Cinéma Comédie Science-Fiction

Retour vers le futur II – Robert Zemeckis

Ecrit par Loïc Blavier

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Back to the future II. 1989.
Origine : Etats-Unis
Genre : Comédie / Science-fiction
Réalisation : Robert Zemeckis
Avec : Michael J. Fox, Christopher Lloyd, Lea Thompson, Thomas F. Wilson…

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Robert Zemeckis a beau dire le contraire, les séquelles de Retour vers le futur semblaient avoir été prévues avant même que le succès du film se soit transformé en carton. Bien sûr, le dénouement les annonçait, mais le développement lui-même posait déjà des bases appelant à être exploitées au-delà d’un seul film qui plus est composé d’un seul voyage dans le temps, vers le passé. Retour vers le futur II aurait d’ailleurs pu se faire avant 1989 si Zemeckis n’avait pas été occupé par Qui veut la peau de Roger Rabbit ?. Toujours est-il qu’il finit par se faire, et même plutôt deux fois qu’une puisque l’épisode III fut tourné dans la foulée de celui-ci. La quasi intégralité du casting de l’original reprit du service, à deux exceptions notables : Crispin Glover, qui jouait le père de Marty, refusa le rôle pour des raisons encore incertaines (certains avancent ses trop grandes prétentions salariales, d’autres des divergences artistiques) et Claudia Wells (Jennifer, la petite amie de Marty) fit de même pour raisons personnelles. L’absence de Glover obligea Zemeckis et Bob Gale à modifier le scénario pour réduire le rôle de George McFly au minimum. La mise en scène ferait le reste, évitant de trahir la différence entre Glover et son remplaçant (Jeffrey Weissman). Enfin, compte tenu de la nature particulière du film, la production cru bon de pouvoir réutiliser les scènes tournées dans le premier film par Glover. Celui-ci porta plainte contre Spielberg, mais l’histoire se résolut « à l’amiable ». Quant à Claudia Wells, son absence importa assez peu puisque son personnage ne jouait aucun rôle dans les voyages temporels du premier film. Tout de même, le dénouement sur lequel embraye directement cette séquelle nécessita d’être retourné presque à l’identique. Zemeckis alla jusqu’à déclarer qu’il regrettait avoir terminé son premier film en incorporant Jennifer au duo de voyageurs temporels, ce qui rajouta encore davantage de défi au scénario. Il est vrai que celui-ci ne pouvait pas se permettre de faire fi de la continuité temporelle, compte tenu que cette séquelle allait s’orienter justement sur le rétablissement de situations perturbées par les voyages dans le temps.

Retour vers le futur II démarre donc là où se termine le premier : Doc Brown vient chercher Marty et Jennifer pour les amener en 2015 afin qu’ils évitent les gros soucis familiaux que leur réserve le destin. La tâche est effectuée tant bien que mal, mais le retour en 1985 leur réserve une surprise de taille : ce diable de Biff Tannen y est devenu l’un des plus puissants citoyens d’Amérique. George McFly est mort assassiné, et Biff a épousé Lorraine McFly, la mère de Marty. Cette exécrable version de 1985 est dûe à l’outrecuidance du Biff de 2015, qui avait temporairement dérobé la Deloreane le temps de retourner en 1955 et d’offrir au jeune qu’il fut un almanach des résultats sportifs sur 50 ans. Ainsi donc, Biff Tannen pu devenir riche dès les années 50, ce explique l’allure du 1985 parallèle.

