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Les Contes de la crypte 3-09 : Des pompes très funèbres – Michael Thau

Ecrit par Loïc Blavier

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Les Contes de la crypte. Saison 3, épisode 09.
Undertaking Parlor. 1991.
Origine : Etats-Unis
Réalisation : Michael Thau
Avec : John Glover, Scott Fults, Jason Marsden, Ke Huy Quan…

Il est dommage de se contenter de s’effrayer les uns les autres lorsque l’on possède une caméra toute adaptée à filmer des spectacles plus croustillants. C’est pourquoi une petite bande d’adolescents adeptes de films d’horreur partent nuitamment à la morgue. Stupeur ! Pendant qu’ils inspectent un cadavre, le croque-mort débarque ! Tout le monde se planque à la va-vite, et la petite foule d’assister aux actes profondément irrespectueux de ce professionnel envers le cadavre qu’ils venaient de découvrir. Profitant du départ du croque-mort parti ouvrir la porte à un visiteur, les adolescents prennent la poudre d’escampette. Tous sauf un, qui assiste à une scène encore plus choquante, révélant que le croque-mort et un pharmacien non identifié se sont unis pour récupérer les fruits d’enterrements en grandes pompes. Ayant réussi à sortir incognito de la morgue, l’adolescent prévient ses camarades, qui sont bien forcés de le croire, puisque le père de l’un d’entre eux vient tout juste de décéder d’une mort suspecte. Après avoir repéré le pharmacien, ils retournent à la morgue, armés chacun d’une caméra qui dévoilera le scandale à la face du monde.

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Sans vouloir faire injure à Michael Thau, le poste de réalisateur qui lui fut confié sur Les Contes de la crypte n’a pas vraiment aidé à faire décoller sa carrière. Toujours cantonné à des postes subalternes, il est au mieux monteur d’obscures séries télévisée ou réalisateur… de documentaires calibrés pour figurer dans des bonus de DVD. Si vous rechercher des choses à voir au sujet du Superman de Richard Donner, vous avez de grandes chances de tomber sur un produit dans lequel a trempé Michael Thau, qui a toujours évolué dans l’ombre plus ou moins lointaine de Donner. Lequel, en bon producteur exécutif qu’il fut sur Les Contes de la crypte, avait donc tenté de promouvoir celui qui fut son assistant sur Les Goonies, les deux premiers épisodes de L’Arme fatale, Fantômes en fête et le « superviseur de post-production » de quelques épisodes de la présente série (gageons qu’avant la dernière saison, quelqu’un aura l’idée d’envoyer la coiffeuse au casse-pipe). Ce fut sans lendemain et Thau ne redevint même plus assistant de Donner. Freinée nette, son ascension… Qu’a-t-il donc bien pu se passer pendant ou après le neuvième épisode de cette troisième saison ? Cela reste un profond mystère, même si les ponts n’ont pas été coupés entre Donner et Thau. Quoi qu’il en soit, la raison de ce foudroyant atterrissage prématuré ne provient certainement pas de la qualité dudit épisode, qui sans être un moment de grâce de la série est loin d’être dénué de tout mérite, même si à l’instar de l’épisode précédent il affiche une certaine tendance à s’affranchir du canevas habituel. Et cette fois, sans même le faire par ironie (le huitième épisode le revendiquait clairement). C’est que voyez-vous, Des pompes très funèbres prend pour héros une sympathique bande d’adolescents luttant pour la justice et pour venger le père de l’un d’entre eux. Une vengeance qui devrait passer par les tribunaux via les caméras utilisées par les justiciers en herbe. Il y a quelque chose des Goonies là-dedans, d’autant plus que Ke Huy Quan est au nombre des protagonistes (c’est le père de son personnage qui est mort). Très tôt, on devine qu’il n’y aura pas de retournements macabres de situations et que l’épisode se déroulera d’une façon très convenue, très morale : les gentils d’un côté, les méchants de l’autre, et happy end de rigueur malgré une péripétie finale pas très convaincante. Pour autant, si on peut donc difficilement faire de cet épisode un emblème de la série, il dispose de suffisamment de qualités pour faire oublier ces traces de conformisme. Car Thau le compense largement en s’appuyant sur John Glover et son personnage de croque-mort, bien plus fascinant que le mystérieux pharmacien qui n’a d’ailleurs guère droit aux honneurs de la caméra, que les gamins, formant une énième bande d’ado débrouillards, ou même que cette histoire de père assassiné, simple prétexte pour renvoyer les protagonistes à la morgue. Bien que l’épisode soit loin d’être passif, tout son sel provient de John Glover, le très classieux croque-mort qui s’adonne à la maltraitance de cadavre tout en écoutant de la grande musique. Il réemploie et développe là une idée qui figurait déjà au centre de Abra Cadavra (l’épisode 4 de cette même saison 3). C’est par des séquences apparemment anodines dans le cadre du scénario que l’épisode s’enracine dans le genre horrifique malgré tous les obstacles mentionnés. Car l’aspect choquant n’est pas tellement dû à l’alliance croque-mort / pharmacien (qui après tout aurait aussi bien pu être employée dans une intrigue policière quelconque) qu’à sa façon d’être en privé : dégommer la tête d’un cadavre à coup de masse pour lui dessiner un semblant de sourire, vider un sac d’on ne sait trop quoi dans les entrailles évidées d’un autre, aspirer les viscères par un aspirateur spécialement conçu à cet effet… Tout cela dans la joie et la bonne humeur, tout en mangeant et en écoutant de la musique. Bien que certaines phases relèvent de la normalité de son métier, la nonchalance avec laquelle il s’y adonne ne peut que faire frémir aux yeux des non-initiés que sont les gamins, et plus généralement les spectateurs. Bien que le côté graphique soit finalement assez réduit, l’idée même de la jovialité employée pour ces tâches répugnantes et immorales pour le pékin moyen est quelque chose de gore… Jusqu’à en devenir comique, surtout avec un acteur comme John Glover qui n’en était pas à son coup d’essai en la matière, puisqu’il réussissait même à rendre charmant l’ultra-capitaliste qu’il incarnait dans Gremlins 2.

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Bien conscient des endroits où résident les forces et faiblesses de son épisode, Michael Thau a traité ça efficacement : en réduisant au minimum les tenants et aboutissants scénaristiques et en accentuant la seule chose véritablement horrifique. Il s’est donc raccroché aux branches pour ne pas tomber dans le hors-sujet, mais avec la souplesse d’un gymnaste. On applaudit l’effort, tout en espérant que le prochain épisode de la série revienne à des intentions plus en phase avec la nature des Contes de la crypte, sa tonalité héritée des comics horrifiques qui a justement contribué à la faire passer à la postérité.

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