Action Aventure Cinéma Science-Fiction

Rogue One – Gareth Edwards

Ecrit par Jérémie Conde

C’est assez exceptionnel pour le signaler, mais nous avions des avis tellement différents sur le film que nous avons opté pour une critique pour et une contre.

Rogue One. 2016.
Origine : Etats-Unis
Genre : Star Wars – Guerre – Science-fiction
Réalisation : Gareth Edwards
Avec : Felicity Jones, Diego Luna, Mads Mikkelsen, Donnie Yen.

Critique « pour » par Jérémie Conde

La reprise de la franchise Star Wars par Disney n’a pas fait que des heureux. Si elle a rendu extrêmement riche George Lucas, nombreux sont les fans (dont je fais partie), qui ont été déçus par le fameux épisode 7, Le Réveil de la Force. Faut dire que le film n’avait rien d’original, qu’il reprenait la structure de l’épisode 4, qu’il n’y avait de fait aucune surprise, et qu’en plus, le sieur J.J. Abrams en faisait des tonnes à la réalisation…

Voilà qu’un an plus tard, Disney nous fait un « nouveau cadeau » en nous balançant non pas la suite de l’épisode 7, mais un épisode spin-off s’incluant dans une collection de films intitulés A Star Wars story (Une histoire de Star Wars) ayant pour ambition de raconter des histoires parallèles aux épisodes dits légitimes.

Ainsi, Rogue One a pour ambition de raconter comment les plans de L’Etoile Noire ont été volés à l’Empire. Car souvenez-vous, dans l’épisode 4, on apprenait que les plans avaient été récupérés au prix d’un sacrifice. Il ne manquait plus qu’à raconter quel était ledit sacrifice.

Le problème premier de Rogue One était donc de réussir à raconter une histoire suffisamment forte pour faire oublier qu’on connaissait déjà la fin…

Pour cela, Disney a fait appel à Gareth Edwards, le réalisateur de Godzilla (2014), mais surtout du génial et magnifique Monsters (2010). Avec ces deux films, Edwards a prouvé qu’il maîtrisait non seulement l’univers de la science-fiction, mais qu’il savait aussi raconter de bonnes histoires avec des personnages approfondis. Il n’avait plus qu’à transformer l’essai avec Rogue One ! Et devinez quoi ? Il l’a fait !

Et ce n’était pas simple ! Car dans la pure tradition starwarsienne, la production et les scénaristes avaient choisi un angle d’attaque avec une destinée familiale. Et comme souvent chez Disney, qui dit famille dit trémolos…

Et bien non! Gareth Edwards n’est pas tombé dans le piège. S’il ne fera aucun cadeau à ses personnages, il ne fera jamais tomber son film dans la mièvrerie la plus insupportable. Le réalisateur fait alors de cette histoire dramatique une oeuvre dans son temps, un récit de science-fiction qui fait écho au présent. Il en sort un film sombre, le plus sombre de la saga, un film qui permettra l’émergence, pourtant, d’un nouvel espoir. Et c’est peut-être là que se trouve l’intelligence et tout l’intérêt du film, vérifiant l’adage qu’après la pluie, le beau temps.

Ce qui frappe au premier abord, c’est la beauté des images. Paysages, décors, la lumière met en valeur des êtres tourmentés dans un univers tout aussi tourmenté. Le monde de l’Empire n’est pas un monde de lumière. Il y a parfois ici et là les traces d’anciennes civilisations, de lieux de batailles qui ont marqué à jamais certains territoires. La mise en scène se met alors au service de l’univers et de ses personnages. Ils n’ont pas le choix, s’ils veulent espérer, ils doivent survivre, trouver un sens à leur existence dans un monde qui les fait basculer vers une noirceur qu’ils cherchent pourtant à combattre.
C’est un film noir, un film de guerre sombre, comme jamais vu dans un film Star Wars. Il est noir par son récit, mais aussi par ses personnages, petits êtres perdus dans la grande Histoire qui veulent faire leur part du travail. Là où la noirceur n’était jusqu’à présent réservée qu’aux Siths, Edwards veut montrer que les sacrifices des résistants ne les laissent pas indemnes. Le casting est ainsi formidable, sans faute. Ce qui est assez rare dans un Star Wars pour être souligné.

