Le Pistolero de Tombstone – Edoardo Mulargia

Rimase uno solo e fu la morte per tutti. 1971.

Origine : Italie
Genre : Ouest terne
Réalisation : Edoardo Mulargia
Avec : Tony Kendall, James Rogers, Sophia Kammara, Dino Strano, Omero Gargano.

Alors qu’il convoie la rondelette somme de 500000$ à bord d’une diligence en compagnie d’une faible escorte, le shérif Dakota essuie l’attaque d’Alvarez et sa bande. En dépit d’une défense farouche, le shérif finit par céder sous le nombre de ses assaillants. S’il garde la vie sauve, ses ennuis ne font que commencer. De retour à Tombstone, il est remis en cause par Donovan, un ponte de la ville, lequel l’accuse d’avoir manigancé toute cette affaire. Au terme d’un procès ubuesque, le tribunal de fortune condamne Dakota à 15 ans de travaux forcés. Pour l’homme de loi intègre, le coup est rude. A la première occasion, il fera tout son possible pour redorer son blason.

Les spectateurs italiens ne devaient plus savoir où donner de la tête tant la production cinématographique locale tournait à plein régime. A tel point que bon nombre des films italiens de l’époque n’ont pas connu les joies de l’exportation. Une aubaine pour nous autres cinéphages qui depuis l’avènement du marché de la vidéo puis plus tard celui des chaînes thématiques dédiées au cinéma avons pu combler notre insatiable soif de nouveautés et de curiosités. A l’instar des réalisateurs transalpins qui aimaient à s’affubler de pseudonymes, le plus souvent à consonances anglo-saxonnes, le western de Edoardo Mulargia (ou Edward G. Müller selon votre sensibilité) se voit attribuer différents titres. En France, il a d’abord été connu sous le nom de Creuse ta fosse, j’aurai ta peau, titre à la poésie chargée de plombs dont les distributeurs d’alors raffolaient, à tel point qu’un western italo-espagnol co-réalisé en 1965 par José Antonio de la Loma et Edoardo Mulargia (ceci expliquant sans doute cela) portait le même nom. D’où sans doute ce choix pour le titre plus passe-partout de Le Pistolero de Tombstone. Passe-partout, voilà un qualificatif qui sied plutôt bien à Edoardo Mulargia dont les westerns, plus de la moitié de sa filmographie, ne brillent guère par leurs qualités et leur personnalité. Mais le genre étant particulièrement apprécié et plébiscité à l’époque, les producteurs ne se souciaient guère de la qualité, cherchant avant tout à contenter le public à bas coûts.
Il y a comme ça des films qui dès leurs premières images trahissent leur médiocrité. Il en va ainsi du Pistolero de Tombstone dont l’entame aux cadres hésitants (une alternance de plans larges sur une diligence prise en chasse par une horde de desperados et de plans rapprochés sur les poitrails des chevaux, leurs sabots et certains cavaliers, la caméra étant soumise aux mêmes cahots qu’eux) se voit inopinément entrecoupée du générique à deux reprises. Tout d’abord par une palissade en bois d’où émergent avec leur image en médaillon les principaux acteurs du film puis un peu plus loin par les noms des membres des équipes techniques sertis d’un beau cadre en billets verts en référence au vol en cours. Les esprits chagrins, dont je suis, peuvent également voir dans cet habillage une allégorie des réelles motivations à l’œuvre pour l’élaboration de ce film. Hachée de cette manière, l’entame du récit en devient anecdotique – et dépourvue de tout allant – alors qu’il tourne tout entier autour de cette attaque liminaire. Alvarez, notamment, ne s’en remettra pas. Tout de noir vêtu et présenté comme un desperado de premier ordre, il nourrit une profonde frustration de cette attaque inachevée. Non pas qu’elle fusse un échec – il a récupéré le butin convoité et les quelques pertes humaines sont trop inhérentes au métier pour qu’il s’en appesantisse outre-mesure – mais il a dû se résoudre à laisser le shérif sain et sauf. Et sur ce point, il n’aura de cesse de s’en mordre les doigts. Il ressasse cette faillite au point de la rappeler