Action Cinéma Science-Fiction

Class of 1999 – Mark L. Lester

Ecrit par Loïc Blavier

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Class of 1999. 1990.
Origine : Etats-Unis
Genre : Action / Science-fiction
Réalisation : Mark L. Lester
Avec : Bradley Gregg, Pam Grier, Malcolm McDowell, Stacy Keach…

En 1999, la criminalité juvénile a explosée, les quartiers autour des écoles sont devenus des zones de non-droit où les gangs règnent en maître et où la police ne met plus les pieds. Quant à l’enseignement, il pâtit d’un public pour le moins difficile. C’est pour enrayer cette situation que le proviseur d’un lycée de Seattle a recours aux services de Bob Forrest, patron d’une entreprise de robotique. Le plan est de reconvertir trois androïdes militaires en professeurs qui feront respecter la discipline par la force. En tuant les éléments les plus perturbateurs, ils y vont quand même un peu fort, et le jeune Cody (Bradley Gregg), fraichement libéré de prison, voit bien qu’il y a là quelque chose de pas normal. Ce n’est que le début, puisque les trois androïdes sont très vite hors de tout contrôle. Le proviseur est dépassé, Forrest exulte et Cody va essayer de mener la lutte malgré l’incapacité des gangs à s’entendre.

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Nonobstant la perte de popularité des gros films d’action benêts, Mark L. Lester n’a pas oublié que depuis Class 1984, il a réalisé Commando. L’œuvre de sa vie, par laquelle il a rejoint les George Pan Cosmatos, les Albert Pyun, les Andrew Davis, les Golan et Globus et autres représentants de l’énormité du cinéma d’action américain des années 80. C’est pourquoi personne ne sera surpris que Class of 1999 soit encore plus spectaculaire que son prédécesseur et encore moins politisée. Ce qui en fait un film assez différent, épousant en cela les modifications contextuelles opérées dans les presque 10 années qui le séparent de Class 1984. En clair, cela veut dire qu’il n’y a plus aucune volonté de choquer le spectateur, comme c’était tout de même un peu le cas dans le premier volet, où les lycéens criminels finissaient par violer l’épouse de leur professeur, donnant le coup d’envoi -certes tardif- à un film « vigilante » en bonne et due forme, basé sur les réactions émotionnelles. Malgré les évidentes traces d’humour punk, nous n’étions pas très loin du créneau urbain et sécuritaire du Justicier dans la ville. Avec Class of 1999, nous ne sommes plus que dans un film d’action puéril qui ne cherche pas à faire sens. D’un côté des caïds, de l’autre des cyborgs, et c’est parti pour la castagne, le reste n’est que de la mauvaise littérature que le réalisateur a sorti des catalogues de remplissage habituel. Comme il lui faut bien un point d’ancrage, sans quoi son film ne serait qu’une vaste baston, Lester choisi de miser sur la démagogie, en faisant de son Cody un adolescent qui ratisse large. Sortant de taule et d’un esprit très indépendant, il fera plaisir aux punks des cours d’écoles qui le prendront pour un mec à la cool mais avec qui il ne faut pas déconner. D’un autre côté, son choix de ne plus accepter l’organisation en gangs et sa relation protectrice avec la très convenable fille du proviseur font de lui un bien brave type à même de plaire aux bourgeois. Il permet en outre d’unifier les gangs dans la lutte contre les terminators de la salle des profs, réconciliant tout le monde dans un même élan salvateur. Ce qui est un peu facile lorsque l’on oppose toute la jeunesse à des profs qu’on saurait d’autant moins cautionner qu’ils sont des robots ultra violents que même un Charles Bronson aurait combattus. Même les plus autoritaristes les plus droitiers devront bien admettre que la façon dont les trois profs sortent du cadre de leur mission n’est guère acceptable. Comme par exemple lorsqu’ils butent le proviseur qui les avait engagés au motif qu’il remet en question leurs méthodes. Et n’oublions pas que ces trois cyborgs ne sont que les produits d’appel d’un infâme capitaliste qui escompte bien ramasser le pactole en tant que nouveau Monsieur Propre. Bref, en les présentant eux et leur créateur sous un jour aussi peu reluisant, Lester flatte son public, quel que soit sa condition. Il fait reposer les torts sur des méchants tout sauf réalistes, agissant comme les films d’action des années 80, et évite ainsi de s’aventurer en terrain sensible.

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En revanche, s’il est un terrain sur lequel il fonce, c’est bien celui de l’action. Et si on ne peut humainement pas approuver les trois profs, on ne peut que saluer le rôle de moteurs qu’ils jouent au niveau ludique. Sans eux, tous ces petits gangsters vêtus n’importe comment (du punk au disco) auraient continué ad vitam à jouer du couteau où à tirer quelques rafales au milieu d’un décor dévasté de guérilla urbaine et à s’embrouiller avec des surveillants très martiaux. Petits joueurs ! Avec leur force surhumaine et leur potentiel dévastateur, les profs sont autrement plus ambitieux. D’ailleurs Lester aime beaucoup utiliser la vue subjective où s’affichent toutes les options possibles face aux éléments perturbateurs. Cela va de la remontrance verbale à l’annihilation pure et simple. Cependant, le plus lourd est gardé pour la fin. En attendant, outre les quelques châtiments imposés par ces profs -dont une fessée monumentale- Lester a la bonne idée de jouer la carte de l’humour avec son vieux prof d’histoire poussiéreux qui se révèle être un terrible combattant en plus d’être le cerveau du groupe d’androïdes. Les autres sont un prof de sport sans surprise, musclé et radical, et une prof de physique surprenante jouée par une Pam Grier qui vient se rappeler le bon temps où elle jouait les femmes fortes et sexy dans la blaxploitation. Quoiqu’elle affichait un peu plus de caractère qu’ici, où on la sent quelque peu brimée par un rôle limité. Plus encore que son collègue d’EPS, elle se contente d’être un robot façon Terminator, le film de James Cameron auquel Class of 1999 doit quand même beaucoup, et notamment lors du final où les squelettes métalliques deviennent apparents. Ce qui n’était alors qu’une grosse farce devient à cette occasion un océan de scènes toutes plus grotesques les unes que les autres, avec motos dans les couloirs du lycée, explosions à gogo et utilisations d’armes bioniques de la part des trois professeurs. Compte tenu du second degré entretenu depuis le début par le réalisateur (qui utilise même à quelques occasions des effets gores grand-guignols), ça nous pendait au nez, et finalement on ne demandait pas plus que ce genre de final typique des années 80. Film à l’imbécilité assumée sans toutefois se vouloir une comédie trop grasse, Class of 1999 séduit modestement, ce qui doit probablement coïncider avec l’objectif d’un réalisateur qui en dépit de son héros quelconque ne se sera jamais perdu dans du bavardage inutile. De la guerre des gangs en un milieu pré-apocalyptique aux profs qui font tout sauter en tuant tout le monde, l’intensité du spectacle ne se sera jamais démentie. On peut bien entendu préférer Class 1984 et son point de vue plus réaliste (sans compter qu’une chanson d’Alice Cooper vaut mieux qu’une de Nine Inch Nails) mais dans le genre « action décérébrée » de série B, on ne pouvait guère s’attendre à mieux que cette séquelle.

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