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Serial Experiment Lain – Yoshitoshi, Yoshitaka

Serial Experiments Lain. 1998

Origine : Japon
Genre : Torture mentale consentante
Créateurs : Abe Yoshitishi, Abe Yoshitaka

Lain Iwakura est une jeune adolescente solitaire. A la mort d’une camarade de classe, elle se découvre une passion pour l’informatique et pour le Wired.

Il est des animes troublants dont l’histoire a des airs d’épopée. Serial Experiment Lain en fait partie. Voici une petite chronique sur la genèse de cette série qui aura marqué bien des esprits et qui va fêter ses 25 ans.

Genèse d’un anime atypique

Pour cela remontons dans le temps bien avant que la jeune Lain reçoive ce mail des plus incroyables à la consonance biblique. En 1996, Yasuyuki Ueda, le producteur de la série, n’est pas encore très connu dans le monde de l’animation. Pourtant il a une idée des plus novatrices qui sera reprise par Bandai : créer un concept multimédia. Ce concept orienté sur trois médias (jeu vidéo + série TV puis manga) devait donner naissance à Lain en offrant au fan trois visions de l’histoire. Il se met à l’écriture du pitch et à la recherche d’un dessinateur.

C’est un jeune étudiant du nom d’Abe Yoshitoshi qui le suivra dans l’aventure et offrira à Lain un style graphique étonnant concernant le character design. D’autres noms se greffent au projet : Konaka Chiaki (scénariste qui a bossé sur Armitage III), Nakamura Ryutaro (producteur), Kishida Takahiro (assistant d’Abe qui a bossé sur Appleseed) et divers autres. Si on se penche sur la carrière de certains on comprend mieux l’atmosphère de l’anime.

La musique sera aussi assez novatrice car l’équipe fait appel à un groupe anglais pour l’opening : BôA (à ne pas confondre avec Kwon Boa qui est coréenne). Leur titre “Duvet” sera considéré comme un titre des plus accrocheurs de l’animation pendant longtemps.

Au final les 3 médias sortiront

Le jeu vidéo qui couvre la partie découverte du Wired par Lain est assez étrange car tout comme la série il offre une découverte expérimentale de celui-ci. Dommage qu’on ne puisse l’obtenir en Europe alors qu’il est présenté dans le coffret collector.
Le manga quant à lui existe aussi en un tome et couvre aussi une partie de l’histoire en ajoutant divers infos sur Lain.
La série, que tous connaissent, couvre l’immersion de Lain dans le Wired et son éloignement de la réalité.

Parlons-en de la série, une naissance dans la douleur et le doute

Avant toute chose, il est intéressant de mettre Lain en comparaison avec la concurrence de l’époque : Cowboy Bebop, Sakura, Initial D et Trigun. On en arrive à se demander comment  Serial Experiments Lain a pu s’en sortir face à ce genre de ténors,  et les infos sur le lancement de la série ne rassurent pas. Car oui, une fois la série TV lancée, commencent à arriver les doutes. Konaka se pose des questions sur Nakamura car il craint de laisser dans les mains d’un débutant un tel projet. Il sera rassuré à la vue du travail fourni et se permettra nombre de folies qui suintent de l’anime. Ajoutons que cette série s’est fait d’une manière des plus désorganisées, les scénarios arrivant en retard, l’auteur ne sachant pas vraiment où il va… Mais au final, quand Serial Experiment Lain sort au Japon, oh surprise, elle fait un carton critique (cette série sauve même BôA qui moisissait un peu dans les charts). Il faut dire que rares sont les séries qui soulèvent autant de questions :

-qui est Lain ?
-qui sont ses parents ?
-Qu’arrive-t-il à sa soeur ?
-Qui sont ces gens qui prétendent la connaître ?

1998, une série d’anticipation paranoïaque.

Intéressons nous au pitch de cette série d’animation japonaise : le personnage “central”, Lain Iwakura, lycéenne solitaire et introvertie, mène une vie moisie au milieu d’une famille qui ne se parle pas. Un jour, elle reçoit un e-mail d’une camarade d’école décédée après un suicide. Celle-ci apprend à Lain qu’elle s’est “réincarnée” dans le réseau appelé Wired et qu’elle y a rencontré Dieu. Lain, intriguée par ces messages, outrepasse ses réticences face à l’informatique et finit par demander à son père de lui acheter un Navi, un ordinateur lui permettant d’accéder au fameux Wired. Commence pour elle un voyage dans l’underground informatique à la recherche de l’existence de Dieu et aussi d’elle-même.

Si on se focalise sur 1998, année de la sortie de Serial Experiments Lain, nous sommes loin du tout connecté d’aujourd’hui. Une infime partie de la population mondiale avait accès à Internet et les géants d’aujourd’hui étaient loin de régner sans partage : Point de Chrome ou Firefox, Netscape et Internet Explorer se partageaient le marché des navigateurs, Google n’était qu’une jeune start up avec son moteur de recherche et le bug de l’an 2000 un vague souci. Nous sommes loin de l’Internet actuel hyper monopolisé. Le monde le présentait comme un far-west de l’information qui devait abolir les frontières, ouvrir le savoir à tous et permettre de s’exprimer sans contrainte ni surveillance. Le scénario de Lain propose de prendre le chemin inverse (route prémonitoire) parlant de piratage à grande échelle, de diffusion d’informations secrètes (Wikileaks), de violation de la vie privée (GAFAM) et de l’omniprésence d’Internet dans notre identité (l’identité numérique, un sujet brûlant actuellement) sans oublier la “schizophrénie” du virtuel (cette différence de comportement entre le moi réel et le moi virtuel).

