Cinéma Comédie Science-Fiction

Man with the Screaming Brain – Bruce Campbell

Ecrit par Loïc Blavier

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Man with the screaming brain. 2005.
Origine : Etats-Unis / Allemagne
Genre : Comédie / Science-fiction
Réalisation : Bruce Campbell
Avec : Bruce Campbell, Tamara Gorski, Ted Raimi, Stacy Keach…

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Lorsqu’il réalisa Man with the Screaming Brain, sa première réalisation de fiction après quelques documentaires et quelques épisodes de séries télévisées, cela faisait près de vingt ans que Bruce Campbell traînait ce projet derrière lui. Ce fut finalement Sci-Fi Channel qui avec l’aide de fonds venus d’Allemagne donna l’impulsion financière nécessaire à la concrétisation du scénario rédigé par Bruce Campbell lui-même. Mais puisqu’il s’agissait tout de même d’une petite production, il était nécessaire de réduire les coups, et donc de déplacer le tournage de Los Angeles, initialement prévue, en Bulgarie, là où la main d’œuvre est moins chère. Guère gêné par ce déménagement, Bruce Campbell s’appuie au contraire sur lui, en profitant pour ajouter une autre source de gags.
Nous voici donc dans une grosse ville bulgare, où le riche industriel américain William Cole (Campbell lui-même) vient de débarquer en compagnie de sa femme pour préparer son futur investissement dans la construction du métro local. Son arrivée dans l’ex bloc de l’est n’est pas sans surprises, et sitôt sorti de l’aéroport, le couple Cole, ne trouvant pas la Limousine censée l’attendre, est obligé de prendre un taxi conduit par Yegor, un nostalgique de l’ère communiste. Le périple jusqu’à l’hôtel les conduira à travers le quartier gitan où ils croiseront la route de Tatoya (Tamara Gorski), farouche gitane et ancienne petite amie de Yegor très portée sur le meurtre des hommes qui refusent de l’épouser. Elle ne les lâchera plus, et finira par assassiner le couple Cole ainsi que Yegor. Heureusement, un savant fou (Stacy Keach) et son assistant débile (Ted Raimi) retrouveront leurs cadavres et appliqueront leur récente découverte : la fusion des cellules de différents ADN. La moitié du cerveau de Yegor sera ainsi greffée sur la partie endommagée de celui de William, ce qui aura pour conséquence de faire cohabiter les deux esprits, chacun en charge des fonctions motrices d’une moitié du corps de William. Quand à Madame Cole, son cerveau sera implanté dans le crash dummy qui servait de joujou à l’assistant débile. Fuyant aussi sec leurs bienfaiteurs qui n’auront alors de cesse que de les retrouver et les ramener au laboratoire, les deux créatures n’auront alors plus qu’un souhait : se venger de Tatoya.

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Comme son ami Sam Raimi, Bruce Campbell semble être un fin amateur de comics et de cartoons. Son film le prouve avec un scénario confinant au n’importe quoi, prétexte à différents gags étalés sur plusieurs niveaux d’efficacité, sur plusieurs degrés de subtilité et sur avec divers penchants à l’insistance. Ne reculant devant aucune énormité, Campbell laisse libre court à son caractère de blagueur, il faut bien l’admettre dans l’ensemble plutôt infantile. Énergique, le film l’est assurément, peut être même trop : il part dans beaucoup de directions, le réalisateur-acteur-scénariste n’hésitant pas à stopper net une des plus insistante plaisanterie du début du film, à savoir la collaboration forcée puisque dans un même organisme d’un capitaliste égocentrique et d’un communiste brutal. Une idée ressemblant étrangement à La Chose à deux têtes, film des années 70 prenant pour héros un scientifique raciste sur lequel la tête d’un afro-américain sera greffée. Cette idée, très bien menée dans le film de Lee Frost, l’est déjà moins dans le film de Bruce Campbell, qui si il se complait dans la caricature n’en évite pas moins de verser dans la satire politique renvoyant dos à dos deux systèmes de pensée, le vainqueur de la guerre froide comme le perdant. On ne peut que regretter cette frilosité ainsi que la morale qu’elle amène, pas subtile pour un sous puisque se limitant à prôner l’échange culturel. Un manque de finesse à l’image du film, résolument « pouet-pouet », qui au moment où l’on aurait pu s’attendre à cette satire politique qui ne viendra jamais partira dans une direction très référentielle, puisqu’en faisant contrôler la moitié du corps de William Cole par Yegor, Campbell ne se privera pas pour développer en longueur la fameuse scène de la main possédée de Evil Dead 2. Marrant une ou deux fois, mais la répétition devient lassante, surtout lorsque Campbell force le trait comme c’est par exemple le cas dans un restaurant où les deux mains se livrent à un duel de rapidité pour savoir lequel du verre de vodka ou du verre de scotch sera bu. Heureusement, même ces récurrences comiques seront oubliées, le film versant alors dans une caricature du cinéma d’action, là encore plombée par la lourdeur de l’humour employé. A noter tout de même une excellente scène de parodie du cinéma hollywoodien, dans laquelle en lieu et place du sempiternel choc explosif entre une automobile et un camion, nous auront drois à une mollassonne collision entre un scooter rose et un tacot genre Lada s’achevant par trois ou quatre étincelles.
Bien entendu, ces trois parties majeures ne constituent pas toute la portée comique du film. Les résidus ou annonces des unes sont trouvables dans les autres, et certains éléments secondaires apparaissent ici ou là, lorsque l’occasion s’y prête (et même quand elle ne s’y prête pas) ou ils peuvent tout autant rester présents durant tout le métrage. C’est le cas par exemple du personnage joué par Ted Raimi, gaffeur et véritable bouffon ma foi assez irritant. Le frère de Sam Raimi en profite pour nous montrer son stock de grimaces et de mimiques qui ne contribuent certainement pas à alléger un film décidément trop potache, conçu certainement dans le but de faire partager les délires de Bruce Campbell à son public. Vu l’aura de l’acteur (il est vrai très sympathique), ne doutons pas que ce genre de spectacle trouvera ses amateurs (d’ailleurs le film fut même transposé en comic-book, comme quoi Campbell a réussi son pari). Mais l’impression dominante restera malgré tout celle d’une anarchie comique primaire, très premier degré, et qui derrière ses montagnes de gags se révèle malgré tout plutôt sage (peu ou prou de provocation, mise en scène très banale… et pas du tout de gore).

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