Cinéma Horreur

Jason va en Enfer – Adam Marcus

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Jason goes to hell : The Final Friday. 1993.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur
Réalisation : Adam Marcus
Avec : John LeMay, Kari Keegan, Allison Smith, Kane Hodder…

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L’escapade new-yorkaise de Jason lors de Vendredi 13 : L’Ultime retour n’a pas fait que des heureux. L’engouement du public a été moindre, et certains pays (dont la France), n’ont même pas offert l’opportunité au tueur de Crystal Lake de s’ébattre dans les salles obscures. Cette baisse de rentabilité accentue la lassitude de la Paramount qui, profitant d’une opportunité, refile le bébé à la New Line, jeune studio qui s’est développé grâce à ses succès dans le genre fantastique. Et pour redorer le blason d’une saga en perte de vitesse, les pontes du studio embauchent nul autre que le géniteur de Jason, Sean S.Cunningham, qu’ils intronisent producteur. Quant à la réalisation, elle échoit à un jeune réalisateur de 23 ans, Adam Marcus, dont l’envie d’exercer ce métier lui est venue sur le tournage de Vendredi 13 où, âgé de 11 ans, il apportait des cafés à Sean Cunningham en personne. Le cinéma adore se nourrir de telles histoires. Curieusement, et de l’aveu même du réalisateur, la finalité de Jason va en enfer est d’organiser au croquemitaine des funérailles en grandes pompes. A croire que, après Freddy dans L’Ultime cauchemar, l’autre grande figure du cinéma horrifique des années 80 ne devait pas survivre aux années 90.

De retour à Crystal Lake, Jason s’adonne de nouveau à son sport favori : la chasse à la jeune femme dévêtue. Sauf que cette fois-ci, les choses ne se déroulent pas comme prévu. La proie se révèle être un agent fédéral qui attire Jason dans un guet-apens. Le pauvre se fait complètement déchiqueter par les balles. Mort ? Non. Son cœur noirci bat encore, et celui-ci se balade désormais de corps en corps, véhiculant l’esprit démoniaque et meurtrier de Jason.

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Toute entière vouée à son schéma immuable de slasher, la saga des Vendredi 13 ne s’est guère enrichie d’une mythologie, laquelle se limite grosso modo à un lieu emblématique. Sous l’impulsion d’Adam Marcus, ce neuvième chapitre tente d’étoffer cette mythologie en inventant une descendance aux Voorhees. Nous apprenons l’existence d’une sœur à Jason, de sa nièce et du bébé de celle-ci. Trois générations de Voorhees pour autant de possibilités de réincarnation. Et oui ! A l’instar du tueur Charles Lee Ray, pris au piège d’une poupée Brave Gars dans Jeu d’Enfant, Jason cherche un corps pour se réincarner durablement. Et pour cela, qu’une seule solution (ou plutôt trois), s’introduire dans le corps de l’une ou l’autre des descendantes des Voorhees. En attendant de les retrouver, il doit se contenter d’habiter des corps de substitution grâce auxquels il poursuit sa marche meurtrière. Et c’est là que le bât blesse ! Pendant les trois-quarts du film, Jason n’apparaît pas, si ce n’est via quelques reflets dans une armoire métallisée ou un miroir, histoire de nous rappeler que nous regardons bien un Vendredi 13. Adam Marcus nous prive de la figure de proue de la saga au profit d’un pâle remake de Hidden. Ainsi, Jason revêt quatre identités différentes, sans qu’aucune ne puisse susciter la peur autrement que par leur invincibilité. Oubliées l’imposante stature et la démarche mécanique du tueur de Crystal Lake. Place désormais à des ersatz de zombies, dont l’apparence humaine nous éloigne du croquemitaine originel. Pour ce (prétendu) ultime épisode de la saga, Adam Marcus souhaitait rendre ses lettres de noblesse à un personnage qu’il prétend beaucoup apprécier. Qu’il ait opté pour le rendre quasi inexistant tout au long du film laisse rêveur. Sous son aspect habituel, notre brave Jason meurt deux fois, et ne tue qu’une personne, le chasseur de primes Creighton Duke. Creighton Duke, voilà un personnage sorti de nulle part, soi-disant poursuivant acharné du tueur, et qui en sait plus long sur lui que bien des scénaristes des chapitres précédents. Son apport se limite à introduire ce surplus de mythologie si chère à Adam Marcus et à ses scénaristes, et à affranchir l’ex petit copain de la nièce de Jason en ce qui concerne l’ennemi qu’il doit affronter. Qu’il ait attendu le neuvième chapitre pour parler en dit long sur son amour de l’argent, et sa faible considération pour les dizaines de victimes de Jason.

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Néanmoins, Adam Marcus cautionne tous ces apports à la saga, frôlant l’excès d’enthousiasme. Tout à sa fougueuse jeunesse, il considère son film véritablement effrayant et rompant avec la monotonie dans laquelle s’étaient enferrés les deux chapitres précédents. Or, loin de redonner un second souffle à la série, force est d’admettre qu’il poursuit son inexorable chute dans les tréfonds de la médiocrité. Le piège tendu à Jason qui ouvre le film donne le ton. On sent un réel souci d’œuvrer dans le spectaculaire, mais ce spectaculaire sombre très vite dans le ridicule. La faute à des figurants en roue libre, qui se jettent au sol avec rage, descendent les arbres environnants en rappel, le tout en arrosant copieusement Jason, pour une fois victime, comme s’ils participaient à un paintball. Une scène voulue choc qui provoque le rire n’augure rien de bon pour la suite. Et si ce qui suit ne prête plus vraiment à rire, elle ne propose rien de bien réjouissant. Nous avons même droit, le temps d’une scène, à un spot gratuit de prévention sida lors de l’habituelle scène d’ébats dans les bois. Alors qu’un jeune couple, après un bref moment d’hésitation, décide de se passer d’un préservatif pour consommer leur amour, Jason surgit des ténèbres pour les punir, non sans avoir au passage rageusement piétiné le contraceptif délaissé. Le message est on ne peut plus clair : avoir des rapports non protégés mène à une mort certaine. Pour le reste, nous retrouvons cette bonne vieille succession de meurtres, juste un peu plus graphiques qu’à l’accoutumée, notamment lorsqu’un flic fond comme neige au soleil. Enfin, cela est surtout vrai pour ceux qui, comme moi, découvrent le film dans sa version intégrale, ce neuvième opus ayant comme les autres beaucoup souffert de la censure. Quant à la mise en scène en elle-même, Adam Marcus dit s’être inspiré de Peckinpah, mais il n’en a retenu que les ralentis, dont il abuse abondamment. C’est sans doute pour cela que le film donne tant l’impression de traîner en longueur.

Je me suis souvent complu à resituer certains épisodes des mésaventures de Jason Voorhees à l’aune de son farouche concurrent Freddy Krueger. C’est qu’à mes yeux, il est difficile de les dissocier. Ce sont deux figures qui ont incontestablement marqué le cinéma horrifique des années 80, même si le tueur d’Elm Street a quelque peu ringardisé son aîné. Et puis tous deux ont connu une fin pitoyable, qui sera suivie d’un énième épisode en guise de rachat avant leur confrontation tant espérée. Le dernier plan de ce neuvième chapitre ne fait qu’anticiper une rencontre que la venue de Jason dans le giron de la New Line rendait imminente. En théorie, car dans les faits, ce fameux affrontement n’aura lieu que 8 ans plus tard, la faute à un développement pour le moins laborieux.

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