De la paranoïa à la schizophrénie, quand l’environnement influe la personnalité

Sur les nombreux sujets amenés au fil des épisodes par la plongée de Lain dans le Wired, intéressons nous surtout à ce changement de personnalité observé parfois sur la toile. Comme annoncé plus haut, durant les 13 épisodes on vit un voyage transformant l’essence même de la jeune adolescente. La personnalité de Lain devient un sujet d’expériences pour le scénariste et nous en sommes les témoins. Si au départ Lain est une personnalité on ne peut plus dans la norme, elle éclate au contact du Wired et la jeune Lain devient les Lains. Réservée et quasi transparente IRL, elle devient son opposée sur le réseau : Dark Lain (petite référence à Dark Willow) est extravertie, dure. Petit souci propre à ce genre de pathologie : nos deux personnalités sont indépendantes et incapables de communiquer. Pourtant leurs actes finissent par empiéter sur les deux personnes (personnalités), ce qui finit par perdre notre héroïne, et le spectateur aussi par moment. Un scénario incroyable pour l’époque, où se poser la question sur la gestion de l’identité numérique n’est absolument pas d’actualité.

Au final le scénariste nous offre une histoire que ne renierait pas les fans de Philip K. Dick, David Lynch ou David Cronenberg (et il est possible d’en citer bien d’autres). Mais des œuvres telles que Blade Runner, Mulholland Drive, Lost Highway, Faux-semblants ou ExistenZ sont elles accessibles à tout le monde ? Il n’est pas facile de l’affirmer…

Ajoutons au scénario complexe à bien des points de vue le graphisme qui peut finir par nous perdre…

Un design daté mais totalement raccord

Une fois le scénario assimilé voir sniffé comme un trip sous acides numériques, on pourrait croire que cette mini série (seulement 13 épisodes de 25 minutes) nous a tout donné et que nous avons fait le tour de la question… C’est sans compter sur le travail visuel…

Soyons clairs : Dès le départ, la série a pris un coup de vieux. Certains aspects ont vieilli comme les effets informatiques, mais rappelons que nous sommes dans les années 90 (faut il ressortir une capture d’écran de Windows 95 ou 98 ?). Pourtant ce n’est pas là que la série sort son épingle du jeu… Certains passages sont très beaux et efficaces dans leur mise en place grâce à l’application d’effets classiques mais placés idéalement (saturation des ombres et lumières dans les rues pour rendre l’ambiance étouffante par exemple). Les décors intérieurs ont aussi eu droit à une attention particulière afin de coller à la personnalité des protagonistes, comme la chambre de Lain. Elle devient bordélique comme la personnalité de sa propriétaire mais ce bazar a quelque chose de joli qui nous pousse à nous attarder pour la décortiquer.

L’ambiance sonore n’est pas en reste avec de nombreux détails sonores qui rendent souvent l’atmosphère oppressante, mais le décrire est assez compliqué et il est préférable de se faire une idée en visionnant Serial Experiments Lain.

Au final, 20 ans plus tard cette série mérite elle toujours l’engouement ?

Voilà une question qui offre une réponse à l’image de la série : complexe et peu claire. Lors de son arrivée dans l’hexagone, le succès de Serial Experiment Lain fut mitigé. Certains ont abandonné cette série de la même manière que Neon Genesis Evangelion, ne voyant dans ces deux séries que des animes tortueux, incompréhensibles, au graphisme ennuyeux. D’autres vont adorer le scénario et devenir fans de Lain, voyant dans les treize épisodes un chef d’œuvre artistique doté d’un scénario à la portée philosophique visionnaire. En bref Lain n’était et n’est toujours pas une série à mettre dans toutes les mains (et les regards). Fleurant l’anticipation à l’époque, au vu des évolutions informatiques elle peut prendre aujourd’hui des aspects prophétiques avec une optique clairement pessimiste. De fait, une nouvelle lecture plus critique peut ressortir d’un visionnage après 22 ans… Pourtant, malgré le coté dérangeant qui peut rappeler le visionnage d’ExistenZ sans préparation mentale, Serial Experiment Lain reste un classique de l’animation qui ne laisse pas indifférent et mérite d’être vu par un public avide de ce genre.

Michaël Rocle

Michaël Rocle

Tout aurait pu commencer par une belle journée ensoleillée dans un lieu bucolique rappelant la petite maison dans la prairie avec une jeune fille se vautrant lamentablement dans les prés le sourire aux lèvres mais non... En fait la naissance de Mike se déroule dans la grisaille de la capitale du Champagne par des cris et de la douleur (un signe surement) car il est clair que la vie citadine n'est pas adapté à votre zéro tout comme le spiritueux aux bulles dorées. Bref le bambin ira s'épanouir à la campagne (finalement on retrouve la famille Ingalls) où le sale môme commence à s'intéresser aux comics et mangas.

Une réflexion sur “Serial Experiment Lain – Yoshitoshi, Yoshitaka

  • Super Critique 😀 un de mes anime fétiche qui au delà de l’aspect numérique interroge sur l’existence même de l’être humain et des souvenirs…merci de m’avoir replongé dedans, et d’avoir mis ce petit lien de l’opening ! 😀
    Maintenant j’attend une critique Haibane Renmei :p

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