Cinéma Horreur

Warlock – Steve Miner

Ecrit par Loïc Blavier

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Warlock. 1989.
Origine : Etats-Unis
Genre : Fantastique
Réalisation : Steve Miner
Avec : Julian Sands, Richard E. Grant, Lori Singer, Mary Woronov…

A la fin du XVIIe siècle, dans la colonie du Massachusetts, un vilain serviteur de Satan appelé le Warlock s’apprête à être exécuté comme il se doit par son acharné ennemi Giles Redferne. Le Diable ne l’entendant pas de cette oreille, il aide son protégé à se faire la malle dans l’espace et dans le temps. Le Warlock réapparaît 300 ans plus tard à Los Angeles, avec ordre de retrouver les pages dispersées du Grand Grimoire par lequel la Création divine sera défaite. S’étant glissé dans la même faille temporelle que sa némesis, Redferne continue à poursuivre le Warlock vaille que vaille. Il est aidé dans sa tâche par Kassandra, qui pour son plus grand malheur s’est retrouvée sur la route du Warlock, lequel lui a jeté un sort consistant à la faire vieillir de 20 ans chaque jour.

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Il est souvent fait mention en ces pages de la New World, firme indissociable de la grande époque du Roger Corman producteur, distributeur et épanouisseur de talents en tous genres. Pourtant, la New World ne s’arrêta pas de tourner lorsque Corman la revendit en 1983. Rachetée par trois hommes d’affaires et confiée aux bons soins de Robert Rehme, un ancien employé administratif de Roger Corman, elle produisit quelques séries B solides : C.H.U.D., The Stuff, les deux premiers House, Hellraiser II et en distribua d’autres (plusieurs films de l’Empire de Charles Band sur le marché de la VHS)… Elle se paya même le luxe d’investir ailleurs que dans le cinéma, devenant la New World Entertainment, dont l’un des plus gros coups fut le rachat de Marvel Comics. Hélas pour elle, les yeux se firent plus gros que le ventre et dès 1989 les soucis financiers entraînèrent un nouveau rachat marquant cette fois la fin officieuse de New World, désormais propriété du nabab Ronald Perelman qui n’aura de cesse de faire des investissements et des reventes, rendant bordélique au possible le fonctionnement de la compagnie scindée en diverses branches (bien qu’officiellement fermée en 1997 elle existe encore aujourd’hui comme une officine de la Fox de Rupert Murdoch). Tant et si bien que l’un des derniers succès de la New World fut Warlock… Un succès posthume, tourné sous l’ère Rehme mais distribué en salles deux ans plus tard par Trimark. L’histoire étant cruelle, Warlock aurait constitué l’un des plus gros -si ce n’est le plus gros- succès de la New World seconde mouture, engendrant deux séquelles et même un jeu vidéo sur Super Nintendo et Megadrive. Encore plus ironique, la présence au générique de Mary Woronov, l’une des égéries de la New World de Roger Corman tenant un rôle petit mais marquant, celui d’une médium révélant au Warlock sa mission du XXe siècle. Une scène à base de maquillage façon L’Exorciste et qui devait inclure une osée scène de nu et de gore, les tétons arrachés devenant les yeux guidant le Warlock vers les pages du grimoire qu’il doit reconstituer. Un effet spécial raté (qui n’aurait d’ailleurs pas été le seul) entraînant des rires lors d’une projection test, et cela tomba à l’eau. Les yeux sont donc les vrais yeux de la médium, arrachés en hors champ… Une perte sans en être une, puisque Warlock ne s’apprécie pas comme un film gore, se montrant plutôt limité en la matière (une langue arrachée et un corps à vif étant à peu de chose près les seules saillies sanguinolentes). Il s’apprécie comme une autre œuvre de son réalisateur Steve Miner, à savoir House, c’est à dire par sa capacité à produire un fantastique enjoué par un second degré opportun. Il faut bien ça pour faire avaler la pilule d’un serviteur de Satan désireux d’annuler la Création malgré l’opposition d’un puritain du XVIIe siècle et d’une donzelle californienne tout ce qu’il y a de plus moderne.

