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L’Etudiante – Claude Pinoteau

L’Étudiante. 1988

Origine : France
Genre : Bluette
Réalisé par Claude Pinoteau
Avec : Sophie Marceau, Vincent Lindon, Elisabeth Vitali, Jean-Claude Leguay, Elena Pompéi.

Lors d’une journée passée à la montagne, Valentine et Ned se rencontrent de manière fortuite, amenés à cohabiter le temps d’un trajet en télécabine. Subjugué par sa beauté, Ned profite qu’il l’aperçoive s’engouffrer dans le métro à leur retour à Paris pour la suivre et amorcer le dialogue. Loin d’être un frein, sa maladresse et sa timidité suscitent suffisamment la curiosité de la jeune femme pour qu’elle accepte un premier rendez-vous. De là naît contre toute attente un coup de foudre réciproque, lequel va quelque peu perturber leur quotidien.

Après La Boum et La Boum 2, L’Étudiante marque les grandes retrouvailles entre Claude Pinoteau et Sophie Marceau. Dans l’intervalle, la jeune comédienne a fait du chemin. Elle a connu une fulgurante croissance cinématographique, passant en un rien de temps de l’adolescente rêveuse des débuts au catalyseur de toutes les passions chez des cinéastes exigeants (L’Amour braque d’Andrezj Zulawski, Police de Maurice Pialat) puis à l’amante d’un homme d’âge mûr joué par nul autre que Claude Brasseur, son premier « père » de cinéma (Descente aux enfers de Francis Girod). Une évolution que Claude Pinoteau a sciemment choisi d’ignorer, sauf en ce qui concerne l’âge de la jeune femme qu’il se permet d’effeuiller le temps d’une scène, cantonnant Valentine à n’être qu’une  simple déclinaison de la jeune Vic.

Ah, l’Amour ! Il peut être la dernière de nos préoccupations, s’il a décidé de s’inviter dans notre quotidien, nous ne pouvons pas faire grand chose pour l’occulter. A trois mois de l’agrégation, Valentine a pourtant d’autres chats à fouetter que se laisser aller à une romance, mais une poussée d’hormones l’amène à commettre l’irréparable. Avant la dernière ligne droite, elle veut s’accorder une relation d’un soir. Un petit extra coquin sans importance, qu’elle planifie comme elle le fait de sa vie entière depuis maintenant 5 ans. Néanmoins, elle n’a beau rien laisser au hasard, Valentine reste cette femme entière qui peut difficilement masquer sa personnalité, quand bien même se reprend-elle régulièrement en pensée suivant un gimmick rapidement délaissé par Claude Pinoteau. Bouillante de vie, Valentine peut à tout moment dégoupiller devant les incivilités de ses contemporains. Qu’un automobiliste jette un papier gras par sa fenêtre, qu’un autre casse le phare d’une voiture en stationnement, ou qu’un simple quidam refuse de donner du feu à un autre sous prétexte d’origines maghrébines et la belle voit rouge, houspillant vertement le malappris. Ces sautes d’humeur disposent d’un potentiel comique que Claude Pinoteau se refuse à exploiter. Au mieux, il limite leurs conséquences à une frileuse ellipse mais le plus souvent, il les ignore prestement, la pauvre Valentine s’égosillant dans l’indifférence générale. Cela aurait pu donner matière à un constat social – toujours d’actualité, d’ailleurs – sur ce je-m’en-foutisme généralisé et le racisme ordinaire, or il ne s’agit là que d’un trait de caractère de la jeune femme, étudiante en lettres, et qui donc par ses éclats se donne des airs de personne engagée. Son cursus sert surtout d’alibi à Claude Pinoteau, assisté de Danièle Thompson au scénario, pour tenter d’élever le débat. L’oral décisif pour l’agrégation leur fournit ainsi l’occasion de placer la romance des personnages sous le haut patronage de la littérature française, Valentine utilisant son sujet d’exposé – Le Misanthrope de Molière – pour dire ses quatre vérités à Ned. Un final grandiloquent qui ne saurait faire oublier le caractère cul-cul la praline que la romance développait jusque là.

Une fois acquis que ce coup d’un soir pourrait bien être l’histoire d’une vie, Valentine oublie toute réserve pour se lancer à corps perdu dans cette romance. Sous ses atours de femme cultivée et réfléchie se cache l’âme d’une vraie midinette. Lors de leur première soirée, elle réclame à celui qui n’est encore qu’une distraction un “baiser de cinéma”. Puis, une fois leur relation entamée, elle s’abonne aux nuits blanches dans l’attente fébrile de ses appels, quand elle ne passe pas des heures au téléphone à l’écouter conter par le menu ses journées ou jouer du clavier. Un mode de vie guère compatible avec la préparation d’un examen important mais qui démontre son entier dévouement, au contraire de Ned, davantage centré sur lui même. Ned est un artiste. Un musicien qui rêve lui aussi de cinéma. Parallèlement à sa tournée en compagnie de son quintet, il doit composer un thème dans l’espoir qu’il plaise à Elie Chouraqui afin qu’il lui confie la musique de son prochain film. Un bon moyen pour Claude Pinoteau de nous inviter à arpenter l’envers du décor (on assiste à une séance de postsynchronisation), d’inviter quelques amis (Elie Chouraqui, Marie Christine Barrault) et de louer les talents de Vladimir Cosma, compositeur du film qui se substitue à Vincent Lindon dès qu’il est question de jouer de la musique. Vladimir Cosma fait partie des sommités de ce métier en France, auteur des thèmes inoubliables du Grand blond avec une chaussure noire, Les Aventures de Rabbi Jacob et j’en passe. Manque de bol, pour L’Étudiante il est en service minimum, donnant dans la musique d’ascenseur composée au synthétiseur. Ce fameux thème sur lequel s’acharne Ned, et qui vaut preuve d’amour car composé en pensant à Valentine, sa muse, transforme la folle histoire d’amour en simple bluette sentimentale. Les péripéties s’enchaînent mollement à base d’incompréhensions, de crises de jalousie et de valses-hésitations sans que le sentiment amoureux qui les unit ne soit prégnant. Claude Pinoteau se cantonne à de l’illustration basique, se reposant uniquement sur le charme qui se dégage de son couple. Il paraît bloqué sur l’époque de La Boum, s’adressant au même public sans une once de profondeur en plus. Un pari perdu tant il est difficile de retrouver la magie des premières fois.

Nonobstant ses piètres qualités, L’Étudiante confirme le statut de star montante de Sophie Marceau tout en cultivant l’ambivalence d’une carrière qui aime à manier les extrêmes. A la fois vecteur de fantasmes et égérie pour midinettes, la jeune comédienne poursuit vaillamment l’apprentissage de son métier, s’autorisant toutes les expériences. Une constante qui se perpétuera tout au long de sa carrière, Sophie Marceau démontrant en toute occasion un incroyable appétit de jeu.

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