Cinéma Horreur Science-Fiction

Les Rats de Manhattan – Bruno Mattei

Ecrit par Loïc Blavier

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Rats – Notte di terrore. 1984.
Origine : Italie / France
Genre : Horreur
Réalisation : Bruno Mattei
Avec : Ottaviano Dell’Acqua, Geretta Geretta, Henry Luciani, Richard Cross…

Tout démarre lorsqu’une voix off nous explique de façon confuse une situation pourtant on ne peut plus claire : suite à l’holocauste nucléaire, l’humanité s’est réfugiée dans les sous-sols, fondant ce qu’on a appelé « la deuxième humanité ». Après quelques temps, certains hommes sont remontés à la surface, devenant les « primitifs ». Bien que n’entretenant aucune relation, les deux groupes ont appris à se détester. Un sujet typique de l’ère post Mad Max 2. Et pourtant, le film de Bruno Mattei (épaulé de son fidèle collaborateur Claudio Fragasso) s’oriente dans une toute autre direction, générant une question essentielle : « quelle est l’utilité de cette mise en contexte fumeuse ? ». La réponse est très simple : pour donner un semblant de justification à un final éminemment tape-à-l’oeil, complétement fou, comme seul Mattei et Fragasso en sont capables. Autrement, motos, fringues de cuirs, bracelets à clous, coiffures défiant les lois de la capillologie, soit tout l’attirail des bons survivants d’une part, et d’autre part une seule et unique maison new yorkaise en ruines justifient le rattachement des Rats de Manhattan (parfois nommé Les Mutants de la 2ème humanité) au « post nuke ».

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Sa véritable histoire est donc autre. Un groupe de jeunes punks menés par Kurt (Ottaviano Dell’Acqua) investit une grande bâtisse abandonnée. C’est le rêve : la nourriture y abonde, un dispositif d’épuration de l’eau de pluie est retrouvé en état de marche et Video (c’est le nom d’un des personnages…diminutif de « Videogame »…) est tout content de trouver un jeu vidéo, qu’il tente de faire fonctionner. Hélas pour lui, il s’est trompé : il ne s’agit pas d’un jeu vidéo mais d’un ordinateur. De rage, il donne un coup de pied dans l’imposant engin, qui se met directement en route et qui annonce le déclenchement d’un mystérieux programme d’extermination. Video, Kurt et leurs camarades (Chocolat, Deus, Lucifer, Taurus, etc…) n’ont pas la sagesse d’esprit de faire le lien entre cet avertissement et les quelques cadavres dévorés par les rats qui croupissent ça et là dans leur nouvel Eden. Quand ils se rendront compte que les rats, en plus d’être fort nombreux, sont extrêmement agressifs, il sera trop tard : les rongeurs auront déjà mis leurs bécanes hors-services. Nous partons donc pour un huis clos sans aucun sens, que les personnages s’imposent à eux-mêmes. Quel intérêt y a-t-il à se retrancher dans la maison là où la fuite à pieds aurait été possible ? Si l’on peut à la limite passer sur cette incohérence fondamentale, sans laquelle il n’y aurait pas de film, il est en revanche bien difficile d’admettre que pour entretenir son intérêt, Mattei ait systématiquement recours à des procédés au moins aussi artificiels (pour ne pas dire débiles). Ses personnages n’en sortent pas grandis et marquent une étape décisive dans l’évolution de l’imbécilité au cinéma. Décider de se barricader dans une pièce pour se rendre compte lorsqu’il est trop tard qu’une fenêtre a été oubliée n’est pas une erreur que tout le monde puisse faire. Alors imaginez un peu que nos personnages sont une demie-douzaine à la commettre…. Se battre comme des chiffonniers pour savoir qui est le chef alors que les rats ont déjà bouffé plein de monde n’est pas non plus très recommandé au milieu d’un tel péril. Piquer des crises d’hystérie enfantines (à en taper des pieds par terre) n’est pas non plus très conseillé. Des exemples comme ça se retrouvent à la pelle chez nos punks, qui n’ont d’ailleurs de punks que l’accoutrement, puisque leurs caractères ne varient pas beaucoup de ceux des habituels étudiants de slasher. Bien qu’ils aiment à se donner des airs savants ne faisant pas tellement illusion (« c’est fantasmagorique ! » déclare ainsi spontanément une jeune fille ravie de découvrir l’épurateur d’eau), ils gardent cet esprit très terre-à-terre qui les préserve d’un minimum de classe. Songeons notamment à ces pauvres chauds lapins qui réussissent à se retrouver coincés dans leur sac de couchage. Songeons aussi à ces dialogues improbables (peut-être issus de l’imagination des doubleurs), véritables recueil d’insultes en tous genres (dont un pércutant « saligauds » adressé aux rats).

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Et si finalement Bruno Mattei avait fait un film sur la bêtise humaine ? L’option n’est pas inenvisageable, puisque nous dit-on, les humains vivant à la surface de la terre sont des « primitifs ». Bien que Kurt et ses hommes sont persuadés que l’intelligence des rats a énormément progressé depuis la desértion du monde, il n’est pas exclus de penser qu’au contraire, c’est bien l’intelligence de l’homme qui a regressée. Car de leur côté, les rats n’ont pas l’air bien brillants non plus, et pour cause : l’équipe du film a opté pour de véritables rats, qui présentent l’avantage d’être réalistes mais qui en l’absence de dresseurs demeurent somme toute de misérables rongeurs égarés dans un film. Quand il n’a pas recours à des effets spéciaux très moches (ce rat qui saute au visage d’un des punks), Mattei n’a d’autre choix pour les rendre menaçants que de miser sur leur nombre. Ce sont ainsi des nuées de rats qui sont balancés à la gueule des comédiens. D’ailleurs, peut-être est-ce la peur qui a fait perdre à ces derniers tous leurs talents ? Quoi qu’il en soit, le spectacle n’est pas des plus attractifs : même avec des rats aux yeux rouges dans tous les coins et recoins, même avec une musique éléctronique « entraînante » comme savent l’être les BO italiennes de l’époque, même avec des acteurs qui surjouent leurs émotions, même avec des effets gores aussi prononcés que tout pourris, la tension demeure déséspérement plate. Les ridicules artifices employés par Mattei ne parviennent pas à cacher la totale apathie des rongeurs. Si encore l’idiotie du scénario avait été paliée par cet extrêmisme latin ayant fait les belles heures du cinéma bis italien, Les Rats de Manhattan aurait pu devenir agréable à regarder. Mais ce n’est pas le cas, et le tandem Mattei / Fragasso n’a fait que placer des personnages s’agitant n’importe comment au milieu de rats qui s’en foutent. Pas étonnant que l’on ne retienne que les défauts purement « nanars » du film : il n’y a que cela à se mettre sous les yeux.

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