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De cette intrigue, Miner ne cherche pas à sortir grand chose. Suite à la même projection test qui modifia la scène de Mary Woronov, il abandonna l’idée de faire du Warlock le messie de Satan. C’est dire si on ne peut pas vraiment prendre au sérieux cette quête aux morceaux de grimoire. D’autant plus que Miner est loin de faire du personnage de Julian Sands le moteur du film, ce rôle incombant à la chasse à l’homme menée de façon assez pittoresque par Redferne et Kassandra, un duo détonant mais foncièrement complémentaire. Lui le Van Helsing déterminé d’un autre âge et elle la jeunette souhaitant bien le rester forment un tandem n’entretenant que de vagues ressemblances avec celui de Terminator. Miner nous fait le vieux coup du buddy movie : unir deux êtres que tout oppose, ce qui constitue un atout dans leur aventure (lui ayant les connaissances nécessaires et elle s’arrangeant pour arrondir les angles dans le monde contemporain). Mais puisqu’en fin de compte on ne se soucie pas vraiment de l’enjeu, cette collaboration est surtout efficace dans la perception que souhaite donner le film de lui-même. Bien traité, le côté humoristique évite de jouer trop lourdement sur l’humour anachronique pour souligner les péripéties qui se mettent sur la route de Redferne et de Kassandra, qui peuvent bien entendu naître des décalages temporels (un combat de l’ère puritaine dans l’Amérique contemporaine) mais pas uniquement. Les personnalités, les motivations et les cultures antagonistes de ces deux alliés créent une certaine alchimie venant de leur bonne entente dans leurs différences. L’une des meilleures scènes du film apporte même un troisième larron, un vieux fermier mormon ayant la déveine de voir le Warlock débarquer chez lui pour récupérer les pages de son grimoire entreposé au grenier. Mais en vieux sage averti qu’il est, il s’y attendait… Bref, les personnages sont sympathiques si ce n’est attachants dans leur loufoquerie respective et donnent ce climat bon enfant trouvant le juste milieu entre la gaudriole et le premier degré. Et puis disons-le : derrière sa rigidité apparente, derrière les poses qu’il peut prendre et derrière ses tournures de phrases pompeuses, le Warlock lui-même n’y est pas pour rien. Son sens du spectacle le prouve : outre la condamnation au vieillissement prématuré portée sur Kassandra, outre son cirque avec la médium, il ne rechigne pas à faire un peu d’humour noir sur un enfant ou sur un curé. Les confrontations avec ses ennemis sont elles-mêmes davantage caractérisées par l’humour plus que par la symbolique de la lutte entre le bien et le mal. D’où la nonchalance envers un scénario qui n’est que prétexte à une aventure toute en mouvements. Et à ce niveau-là Miner n’échoue pas non plus à rendre son film agréable. Suivre le Warlock n’est pas de tout repos, surtout que le temps est limité (il ne faudrait pas que Kassandra ne meure de vieillesse). Ce qui fait que le réalisateur entretient un dynamisme empêchant tout encroûtement, enfilant les scènes ou scénettes imaginatives dans des endroits divers (une tour dans le Massachusetts du XVIe siècle, Los Angeles, la campagne profonde, un avion, un cimetière à Boston) souvent exploités pour le cadre qu’ils proposent.
A bien y réfléchir, Warlock n’est rien d’autre qu’un Hidden substituant l’argument fantastique à celui de la science-fiction. Miner a réalisé le même genre de produit que Sholder avec un succès à peu près égal. Après ses deux Vendredi 13 et son House, il confirme son habileté à concevoir de l’horreur gentillette, agréable sur l’instant et, sans que cela ne soit péjoratif, dépourvue de grande ambition.

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