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Masters of Horror 2-03 : V comme vampire – Ernest Dickerson

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Masters of Horror. Saison 2, épisode 03
The V world. 2006.
Origine : Etats-Unis / Canada
Genre : Horreur
Réalisation : Ernest Dickerson
Avec : Arjay Smith, Branden Nadon, Lynda Boyd, Jodelle Ferland…

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Excédé par l’attitude de son père et les commentaires de Kerry, son meilleur ami, Justin lance un défi idiot : se rendre à la morgue dans laquelle son cousin officie en tant que gardien de nuit pour y voir le cadavre d’un adolescent de leur âge fraîchement décédé. Sur place, ils multiplient les découvertes macabres jusqu’à tomber nez à nez avec un vampire. Une rencontre qui va bouleverser le cours de leur existence.

Comme son nom l’indique, la série Masters of horror se propose de réunir les grands noms du cinéma fantastique et de leur offrir une liberté totale (ou presque) pour s’exprimer à leur guise. Première saison oblige, la fournée d’origine a bénéficié du concours d’une bonne partie des réalisateurs les plus emblématiques du genre. John Carpenter, Dario Argento, Tobe Hooper, Stuart Gordon, Joe Dante, Don Coscarelli, tous ont répondu présent à l’appel de Mick Garris, l’homme à l’origine du projet. Hormis le quintet de tête qui s’est piqué au jeu au point de renouveler l’expérience une saison de plus, la deuxième saison des Masters of horror se démarque de la précédente par un élargissement du choix des réalisateurs approchés. Ernest Dickerson, par exemple, réalisateur de l’épisode qui nous intéresse ici, n’est pas un habitué du genre. En 1995, il réalise Le Cavalier du diable, le premier film estampillé Contes de la crypte, puis il revient au genre avec Bones, sorte de film d’horreur mâtiné de blaxploitation avec Snoop Doogy Dog. Deux essais qui n’ont pas vraiment marqué les esprits des fantasticophiles. Désormais, si l’horreur demeure une constante de la série, les maîtres sur lesquels elle s’est construite ont choisi de céder leur place à des apprentis.

Plus que le titre original, le titre français –V comme Vampire– ne laisse planer aucun doute quant à la teneur de l’épisode en question : Ernest Dickerson s’adonne à une énième variation sur le thème du vampirisme. Il en profite pour bazarder quelques caractéristiques propres aux vampires traditionnels telles les canines proéminentes, l’absence de reflet ou bien tout l’aspect religieux. Les vampires du film ne se contentent plus de suçoter proprement le sang de leur victime via deux charmants petits trous à la carotide. Tout ça, c’est bon pour les vieux classiques du cinéma horrifique, comme le Dracula de Tod Browning dont nous voyons un extrait au détour d’une scène. De nos jours, il faut que cela ait plus d’impact, que cela soit violent et douloureux. Tant et si bien que, sous la direction de Ernest Dickerson, les vampires se jettent comme des bêtes affamées sur leurs proies en leur déchiquetant le cou avec force jets de sang et gargouillis funestes. Petit inconvénient de cette méthode, ils s’en mettent partout ce qui, dans le cas de monsieur Chaney, ne pose aucun problème puisqu’il ne prend même pas la peine de se débarbouiller. Mais j’en oublie les convenances… Monsieur Chaney est le vampire auquel sont confrontés les deux amis Justin et Kerry. C’est lui qui a tué le cousin de Justin et vidé de leur sang tous les pensionnaires de la morgue. Toutefois, il n’a pas toujours été un vampire. De son vivant (si je puis dire) il exerçait en tant que professeur. Un professeur un peu trop porté sur les enfants qu’il adorait inviter chez lui pour des jeux que la décence me défend de vous révéler bien que ceux-ci tombent sous le sens. De ce fait, monsieur Chaney nous est présenté comme un homme qui portait déjà en lui les germes du Mal, ce qui évite au réalisateur de nous narrer comment il est devenu un vampire. Qu’il soit humain ou vampire, cet homme a toujours fait le mal autour de lui. Et pour l’incarner, qui de mieux qu’un expert ès méchants, j’ai nommé Michael Ironside. Si l’on excepte sa première apparition, proprement ridicule, l’acteur campe avec conviction et un plaisir évident ce véritable pervertisseur de jeunesse. Si il tue avant tout pour se nourrir, on sent qu’il éprouve un réel plaisir à prendre sous son aile de nouveaux adeptes. En un sens, il demeure cet enseignant qu’il a été en dispensant son savoir à des jeunes gens peu au faîte des coutumes vampiriques. Toutefois, l’intrigue de cet épisode ne tourne pas autour de lui, ce qui est regrettable. Le scénario préfère s’attacher à Justin et à son combat contre son état de vampire. Le jeune homme fait preuve d’une belle force de caractère, motivée par l’amour immodéré qu’il porte à sa mère et à sa sœur. Bien que la faim le tenaille, il s’abstient et trouve même la force de se révolter contre sa condition nouvelle afin de leur sauver la vie. Il s’agit vraiment d’un très gentil garçon. Dommage qu’il ait au préalable entraîné son meilleur ami dans cette histoire, et que sa passivité lui ait interdit de lui venir en aide au moment où il en avait le plus besoin. A trop vouloir jouer à se faire peur, ils ont très sérieusement compromis leur amitié.

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V comme vampire n’offre rien de bien passionnant à se mettre sous la dent. L’horreur cède bien vite sa place au gore, ce qui évite de prendre tout ça bien au sérieux. Pourtant, l’épisode démarrait plutôt bien avec l’efficace visite d’une morgue nimbée dans la pénombre. A ce moment là, les attitudes des deux amis sonnent justes et collent plutôt bien à leur statut de « geeks », friands de jeux vidéo hyper violents mais qui n’en mènent pas large dès qu’ils n’arrivent pas à voir plus loin que le bout de leur nez. Cependant, sur l’échelle pourtant bien peu élevée des Masters of horror, Ernest Dickerson ne parvient pas à inscrire son nom au tableau d’honneur. V comme vampire se révèle un épisode anecdotique et finalement trop timoré dans son approche plus brutale d’une créature qu’on a connu davantage porté sur le romantisme.

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