personnage tombeur / flambeur, dur à cuire et grande gueule. Le stéréotype exacerbé du héros hollywoodien, le langage fleuri et la bite personnalisée (il l’appelle Stanley) en plus. Fairlane pousse même la chansonnette, énervé par un minet insipide que l’industrie musicale cherche à mettre en avant. C’est que notre détective se prend aussi pour le grand défenseur du rock, et qu’il s’enorgueillit de posséder une guitare pour gauchers ayant appartenu à Jimi Hendrix (le bien le plus cher à ses yeux, qu’il n’hésitera pas à casser sur un ennemi pour sauver l’imbécile Zuzu, comme quoi il a vraiment bon fond). Contrairement à ce que son look et son nom (faisant écho à sa voiture, un modèle mis sur le marché en 1955) pourraient laisser penser, il n’y a aucune parenté entre Ford Fairlane et le rock’n’roll des origines, pas plus qu’avec celui de Hendrix. Le rock’n’roll detective serait plutôt un metal detective, tant par son style tout en finesse que par le milieu qu’il fréquente. Quoique… Il ne faudrait pas se mettre à dos les rappeurs, qui sont appelés à devenir des valeurs sûres, et par conséquent Fairlane aime aussi le rap. Par contre, il n’aime pas le disco, mais là les problèmes sont moindres puisque la mode du disco est depuis longtemps éventée. Et il aime d’autant moins le disco que l’inspecteur de police (donc l’autorité officielle, ennemie par nature) est un ancien chanteur disco ayant eu un hit à son actif, qu’il rappelle et qu’il chante à qui veut l’entendre, et même aux autres. Quelle n’est pas notre tristesse quand l’on constate que cet inspecteur nommé Amos (et surnommé Anus par Fairlane) n’est autre que Ed O’Neill, le grand Al Bundy lui-même, qui caricature son personnage de Mariés deux enfants. L’éphémère succès disco ne fait que remplacer la gloire footballistique du père Bundy… Vidé de toute substance, ne laissant plus place qu’à la moquerie sur un personnage secondaire (et par ricochet la glorification de Fairlane qui passe pour un mec cool et branché), O’Neill est triste à en pleurer. Dans la peau d’un tueur de toute évidence inspiré par Freddy (tu parles d’un échappatoire que ce Ford Fairlane !), Robert Englund déçoit moins, avec son côté cabotin. Non pas parce qu’il est drôle, mais parce que l’on s’y attend. Dans les Freddy, certains réalisateurs parvinrent à canaliser la tendance au cabotinage de l’acteur. Renny Harlin n’était pas de ceux-là, et par conséquent il pousse Englund à faire des tonnes de mimiques accompagné d’un flingue remplaçant le gant griffu. La liste des personnalités compromises dans Ford Fairlane s’étend également à Priscilla Presley, engagée par son nom, ainsi qu’à plusieurs musiciens, le plus célèbre étant Vince Neil, chanteur de Mötley Crüe qui incarne ici Bobby Black. Tout ce petit monde sert donc la soupe à Andrew Dice Clay, qui se sert d’eux comme tremplin pour mieux proférer ses conneries, avec trois ou quatre scènes d’action quelconques au milieu.

Hypocrite, démagogique, vulgaire, con, laid (car le look hair metal allié au style californien, c’est moche)… Les mots me manquent pour dire tout le mal que je pense de Ford Fairlane, rock’n’roll detective. Vu sans aucune dérision, Harlin le considérant peut-être comme la quintessence du “cool”, le personnage éponyme est une calamité donnant pratiquement envie de jeter tous ses disques de rock à la corbeille et de se mettre au disco et aux chanteurs FM, histoire de prendre le contrepied du détective honni. Il entraîne tout le film avec lui, puisque le scénario et les autres personnages ne sont rien d’autre que des véhicules à sa gloire. On retiendra que le film fut considéré comme culte dans certaines cours de récréation (là où est sa place), et que le soi-disant politiquement incorrect Andrew Dice Clay est désormais cantonné aux télés réalités.

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