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Amicalement vôtre – Robert S. Baker

Ecrit par Loïc Blavier

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The Persuaders. 1971 – 1972.
Origine : Royaume-Uni
Genre : Action / Comédie
Création : Robert S. Baker
Avec : Tony Curtis, Roger Moore, Laurence Naismith, Victor Platt…

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C’est au cours d’un épisode de la dernière saison du Saint qu’est né Amicalement Vôtre. Plus précisément avec « Le Roi », épisode dans lequel Simon Templar devait collaborer avec un impétueux magnat texan pour mener à bien sa mission du moment. Cette collaboration explosive allait servir plus ou moins de poisson pilote au producteur Robert S. Baker, qui travailla dès lors à Amicalement Vôtre, série qu’il envisagea avec grande ambition et qui devint alors la plus cher des séries produites par la vénérable compagnie ITC du nabab Lew Grade (déjà derrière Le Saint, Destination Danger, Le Prisonnier…). Pour se faire, Baker et Grade allaient embaucher quelques scénaristes habitués à la qualité ITC et à quelques autres séries d’envergure (Chapeau melon et bottes de cuir a fourni la plupart des scénaristes) ainsi que des réalisateurs chevronnés dont le CV s’enorgueillissait parfois d’autres choses que des épisodes des aventures de John Steed ou de Simon Templar (comme Val Guest et Roy Ward Baker, qui à eux deux avaient réalisés les trois épisodes de la saga hammerienne des Quatermass, mais aussi Sidney « Le Cirque des horreurs » Hayers, Basil « Khartoum » Dearden et bien sûr Roger Moore lui-même). Une série à grand standing, donc, et qui exigeait un partenaire de renom pour figurer au côté de Roger Moore. Après avoir considéré Rock Hudson et Glenn Ford, le choix de Baker -et de Moore- se porta sur Tony Curtis, qui n’avait jusqu’ici pratiquement jamais travaillé pour la télévision et dont la personnalité allait transformer le personnage texan en un mauvais garçon new-yorkais. Un choix lui permettant de mieux cadrer à son style, chose importante puisque la dynamique du duo Brett Sinclair / Danny Wilde reposa en bonne partie sur la capacité d’improvisation des deux acteurs, retravaillée au passage dans le célèbre doublage français signé Claude Bertrand et Michel Roux (au point que certains attribuent la popularité française de la série à ces doubleurs, argument également employé pour divers doublages à l’étranger). Tant d’efforts déployés pour une seule et unique saison de 24 épisodes, mais qui a suffi à faire d’Amicalement Vôtre un incontournable des séries « british » des années 60 et 70. Ce qui est peut-être également dû justement à sa brièveté, puisqu’elle put ainsi s’achever au faîte de son inventivité, bien avant qu’un quelconque signe d’essoufflement ne soit venu enrayer la mécanique. Cet arrêt en plein vol, souvent imputé uniquement au relatif échec de la série à s’imposer sur le marché américain que visait Baker, provient également de la sage décision de ne pas remplacer un Roger Moore bien décidé à tenter sa chance dans le smoking de James Bond, un rôle qui semblait lui pendre au nez compte tenu de la nature de ses personnages tant dans Le Saint que dans Amicalement Vôtre.

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Brett Sinclair est un riche Lord connu entre autres pour ses aptitudes automobiles. Danny Wilde est un ancien voyou des bas fonds New Yorkais devenu millionnaire dans le monde des affaires. Devinant leur goût commun pour l’aventure, le juge Fulton, semi retraité, a décidé de les sortir des mondanités stériles dans lesquelles ils se vautrent pour faire d’eux un tandem censé résoudre les dossiers criminels les plus épineux du moment.