Ce qui frappe alors, c’est qu’on ne peut penser ce film en dehors du contexte réel. Il nous renvoie ainsi à la réalité de notre monde. Quelque part, des gens résistent pour être libres. Alep résonne. Gareth Edwards ose même aller là où aucun film Star Wars n’était allé jusqu’alors, une scène de guérilla qui fait écho à notre actualité. Le réalisateur nous rappelle ainsi qu’il n’y a rien d’héroïque dans la résistance, il y a avant tout de la résilience.

La puissance du film tient aussi dans sa capacité à être un vrai film de guerre, là où Lucas avait raté le coche avec les Episodes 1, 2 et 3, cherchant à rendre le tout épique et non tragique en sublimant l’horreur avec ses effets spéciaux fades. Gareth Edwards réussit son coup. Il n’y a rien de beau dans les batailles. La mer peut être turquoise, le sable blanc, les palmiers verts, la guerre reste dégueulasse.

Bien sûr, le film n’est pas parfait. On pourra regretter une musique quelque peu sommaire, pas à la hauteur du Maître Williams. On regrettera aussi – même si nombreux sont ceux qui ne s’en sont pas rendus compte – de l’utilisation de la CGI pour redonner vie à Peter Cushing par exemple, ce qui soulève bien des questionnements sur les limites d’un tel procédé.

Mais le film est bel et bien une réussite. Parfois drôle, parfois émouvant, mais toujours juste dans son récit et s’inscrivant parfaitement dans la mythologie Star Wars.

Critique « contre » par Bénédict Arellano

Il faut désormais se faire une raison, Star Wars n’a pas fini de truster les écrans. Non contente d’avoir lancé avec succès – mais pouvait-il en être autrement ? – une nouvelle trilogie avec Star Wars : Le Réveil de la force, la firme Disney s’aventure également sur les terres du spin-off, histoire qu’il n’y ait plus une année sans un Star Wars. Alors avant le Star Wars VIII qui sortira l’année prochaine et un épisode consacré à la jeunesse d’Han Solo prévu pour 2018, Disney nous propose un interlude entre les deux trilogies estampillées George Lucas, lequel se propose de nous éclairer sur les quelques jours précédant les événements narrés dans La Guerre des étoiles.