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Le discours générationnel n’a plus cours : place à la comédie de science-fiction pure et dure. Zemeckis, peut-être grâce à l’esprit cartoon acquis avec le pourtant moyen Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, choisit d’exploiter au maximum le concept du voyage dans le temps. Futur, présent alternatif, passé, tout ceci se succède dans un sens dé-chronologique au rythme effréné de Doc Brown et des perturbations du continuum spatio-temporel. Tout le film est ainsi construit sur des petites choses aux grandes conséquences, que Marty et le Doc se retrouvent à pourchasser à travers les trois âges visités. Le film ne repose après tout que sur un almanach sportif, un « McGuffin » (comme dirait Hitchcock) totalement anodin illustrant bien la légèreté d’une comédie parvenant à faire oublier ses défauts (Jennifer ne sert ainsi à rien et passe les trois quart du film dans les pommes, procédé bien pratique pour ne pas s’encombrer avec elle) voire à les inscrire comme de nouvelles preuves de la décontraction avec laquelle la crédibilité est traitée. Encore plus que dans le premier film, les élucubrations de Doc Brown sont mises en avant. Christopher Lloyd peut s’en donner à cœur joie, encouragé par des dialogues scientifiques surréalistes et par le manque de sentimentalisme des relations entre personnages. Retour vers le futur II aurait même tendance à ironiser sur tous les sentiments familiaux, que ce soit dans le futur (la famille de ratés que forment les McFly), le présent modifié (Lorraine McFly, son alcoolisme, ses faux seins et sa soumission à son nouveau mari) ou le passé (la distance prise avec la rencontre des parents de Marty, vue au premier degré dans le film). La désinvolture comique s’étend même sur la vision du futur, avec ses voitures volantes, sa mode colorée (qui pour le coup ressemble plus aux années 80 puissance 10) et ses diverses technologies improbables (les skate boards chers au premiers films, qui deviennent ici des « hover boards »).

Une certaine folie gagne donc cette production Amblin, ce qui est assez rare pour être signalé. Dans sa dernière partie, celle située en 1955, le film se lance même dans une mise en abîme relevant purement du périlleux exercice de style. Marty et le Doc sont replongés à l’endroit et au moment mêmes auxquels ils avaient dû se rendre dans leur première aventure. Ainsi, ils sont amenés à se revoir eux-mêmes au cours de leur premier passage, tout en évitant que ces rencontres n’interfèrent avec le fameux continuum spatio-temporel. Zemeckis se lance le défi de refilmer des scènes à l’identique mais vues d’un point de vue différent, tout en trouvant la pirouette qui permettra de respecter la temporalité présente (1985) et future (2015). Il réussit sur toute la ligne, maintenant l’aspect survolté d’un film aussi prenant que comique. Cet attachement naît aussi de toute l’exposition présente dans le premier film. Les personnages nous sont connus, les lieux aussi, et c’est donc tout un univers, son passé et son évolution, qui nous invite à l’immersion. Le réalisateur (sans oublier Bob Gale, son scénariste) s’attarde sur les lieux majeurs de l’intrigue (la place et son horloge, le bar), sur les personnages (les mêmes acteurs vus à plusieurs âges à l’aide de maquillages bien fichus) mais aussi sur des points de détails tels que le skate board, le portail d’entrée du quartier où vivent les McFly, le panneau indiquant le nom de la ville ou encore le style vestimentaire de Marty. On retrouve l’idée de la progression logique de la culture qui était davantage développé dans le premier film, mais qui ici, loin d’être négligeable, contribue à inclure le spectateur dans le spectacle en le replongeant dans les différentes facettes d’un milieu qui lui est devenu familier.

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Retour vers le futur II est la preuve que la surenchère des séquelles n’est pas forcément synonyme de médiocrité et de paresse. Ce peut aussi être l’occasion d’exploiter plus avant un concept original en faisant jouer à plein les connaissances du spectateur. Ainsi, puisqu’elle repose sur la solide base formée par le premier film, la séquelle peut se laisser aller à verser dans l’extravagance, décuplant les possibilités du film original (et dans le cas du voyage dans le temps, le sujet est riche). Le film de Zemeckis est un des plus beaux exemples de comédies populaires et spectaculaires ne prenant pas ses spectateurs pour des imbéciles en puissance.

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