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Survivant – Chuck Palahniuk

survivant

Survivor. 1999.
Origine : Etats-Unis
Genre : Farce
Auteur : Chuck Palahniuk
Editeur : Gallimard

Après un premier roman –Monstres invisibles– refusé par toutes les maisons d’édition car jugé trop violent, et qui finalement sera édité dans la foulée de Survivant, Chuck Palahniuk parvient à se faire un nom dans le landerneau littéraire avec Fight Club (1996). Ce roman particulièrement rentre-dedans, au rayonnement d’abord confidentiel, finit par toucher un plus large public à la suite de son adaptation cinématographique signée David Fincher en 1999. Son roman suivant –Survivant, donc– s’inscrit dans la droite lignée du précédent avec néanmoins une bonne touche d’absurde qui le rapproche de la farce.

Le livre se propose de nous relater le parcours tragique de Tender Branson, survivant d’une secte dont les membres se sont donnés la mort 10 ans auparavant. Ou plutôt, c’est le personnage principal qui nous narre son parcours depuis cette immolation collective au moment où son existence doit prendre fin. Effectivement, il se trouve à bord d’un boeing 747 qu’il a détourné et dont le crash en plein désert australien s’annonce imminent. Il met donc à profit ses dernières heures pour nous conter par le menu les événements qui l’ont amené à cette extrémité…

Écrit à la première personne, Survivant présente la particularité d’avoir une pagination et un chapitrage décroissant, conférant au récit des airs de compte à rebours. Dans l’absolu, cette idée tient davantage de la coquetterie tant le récit ne s’accélère réellement que lors des tout derniers chapitres. Mais au moins permet-elle de savoir combien de pages il nous reste à lire, ce qui s’avère bien utile quand le livre en question a tendance à vous tomber des mains… Pourtant, on ne peut pas dire que ce soit mal écrit. Chuck Palahniuk a un style qui lui est propre, composé d’un vocabulaire réduit et de phrases courtes dans le but de coller au plus près de la manière de s’exprimer du personnage. Il n’hésite pas à s’effacer totalement derrière son héros pour conférer au roman toute sa saveur testamentaire, puisque ce n’est ni plus ni moins ce à quoi s’adonne Tender Branson : un témoignage qui a valeur de testament.
Quel drôle de personnage que ce Tender Branson ! Après avoir réchappé au suicide collectif de la secte dont il a fait partie, il est réintroduit dans la vie civile en tant qu’employé de maison, sans toutefois échapper à des têtes à têtes réguliers avec une assistante sociale. Jusqu’à sa rencontre avec Fertility Hollis, ladite assistante constitue son seul réel rapport avec le monde extérieur, son travail l’enfermant dans un train-train parfaitement minuté par ses soins. Il l’effectue d’ailleurs avec zèle, et n’est jamais avare d’un conseil technique à notre intention (pour ravoir les joints du carrelage d’une salle de bain, faire disparaître des tâches de gras d’un tissu quelconque, entre autres choses). Il nous fait également part de quelques opinions non-conformistes dont se gargarise l’auteur. Il apparaît clairement que Tender est un doux-dingue pas totalement remis de son expérience sectaire. Et tout ce qui suit nous amène à cette conclusion simple : Tender Branson n’a été et ne sera jamais un homme libre. Même lorsqu’il se croit maître du jeu, comme à l’occasion de son atypique tentative de séduction sur la personne de Fertility Hollis, il s’avère qu’il a en réalité été roulé dans la farine. Il n’est maître de rien, surtout pas de sa vie, ce qu’atteste par l’absurde sa prise en charge par un responsable marketing. Alors présenté comme le dernier survivant de la secte, il est érigé en une sorte de gourou destiné à faire se lever les foules sur la base de discours ineptes qu’on lui a écrit à l’avance. Il n’a jamais voix au chapitre, devenant une sorte de panneau publicitaire ambulant destiné à remplir les poches de toute une horde de vautours qui gravite autour de lui. Lors de ces grands raouts marketing, et les conciliabules qui les précédent, Chuck Palahniuk s’en donne à cœur joie, grossissant volontairement le trait, quitte à sombrer dans le grand guignol. A force de tirer tous azimuts sur la société de consommation américaine, la prépondérance de la religion ou encore les affres de la célébrité, l’auteur part dans tous les sens, donnant à son récit une sensation de trop-plein que de petites touches d’humour noir ne suffisent pas à rendre plus digeste. Et puis à la longue, on se désintéresse du personnage principal, dont les névroses et son statut de victime éternelle le confine à un rôle de fantoche pas franchement passionnant.

Parfois amusant mais souvent barbant par son côté répétitif et assez vain, Survivant galvaude son discours à force d’ironie et d’écarts fantastiques inutiles qui tendent à la distanciation. De fait, on a bien du mal à entrer pleinement dans l’histoire et, lorsque cela arrive enfin, il est bien trop tard, le roman ne tardant pas à s’achever là où il avait commencé…

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