à son commanditaire au moindre de ses échecs, pour mieux s’en dédouaner. Un humour de répétition aussi savoureux pour les spectateurs qu’humiliant pour le bandit, lequel se révèle n’être qu’un pâle subalterne juste bon à annoncer la triste nouvelle aux veuves de ses hommes. Une tâche ingrate et délicate dont il se dispenserait bien. D’ailleurs, pour s’éviter cela à l’avenir, il intègre désormais à sa bande uniquement des célibataires. Un autre détail amusant qui tranche avec le monolithisme de son interprète – Dino Strano, visage familier des westerns italiens du début des années 70 (Ciak MullDjango et Sartana) – mais pas avec le grotesque du personnage. Disons que pour lui, tout est affaire de priorité et que l’argent passe souvent en premier. A ce titre, et alors qu’il a Dakota à sa merci, il s’amuse à voir ses sbires le rouer de coups plutôt que l’exécuter froidement car seul l’homme de loi peut leur révéler où se trouve l’argent qu’il leur a dérobé. Un choix imputable à nul autre que lui-même dont il se repentira.
Soyons juste, Alvarez ne dépareille pas au milieu des autres personnages. Edoardo Mulargia ne magnifie rien ni personne, pas même son héros, un shérif taciturne qui gardera longtemps le silence, sans voix devant le traitement qu’on lui inflige. Il y avait d’ailleurs dans ce procès inique matière à dépeindre une justice gangrenée par le pouvoir de l’argent et bien peu reconnaissante envers les hommes qui se dévouent corps et âme à sa cause. Or ce sujet n’intéresse pas le réalisateur, tout comme il ne cherche guère à exploiter le cadre et les habitants de cette ville typique du far west qu’il a maladroitement appelée Tombstone. Haut lieu de la mythologie du western américain pour avoir été le théâtre de la fusillade de O.K. Corral, elle n’est ici que le témoin d’une mascarade de justice dont tout le monde se lave les mains, Edoardo Mulargia au premier chef. Il ressort du procès que Dakota est un homme irréprochable mais qu’à la faveur des accusations exprimées avec emphase par un notable de la ville, le démoniaque Donovan (ses pattes taillées en pointes en font foi) qui met en doute la probité du shérif sans le moindre embryon de preuve, on le condamne à 15 ans de travaux forcés. Et encore doit-il se réjouir de ce jugement puisque la peine de mort lui était promis. Heureusement pour Dakota, Donovan devait une faveur à Jean, une amie à lui et son frère Slim, et que c’est à ce prix que l’infâme bourgeois peut alors envisager d’épouser la demoiselle. Également à l’écriture, Edoardo Mulargia ne soigne guère cette partie de son intrigue, laquelle n’est qu’un prétexte à son thème central : la vengeance. Taiseux mais rancunier, le Dakota. Une rancune à dimension variable puisque uniquement tournée vers les méchants revendiqués et pas vers tous ces bénis oui-oui fermant les yeux devant la criante injustice. Et même au plus bas, alors que tout le monde lui a tourné le dos et qu’il se retrouve à servir de punching-ball à d’autres condamnés aux travaux forcés, il n’envisage pas un instant de se mettre hors-la-loi et d’échapper à sa condition pour se faire justice. L’homme est patient et sa vengeance s’effectuera dans la légalité ou ne se fera pas. En voilà un héros, un vrai !

Le Pistolero de Tombstone est à l’image de son héros, triste et insipide. Plutôt que relever la sauce, Edoardo Mulargia se complaît dans la facilité d’une intrigue paresseuse. Amusant, le film l’est à son insu comme par cet entêtement de Dakota et Slim à retourner invariablement dans la même cachette, laquelle n’en est pas vraiment une puisque Alvarez et ses sbires les y retrouvent à chaque fois pour des embuscades à la réussite variable. Et ce ne sont pas les fusillades qui suffiront à égayer tout cela même s’il faut reconnaître en la matière l’excellent travail des cascadeurs, souvent plus cabots dans leur façon de mourir que l’imperturbable Tony Kendall.

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