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Le Concile de pierre – Guillaume Nicloux

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Le Concile de pierre. 2006.

Origine : France, Italie, Allemagne
Genre : Mère courage
Réalisation :Guillaume Nicloux
Avec : Monica Bellucci, Catherine Deneuve, Moritz Bleibtreu, Sami Bouajila et Nicolas Thau.

A quelques jours du septième anniversaire de son fils adoptif Liu-San, Laura Siprien souffre de cauchemars récurrents. Chose bizarre, son fils affirme faire les mêmes. Plus étrange encore, cette marque qui apparaît sur le torse du garçon sans qu’il puisse expliquer son origine. Et puis c’est l’escalade. Un accident de voiture plonge Liu-San dans le coma et le médecin de famille est retrouvé égorgé dans le parking souterrain de l’hôpital où se trouve l’enfant. Laura commence à sérieusement perdre pied à mesure que son histoire personnelle tend à s’éclaircir.

A l’entendre, Guillaume Nicloux ne se sent guère attiré par le polar dont l’univers l’intéresse peu. Un aveu pour le moins curieux de la part de celui qui les enchaîne depuis Le Poulpe. Néanmoins, cette confidence éclaire cette constante de construire ses polars autour d’acteurs plutôt inattendus même si pas totalement étranger au genre. A Jean-Pierre Darroussin, qui avait déjà tâté du polar dans On ne meurt que deux fois, a succédé Thierry Lhermitte pour Une affaire privée, lui aussi de la partie par le passé dans L’Indic et Un été d’enfer, puis Josiane Balasko pour Cette femme-là, la seule véritable novice à ce stade de sa carrière. Une manière de se réapproprier des comédiens à l’image public bien établie et de les amener vers quelque chose de plus instable et plus sombre sur la base d’intrigues prétextes. Il n’agit pas autrement avec Monica Bellucci, même si c’est Sophie Marceau qui avait été envisagée au départ.

Davantage connue pour ses formes plantureuses que pour ses talents de comédienne, Monica Bellucci représente souvent la caution glamour des films auxquels elle participe. En toute conscience, Guillaume Nicloux prend donc le parti de lui attribuer un personnage asexué tout en accentuant ses fêlures. Coiffée à la garçonne, vêtue de manière austère et guère portée sur la gaudriole, Laura Siprien a mis sa vie de femme entre parenthèses au profit de son rôle de mère. Dans l’incapacité d’enfanter, elle a choisi de passer par l’adoption. Une démarche qui prend une dimension cathartique quand on sait qu’elle a perdu ses parents très jeune et qu’elle a grandi dans une institution. Son fils représente tout pour elle. Elle a fait le vide dans son entourage se séparant notamment de Lucas, son ex et néanmoins employeur. Seules subsistent Sybille Weber, figure maternelle qui a gardé un œil sur elle depuis son plus jeune âge, et Clarisse, une amie qui s’arrête à son domicile à chaque retour de voyage. Laura Siprien est un personnage assez terne et peu nuancé, toujours entre crises d’angoisse et de larmes. Son petit monde s’effrite à mesure que l’intrigue déploie ses ramifications, toute sa vie se résumant à un agglomérat de faux-semblants. Laura Siprien possède une évidente dimension tragique que le récit restitue avec peine. Déjà, Guillaume Nicloux se révèle mal à l’aise avec les aspects ésotériques de celui-ci. Il croit peu en cette énième histoire de prophétie et d’élu et l’expédie en quelques scènes bavardes en fin de métrage. L’enquête – relative – que mène Laura ne suscite aucun intérêt parce que le réalisateur lui-même s’en désintéresse. Tout le folklore autour de cette vieille peuplade mongole ne semble vouloir mener qu’à cette cérémonie de guérison pour laquelle Monica Bellucci s’abandonne totalement. Toutefois, son corps n’est pas dénudé à des fins érotiques mais symboliques, son personnage amorçant alors sa renaissance.

Personnage constamment maltraité, aussi bien physiquement que psychologiquement, Laura Siprien vit un véritable chemin de croix. Heureusement, l’amour inaltérable qu’elle a pour son fils lui donne la force nécessaire pour surmonter tous les obstacles. Cette mère courage, Guillaume Nicloux n’hésite pas à la filmer parfois comme une madone. Il n’a d’yeux que pour elle, délaissant totalement les personnages secondaires pour lesquels il peut pourtant compter sur le concours de Catherine Deneuve, Elsa Zylberstein ou encore Sami Bouajila. Autant de talent gâché, cela relève du crève-cœur. Loin d’être au meilleur de sa forme, Guillaume Nicloux se prend les pieds dans le tapis d’un fantastique qu’il maîtrise mal. Il confère davantage de mystère et d’étrangeté à un simple plan fixe d’une forêt de conifères dans l’obscurité, laquelle renvoie à un dessin punaisé dans le salon de Laura, qu’aux différentes émanations animales qui parsèment le film. Sur ce point, l’usage d’effets numériques particulièrement voyants le dessert. Clairement, il s’agit là d’un aspect du roman de Jean-Christophe Grangé qui ne l’inspire guère. Il filme donc ces passages avec distance, soignant néanmoins ses cadres, comme il soigne les quelques tableaux morbides qui parsèment le fil du récit. Par instant, dans sa partie enquête dans un nid de sociétés secrètes, Le Concile de pierre semble naviguer dans l’ombre de La Neuvième porte, sans jamais en égaler la mordante ironie ni son obsédante fascination.

Valeur sûre dans le monde de l’édition, Jean-Christophe Grangé n’est pas gage de réussite une fois ses œuvres transposées au cinéma. Passé le succès liminaire des Rivières pourpres de Matthieu Kassovitz, ni L’Empire des loups et encore moins Le Concile de pierre n’ont su engendrer un égal plébiscite. A raison en ce qui concerne le film de Guillaume Nicloux, lequel marque une stagnation dans sa carrière. Son manque d’attirance pour le cinéma de genre, jusqu’alors plutôt bien masqué éclate ici au grand jour. A tel point qu’on peut se demander ce qui a bien pu le motiver dans ce projet. Loin de porter le film, la personnalité du personnage principal aurait plutôt tendance à le plomber, en dépit des louables efforts de Monica Bellucci.

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