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Les Contes de la crypte 3-10 : En faire son deuil – Manny Coto

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Les Contes de la crypte. Saison 3, épisode 10.
Mournin’ Mess. 1991

Origine : Etats-Unis 
Réalisation : Manny Coto 
Avec : Steven Weber, Rita Wilson, Vincent Schiavelli, Frank Kopyc…

Une vague de meurtres frappant les sans-abris sévit sur la ville. Les soupçons se portent bientôt sur l’innocent Robert (saluons ici la trogne de feu Vincent Schiavelli), qui a eu le malheur de laisser son empreinte là où son ami s’est fait massacrer. Journaliste, Dale Sweeney suit cela de loin et se met à dos la boîte caritative prenant en charge les funérailles des SDF. Son manque de professionnalisme lui vaut bientôt d’être remercié. C’est pourtant bien à lui que Robert, alors en cavale, s’adresse lorsqu’il veut mettre la vérité sur la place publique. Hélas, Dale accomplira mal les instructions et Robert sera à son tour assassiné. Il y a complot !

Un complot qui n’est pas très dur à éventer. Pour peu que le spectateur soit habitué à la série et à la manière dont ses scénaristes raisonnent, pour peu qu’il tire des conclusions logiques d’une intrigue qui n’a pas des masses de suspects potentiels, et surtout pour peu qu’il prête attention à un certain détail apparaissant à l’écran à certains moments (et qui non content de désigner le coupable laisse aussi deviner la manière dont tout cela se terminera), tout suspense tombe à l’eau. Mais à la décharge du réalisateur et scénariste Manny Coto, jusqu’ici auteur de l’obscur Psycho et qui deviendra plus tard scénariste et producteur exécutif sur Star Trek : Enterprise, 24 heures chrono et Dexter, l’ambition de cet épisode ne résidait pas du tout dans cette finalité, ce qui aurait d’ailleurs tôt fait de le rattacher au genre policier. Elle se plaçait plutôt dans une optique sardonique reposant sur la chute personnelle et professionnelle d’un homme rejeté de partout et attiré par un enfer qui finira par apparaître très littéral. Ce qui il faut bien le dire lui pendait au nez, à force d’être lui-même d’un cynisme sans borne envers ses contemporains, qu’ils soient homme ou femme, riche ou pauvre. Après deux épisodes s’étant éloignés de la tradition, celui-ci opère un retour aux sources de la série et s’appuie sur un personnage méprisable mais qui pourtant, au fond, n’est pas sans susciter l’amusement et donc une certaine forme de sympathie. Qu’il renvoie sans ménagement sa conquête d’un soir sitôt le petit matin venu, qu’il se moque ouvertement d’une association caritative ou qu’il s’emporte contre le cadavre du pauvre Robert, rien n’y fait : on ne peut en venir à le détester. Pour une large part, cela vient de la façon dont l’interprète Steven Weber, qui lui confère une certaine aura de glandu dilettante à qui il ne pouvait rien arriver d’autre que les mésaventures en cascade qui s’annoncent. Une sorte d’affection pour un homme à ce point affranchi des conventions sociales, doublée d’une forme de compassion par anticipation… Et effectivement, le retour de bâton est violent : viré de son travail, démystifié comme un bleu par une femme à laquelle il voulait extorquer des confessions sur l’oreiller, foutu à la porte de chez lui, il devient une vraie loque n’émouvant personne. Pathétique est sa tentative de remonter la pente alors qu’il en a glissé tout seul et qu’il n’a vraiment plus rien pour lui. Dans le fond, il est devenu le semblant de Robert, et en continuant son enquête (ou plutôt en la démarrant, car avant sa décadence on ne peut pas dire qu’il était très zélé) il se jette en fait dans la gueule du loup alors qu’il est devenu une proie facile, comme le sont les sans-abris. L’ironie va jusqu’à l’identité des meurtriers…

Vous me direz que tout cela n’est pas franchement trempé dans le style fantastique. Et c’est vrai que cet épisode se révèle plus comique (l’humour noir se mêle à la comédie de mœurs) qu’horrifique, sans même parler d’effrayant. Coto passe par des chemins détournés et va chercher l’horreur là où il peut : dans le côté sanguinolent des meurtres de SDF et surtout dans l’ombre qui plane au dessus des meurtres. Là encore, l’aura de la série (avec laquelle les réalisateurs jouent de plus en plus au cours de cette troisième saison, soit pour s’y conformer avec ostentation soit pour prendre son contrepied) a suffi à laisser imaginer -et à raison- que l’on ne pourra pas couper au virage pleinement horrifique. Ce n’est donc pas sans arrière-pensées que le réalisateur nous emmène dans des ruelles sombres ou des cimetières, ni même qu’il a prématurément vendu la mèche de son dénouement qui pour le coup prendra même des allures gothiques. C’est une sorte d’engagement à respecter la nature fantastique des Contes de la crypte sans pour autant vouloir s’enfermer dans son carcan. On déduit de ce type d’épisode que la série a bel et bien trouvé son rythme de croisière, et que l’inventivité reste au rendez-vous. En faire son deuil n’est pas un sommet de la série comme le sera l’épisode suivant (Le Sacre de la tronçonneuse), mais il est un témoignage de ce qu’elle fut lors de ses meilleures saisons : une appréciable récréation bon enfant loin de la pression des studios et des médias.

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