Rogue One démontre, s’il en était encore besoin après un Réveil de la Force en mode copie carbone, que l’imagination – pour ne pas dire l’imaginaire – n’est plus au rendez-vous. Non contents d’aller exhumer les archives de George Lucas (le palais de Dark Vador, envisagé lors de la première trilogie, trouve ici son illustration), les scénaristes n’ont de cesse de restreindre un univers infiniment riche, et le plus souvent pour le seul plaisir de la citation. Ainsi découvrons-nous que l’homme qui cherchera noise à Luke Skywalker dans la ville de Mos Eisley croise la route de Jyn et Cassian sur la planète Jeddah, alors qu’ils cherchent à entrer en contact avec Saw Gerrera. C’est dire si l’univers est petit ! Pour anecdotique que soit la scène, celle-ci est néanmoins révélatrice des ambitions limitées du projet, lequel souhaite avant tout caresser le public dans le sens du poil en cultivant un entre-soi confortable. Au fond, l’histoire importe peu et pouvait très bien se cantonner à sa simple évocation dans La Guerre des étoiles. Les tribulations du commando de fortune à l’origine du vol des plans de l’Étoile Noire pâtissent en grande partie des personnalités quelconques de ses membres, à l’image de Jyn Erso, intronisée rebelle en chef car elle a trop souffert de l’absence de son papa, captif de l’Empire pour ses talents d’ingénieur. La greffe de son histoire personnelle à la grande Histoire tient davantage du rafistolage que de la chirurgie de grande précision. Ses états d’âme présentent l’inconvénient d’allonger inutilement l’intrigue, plaçant à nouveau la quête du père au cœur du chaos, sans que cela ne contribue à enrichir les rapports entre les différents membres du commando. Ceux-ci s’avèrent très quelconques, voire irritant dans le cas de Chirrut Imwe, un guerrier aveugle (Zatoichi!) qui a fait de la Force son idéal. Ce n’est pas un Jedi mais sa croyance en la Force lui permet d’accomplir des actes extraordinaires – et à l’écran, d’un ridicule achevé – comme traverser un champ de bataille zébré de tirs de laser sans être touché. A travers ce personnage, et de son acolyte ange-gardien, c’est une partie des inspirations de George Lucas qui est encore une fois convoquée. D’ailleurs, de par sa nature de spin-off, Rogue One ne peut se défaire de sa lourde ascendance, poussant le bouchon jusqu’à se heurter aux mêmes écueils que lui lorsqu’il s’agit de raccrocher les wagons de l’histoire en cours à la trilogie originelle. La continuité narrative pâtit d’une quête de spectaculaire à outrance. Alors que la puissance de feu de l’Étoile Noire n’avait été – dialogues à l’appui – utilisée pour la première fois qu’au moment de détruire Alderaan sous les yeux horrifiés de la Princesse Leïa, elle est ici exploitée à deux reprises. Et les deux fois de manière beaucoup plus graduelle qu’à l’origine. Le point d’impact entraîne un cataclysme qui emporte tout sur son passage mais qui laisse néanmoins suffisamment de temps pour que les personnages principaux en réchappent, suivant ainsi les recettes du film catastrophe. Quant au point faible de la base stellaire de combat, il n’est plus ce talon d’Achille révélateur d’un excès de confiance des forces de l’Empire relevé après l’analyse détaillée des plans par les Rebelles, mais un acte de « sabotage » sciemment fomenté par son ingénieur en chef, Galen Erso. De même, le coup de force des Rebelles sous les yeux d’un Moff Tarkin ressuscité (troublante utilisation des effets spéciaux numériques qui lui confèrent un air effrayant) ne peut que laisser songeur quant à sa trop grande confiance face à l’assaut que ces mêmes Rebelles lanceront sur l’Étoile Noire. Certes, Rogue One s’avère généreux en action, sauf que celle-ci n’est pas toujours employée à bon escient, à l’image de l’irruption de Dark Vador dans le récit lors d’une scène qui relève davantage du fantasme de fans que de la pertinence narrative. Enlever cette scène au film ne changerait fondamentalement rien à l’histoire, laquelle aurait très bien pu se passer de ce personnage emblématique, au contraire de Disney qui tient là un excellent produit d’appel.

Rogue One n’est pas seulement un mauvais Star Wars mais tout simplement un mauvais film. Dans sa volonté de réaliser un film de guerre dans l’univers initié par George Lucas, Gareth Edwards échoue à conférer un souffle guerrier à son récit. La récupération des plans proprement dite aurait dû durer plus longtemps et non pas se limiter au climax à base d’échanges de coups de feu entre des personnages dont on se désintéresse prodigieusement. Le côté kamikaze de l’opération, le commando se rend sur place sans la moindre stratégie comme s’il comptait sur la providence (la Force?) pour réussir, aurait pu avoir son charme si ses membres avaient été un minimum développés au cours du récit. Dans le cas présent, cela en devient juste risible et trop peu prenant (dans la pagaille finale, seuls la désinvolture avec laquelle l’androïde K-2SO élimine les stormtroopers et le vaisseau-bélier de l’Alliance qui conduit deux Croiseurs impériaux à se télescoper ravivent un semblant d’intérêt) quand cela n’en devient pas carrément gênant devant un tel sentiment de redite (l’alternance des combats dans l’espace et sur terre se calquent sur Le Retour du Jedi quand la quête des plans dans la salle des archives rappelle Obi Wan Kenobi cherchant à désactiver le champ magnétique de l’Étoile Noire). Auparavant, les Star Wars faisaient rêver, maintenant, ils se contentent de nous renvoyer à nos souvenirs, aussi lointains que la galaxie qui a vu naître les aventures de Luke Skywalker et consorts.

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