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Les Contes de la crypte 5-01 : Mort d’un pigeon voyageur – Gilbert Adler

Les Contes de la crypte. Saison 5, épisode 01.
Death of Some Salesmen. 1993.
Origine : Etats-Unis
Réalisation : Gilbert Adler
Avec : Tim Curry, Ed Begley Jr, Yvonne DeCarlo et Kathe Weeks.

Judd Campbell gagne sa croûte en tant que représentant. Il sillonne l’Amérique profonde afin de vendre des concessions funéraires à des personnes qui sont au crépuscule de leur existence. Dénué de tous scrupules, il prépare ses tournées à l’aune de la rubrique nécrologique, toujours enclin à arnaquer une veuve éplorée. La mauvaise lecture d’une adresse le conduit à frapper à la porte des Brackett. Devant leur empressement à accueillir un représentant, il pense être tombé sur des pigeons de première catégorie. Or il va être pris à son propre piège.

Après le sympathique Qu’est-ce que tu mijotes ?, 6e épisode de la saison 4, l’habituel producteur Gilbert Adler remet le couvert pour cette cinquième saison en ayant l’insigne honneur de l’inaugurer. Il reste dans le monde du travail en ne s’intéressant non plus aux rouages d’un restaurant mais au petit monde des démarcheurs, ces espèces de bonimenteurs au discours rôdé qui vont au devant des clients leur proposer des produits qu’ils n’avaient parfois jamais eu l’idée d’acheter. Se faisant, Gilbert Adler en profite pour donner sa propre interprétation du célèbre tableau de Grant Wood, American Gothic, tout en faisant la part belle au talent protéiforme de Tim Curry.
Ce fameux tableau avait déjà donné lieu à une interprétation toute personnelle illustrée par John Hough en 1988 dans le méconnu American Gothic. Pas méconnu pour tout le monde néanmoins puisque Gilbert Adler le cite ouvertement en convoquant Yvonne DeCarlo, actrice du film, le temps d’un second rôle. Le tableau lui-même est reproduit sous la forme d’une photo de famille posée sur la table de nuit dans la chambre de Winona Brackett. Gilbert Adler partage une vision identique à celle du film, à savoir des flots de violence tapis derrière la quiétude apparente d’une maison familiale et l’attitude débonnaire de ses occupants. La fourche ainsi mise en avant par le peintre n’a donc plus pour vocation à évoquer la nature de fermier du couple représenté mais a valeur d’avertissement. Par le présent outil, le couple indique que les visiteurs ne sont pas les bienvenus dans leur humble foyer. Dans Mort d’un pigeon voyageur, il s’agit de lutter contre ces suppôts du capitalisme décomplexé que sont les démarcheurs. Des bonimenteurs de talent qui sous prétexte d’apporter le progrès à une clientèle repliée sur elle-même et un passé révolu donnent une bien piètre image d’une société cédant toute moralité au profit d’un consumérisme de masse. A force d’abuser de la crédulité de personnes toutes heureuses d’avoir un peu de compagnie, ils détruisent tout climat de confiance. Judd Campbell n’est qu’un maillon de la longue chaîne d’arnaqueurs patentés qui ont franchi le seuil de la demeure des Brackett. En conséquence, son discours et ses astuces n’ont plus aucun mystère pour une famille qui a pris le parti de s’en amuser, feignant la naïveté alors qu’elle seule mène le jeu. Le rapport de force s’en retrouve biaisé bien que cela n’empêche nullement Judd Campbell de croire en sa bonne étoile et de continuer jusqu’à la fin de vouloir tromper son monde. Le mensonge est dans ses gênes et il s’en sert aussi bien dans son métier que dans sa vie de tous les jours. Ainsi, à une jeune serveuse croisée dans le café d’une triste bourgade qui rêve d’ailleurs, il promet monts et merveilles dans le seul but de coucher avec elle. Une fois contenté, il la jette comme un malpropre, usant pour se justifier d’un vocabulaire professionnel qui indique le peu de considération qu’il a pour le genre humain. Seule sa petite personne l’intéresse et celle-ci va être mise à mal par une famille en colère.
Derrière la famille Brackett se cache un seul homme, Tim Curry. Grand spécialiste des rôles exigeants en terme de maquillage (le Dr Frank-N-Furter dans The Rocky Horror Picture Show, Darkness dans Legend, Pennywise dans Ça), il multiplie ici la peine par trois. Méconnaissable en Pa’, chef de famille atrabilaire, on retrouve ses traits sous la défroque de Ma’ et son sourire enjôleur ainsi que derrière les mimiques enfantines de Winona avec néanmoins une même constante dans le grotesque. Le ton de l’épisode est à la farce et le bougre s’en donne à cœur joie, surtout en interprétant Winona. Le visage grêlé d’acné, bossue et à l’hygiène plus que douteuse – elle semble porter la même culotte depuis des années – Winona est loin de partir gagnante dans sa quête d’un gentil mari. La cohorte de démarcheurs qui se succèdent dans la demeure familiale lui offre cependant autant d’occasions de s’adonner au plaisir de la chair. Un plaisir à sens unique qui nous offre une scène hautement comique à grand renfort de champs-contrechamps entre Judd, au comble du dégoût, et elle, aux portes de l’extase.

Pour sa seconde – et dernière – contribution aux Contes de la crypte, Gilbert Adler signe un réjouissant épisode où l’on retrouve intactes les principales qualités de la série. Loin de tirer la couverture à lui dans un triple rôle inédit, Tim Curry profite de l’excellente prestation d’Ed Begley Jr, éternel second rôle vu notamment chez Paul Schrader (Blue Collar, Hardcore, La Féline) ou Walter Hill (Les Rues de feu), lequel lui renvoie la balle avec gourmandise. Leur opposition donne toute sa saveur à une intrigue par ailleurs sans surprise quant à son déroulement. Deux jolis numéros d’acteurs.

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