Cinéma Horreur

Christine – John Carpenter

Ecrit par Loïc Blavier

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Christine. 1983.
Origine : Etats-Unis
Genre : Fantastique
Réalisation : John Carpenter
Avec : Keith Gordon, John Stockwell, Alexandra Paul, Robert Prosky…

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Arnie Cunningham, jeune lycéen gringalet et timoré, se prend de passion pour une vieille Plymouth Fury de 1958 à l’état d’épave, qu’il achète dans le but de la retaper, malgré les opinions défavorables de ses parents et de son ami Dennis. Ce sera le point de départ la transformation du garçon, qui tiendra désormais tête à ceux qui s’opposent à lui. Derrière tout ça se cache la Plymouth, baptisée Christine par son ancien proprétaire, qui est en fait une voiture hantée dotée de son propre esprit malveillant…

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Après une série de films plutôt nerveux et secs, John Carpenter se repose avec cette adaptation d’un livre de Stephen King qui à la base n’est déjà pas fameux. Un livre adolescent, basé sur des thèmes tournant autour du passage à l’âge adulte, notamment la rebellion contre l’autorité parentale, les premiers émois amoureux et l’affirmation de son identité par le biais d’un objet synonyme de puissance pour bien de jeunes hommes désireux de montrer l’étendue de leur capacité d’attraction : la voiture. C’est donc celle-ci qui va être au centre de Christine, et Carpenter ne fera pas grand cas de son historique, à l’inverse de ce que l’on trouvait dans le livre de Stephen King, qui établissait petit à petit un lien entre l’ancien propriétaire et le nouveau. Pas de ça ici, donc, et le réalisateur se contente d’Arnie Cunnigham et de sa crise adolescente poussée au paroxysme à l’initiative du bolide rouge vif. Si la rébellion adolescente est vue sous un jour on ne peut plus conventionnel (le gamin autrefois docile qui se met à parler mal à ses parents), tout comme les premiers émois (vague jalousie entre Christine et Leigh, copine d’Arnie depuis sa « métamorphose »), en revanche Carpenter prend un malin plaisir à porter toute son attention sur la voiture. Dennis, l’ami de Arnie, ainsi que Leigh seront tout deux plutôt insignifiants, et d’ailleurs interprétés par des acteurs sans grand talent (Dennis sera même envoyé à l’hôpital pendant un moment et sortira quelque temps du film). Par contre Arnie, si il n’est pas joué par un acteur plus convaincant, attirera davantage l’attention du réalisateur, qui souhaite livrer un film rock’n’roll, à l’image de ce que King avait fait dans son livre en débutant chaque chapitre par un texte issu de standards du rock. Au tout début, Arnie prendra donc l’apparence d’un frêle jeune homme affublé d’énormes binocles qui sont de toute évidence là pour évoquer la mémoire de Buddy Holly, pionnier mythique du rock’n’roll dont les lunettes furent la marque de fabrique. Puis, suivant le progressif changement de personnalité de l’adolescent, Carpenter se plaira à l’affubler d’un look de plus en plus typé années 50 dicté probablement par les chansons diffusées sur l’auto-radio de Christine (que de l’or massif : Buddy Holly, Little Richard, Ritchie Valens…) et de le confronter à des voyous qui eux, représentent typiquement la fin des années 70, autant dans le look que dans la musique qu’ils écoutent (le « Beast of Burden » des Rolling Stones). Une opposition symbolique entre deux époques très plaisante, et qui permet au film de sortir un peu du simple cadre du film adolescent, tout de même inévitablement présent dans les scènes dédiées aux amis d’Arnie.
Et, pour définitivement permettre de ranger Christine au rayon des bons film, il y a les méfaits commis par la voiture, qui apparaît comme un Michael Myers sur roues, avec une mise en scène de Carpenter très soignée, très inspirée (à peu près la même que dans Halloween, donc, avec du reste le même genre de cadre : une banlieue américaine, la nuit) et qui font de chaque meurtre de beaux moments d’angoisse et de sadisme très visuels (la lumière des phares de la voitures est magnifiquement utilisés). Pour ne rien gâcher, la musique est digne des meilleurs compositions de Carpenter (à la patte franchement reconnaissable) et les effets spéciaux de la voiture en train de se retaper elle-même sont du plus bel effet, de même que ceux nous la montrant en train d’être détruite (le duel final avec la pelleteuse !), même si ces derniers firent grincer des dents aux amateurs de Plymouth Fury 58, peu satisfaits de voir les objets de leur admiration être détruits ainsi au cours d’un tournage qui nécessita une grosse douzaine de specimens voués à la destruction.

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Christine est loin de compter parmi les meilleurs films de Carpenter. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un film très agréable à regarder, sur lequel Carpenter relâche un peu la tension de ses films précédents sans pour autant se défaire de son sens de la mise en scène. Un film sur lequel il semble avoir volontairement choisi de délaisser certains aspects pour se concentrer sur d’autres, et qui au final constitue une bonne petite récréation dans la filmographie du cinéaste.

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