Cinéma Comédie

Courage fuyons – Yves Robert

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Courage fuyons. 1979.
Origine : France
Genre : Comédie un peu lâche
Réalisation : Yves Robert
Avec : Jean Rochefort, Catherine Deneuve, Michel Aumont, Dominique Lavanant…

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Martin Belhomme (Jean Rochefort) descend d’une longue lignée de froussards. Un lourd héritage qui l’a conduit à épouser une femme à poigne – Mathilda (Dominique Lavanant) – et à tenir à ses côtés une pharmacie, alors qu’il aspirait à tout autre chose. Un soir de mai 68, alors que les circonstances le conduisent à casser sa voiture sous les yeux éberlués de sa famille, il décide de tout plaquer et s’enfuit seul dans la ville. Au hasard d’une rencontre, il se retrouve dans un foyer où son regard croise celui d’Eva Star (Catherine Deneuve), une artiste de cabaret dont il s’éprend au point de la suivre jusqu’à Amsterdam. Une idylle se noue rapidement entre eux mais la présence inquiétante d’un prétendant déçu de la chanteuse tend à rendre nerveux ce pauvre Martin, au point qu’il décide subitement un jour de rentrer chez lui.

Tout juste auréolée du succès du diptyque Un éléphant ça trompe énormément/Nous irons tous au Paradis qui narre les déboires d’un quatuor d’amis face aux affres de la quarantaine, la sainte trinité Yves Robert, Jean-Loup Dabadie, Jean Rochefort remet le couvert en attirant cette fois-ci dans ses filets la star Catherine Deneuve. Un statut incontestable qui sert malicieusement de patronyme au personnage qu’elle interprète, projection assez fidèle de l’image que peut renvoyer l’actrice, entre sophistication et proximité. Un contraste poussé jusqu’à l’absurde lorsque la star habituée des couvertures de magazines et de belles chambres d’hôtel traîne dans un foyer à la recherche d’un chauffeur. Il se dégage du personnage un côté fantasque et libre qui participe de la fantaisie de l’entreprise, même si, comme bien souvent, Catherine Deneuve reste cantonnée à incarner les femmes à la beauté intimidante, aussi lisse que le papier glacé des magazines pour lesquels elle pose. Courage fuyons est avant tout un film d’hommes. Cela se retrouve dans la caractérisation des personnages féminins, qui apparaissent soit castratrices (Mathilda), soit désirables (Eva) soit un peu sottes (l’ex speakerine). Les personnages masculins n’en sortent pas grandis pour autant, tour à tour dépeints comme lâches, faibles, pingres, colériques, et j’en passe. Ce sont de grands enfants en quête de la femme dans les bras de laquelle ils se sentiront choyés, aimés et sécurisés.

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Par sa thématique – les affres de la quarantaine versant masculin – Courage Fuyons s’apparente à une déclinaison en solitaire des mésaventures d’Etienne Dorsay et ses amis. Yves Robert reproduit les mêmes afféteries, notamment la voix-off de son héros qui commente à intervalle régulier les soubresauts de son histoire. La principale différence tient à la couardise de Martin, un trait de caractère dont il a parfaitement conscience et qu’il vit comme une fatalité. Voilà un homme qui n’a jamais eu le courage de vivre la vie à laquelle il aspirait, et qui se morfond gentiment dans le conformisme d’une existence sans surprise, comme dans l’attente d’un déclic. A la manière de ce qu’il avait fait pour La Gifle (Claude Pinoteau, 1974), Jean-Loup Dabadie mêle la petite histoire à la grande, utilisant les événements de mai 68 comme catalyseurs de son intrigue. Pris dans ce tourbillon contestataire, Martin claque la porte de son existence atone pour l’inconnu. Rien de téméraire dans ce geste, juste une énième preuve de sa profonde lâcheté puisque devant son incapacité à assumer son geste devant les siens – la destruction de l’auto familiale conditionnée par le chaos ambiant mêlant manifestants et casseurs – il choisit la fuite. Cette peur atavique conditionne l’humour du film, lui ôtant au fil des minutes toute spontanéité au point de le rendre inopérant. Courage fuyons souffre du syndrome du film trop écrit. Au début, on s’incline devant la verve des auteurs puis on se lasse tant les dialogues finissent par tourner à vide, faute d’être soutenus par des situations stimulantes. Passé l’amusement initial de ce grand échalas de Martin Belhomme empli de craintes en tout genre (entre autres joyeusetés… incapable de dépasser les 50 à l’heure au guidon de sa moto d’emprunt, son périple Paris-Amsterdam se transforme en succession de prises d’auto-stoppeurs auxquels il confie bien volontiers les commandes), le récit ronronne rapidement durant sa partie romance batave, en dépit de la menace d’un amant éconduit qui plane au-dessus de la tête des deux tourtereaux. A ce stade là, le film oscille entre plans cartes postales (les deux tourtereaux partageant leur amour dans un champ de tulipes, ou lors de ballades à vélo le long des canaux) et pseudo film noir. L’Amsterdam nocturne nous est dépeint comme un véritable coupe-gorge où à chaque recoin une silhouette menaçante peut vous sauter sur le paletot, en l’occurrence Eric de Chalamond, cet amant insistant qui, vêtu comme un espion (un clin d’œil au diptyque du Grand blond ?), terrorise ce brave Martin dans l’espoir de retrouver la place qui lui semble due dans le cœur et la vie d’Eva. Pour une scène réussie – l’intrusion de l’amant dans la salle de bain des deux tourtereaux – on s’en farcit une ribambelle d’autres qui cède au comique de répétition un peu trop sage. Dans son ensemble, Courage fuyons manque singulièrement de folie, n’exploitant la lâcheté de ses divers protagonistes que sous son prisme le plus quelconque. Il en va ainsi de l’amnésie simulée de Martin. Cette dernière, plutôt que relancer un récit amorphe, le plonge encore un peu plus dans un état léthargique, longue parenthèse durant laquelle seul le professionnalisme hésitant de Frankie Belhomme – le petit frère – apportera un peu de légèreté.

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Faute d’une réelle fantaisie, Courage fuyons fait rapidement du surplace à trop suivre les sentiers balisés d’une trajectoire convenue que la petite touche de cynisme de la fin ne suffit à sauver. Il y a une certaine pesanteur qui émane du dispositif comique du film, qui ne trouve de réelles aérations que lors de sa première demi-heure, à la faveur du récit autobiographique de la famille Belhomme narré à la manière des actualités Pathé. On retrouve ce caractère empesé chez les comédiens, pas mauvais au demeurant mais engoncés dans des rôles sans surprises. Courage fuyons est le prototype du bel écrin au contenu vide et au rendu assez neutre.

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