Un point de départ simplissime et vite oublié (le juge Fulton -qui n’apparaît que dans la moitié des épisodes- se transforme vite en force d’appoint comique devant ruser pour intéresser les deux compères à ses préoccupations du moment), telle est la caractéristique première d’Amicalement Vôtre, série dont chaque épisode est indépendant des autres, chose alors assez classique. Les scénarios de chaque épisode n’ont guère plus d’importance, n’étant pensés que pour favoriser les étincelles du duo Sinclair / Wilde ainsi que pour participer à la création d’une ambiance bonne enfant, souvent en se montrant tortueux et propices aux rebondissements venant priver la série d’un réalisme qui serait effectivement déplacé. Ce qui ne veut pas dire que Amicalement Vôtre fait dans la gaudriole totale à la Mel Brooks : un minimum de crédibilité est conservé pour ne pas non plus nuire à l’aura du duo, dont la nature humoristique se fonde davantage sur la désinvolture que sur les pitreries les plus grossières. Les antagonistes, ou gros méchants, ne sont clairement pas des êtres charismatiques (ils ressemblent même bien souvent à de vulgaires petites frappes voulant voir trop large), de sorte qu’ils laissent un boulevard à nos deux redresseurs de torts qui bien souvent se retrouvent personnellement impliqués dans telle ou telle affaire, parfois d’une façon loufoque venant rappeler que nous sommes en face d’une série anglaise maniant une forme d’humour fort plébiscité en ce pays. Danny Wilde se retrouvant malgré lui enchaîné à une mallette explosive envoyée depuis les pays de l’est, ou encore Brett Sinclair se réveillant un beau matin pour se découvrir marié à une belle suédoise aux intentions incertaines, voilà le genre de sujets abordés par les divers scénaristes. De quoi permettre aux deux acteurs principaux de s’épanouir, transformant leurs missions en parties de plaisir au sein desquelles les multiples défis et duels sont autant de jeux dont ils se sortent les doigts dans le nez, davantage par leur classe (qui se confirme un peu plus à chaque occasion) que par leurs capacités physiques, pourtant présente lorsque le besoin s’en fait sentir. Ce qui est assez rare. Amicalement Vôtre n’est pas plus une série policière qu’une série centrée sur l’action. Il est évident que rien ne peut résister à Wilde et Sinclair, et tous les épisode sont donc conçus pour établir leur supériorité.

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Le véritable attrait réside donc dans les relations entre les personnages de Tony Curtis et Roger Moore. Une solide amitié, certes, mais qui ne verse qu’exceptionnellement dans la démonstration des sentiments. Seul un épisode -d’ailleurs certainement l’un des plus faibles au milieu d’un ensemble très homogène (répétitif dirons certains)- nous montre les discussions devenir sérieuses. Il s’agit du neuvième, « Quelqu’un dans mon genre », dans lequel Brett est drogué pour pouvoir être manipulé à distance par le déclenchement d’un signal. Un point de départ aussi saugrenu qu’à l’accoutumée, sinon plus, ce qui rend donc assez insignifiants les soucis que Danny montre pour une fois face aux menaces qui pèsent sur son collègue. Habituellement, il préfère en rire, tout comme Brett préfère s’amuser lorsque Danny se retrouve au centre d’une machination. Chacun dans son style : très pince sans rire pour le très flegmatique aristocrate anglais, et plus sarcastique pour l’américain facétieux. Les échanges verbaux entre les deux sont souvent très savoureux, au point de constituer la force première de la série, chose que les doubleurs français ont parfaitement comprise. A travers l’opposition de ces deux styles percent aussi les images du Royaume-Uni et des États-Unis poussées à leur paroxysme. Des caricatures devenues sympathiques par le talent des deux acteurs, qui réussissent l’exploit de les rendre vivantes, là où l’habitude veut que les caricatures soient des gages de paresse. Plus largement, la relation entre Sinclair et Wilde reflète les relations anglo américaines, faites d’une certaine forme de collaboration concurrentielle assez innocente en ces années glorieuses. Bien que la série date de 1971, elle est historiquement plus proche des années 60 que des années 70 car remontant à l’avant Watergate et à l’avant choc pétrolier. Entre l’ancienne et la nouvelle puissance mondiale, les cicatrices n’ont pas laissé de trace, et au milieu de la collaboration, on s’amuse à faire revivre cette rivalité par l’ironie amicale. Amicalement Vôtre est l’instantané d’une époque encore insouciante, et la série a globalement hérité de la tonalité décomplexée mais non encore vulgaire des années 60. Bien sûr, la réalité était moins reluisante, mais comme nous l’avons vu Robert S. Baker n’a aucune prétention à l’ultra-réalisme. Il s’est contenté de capter le « zeitgeist » de son époque, et avec la performance de ses acteurs c’est très probablement ce qui contribue à préserver sa création des affres du temps. S’ajoute à cela certaines visions, là encore très souvent caricaturales, du milieu dans lequel évoluent les deux compères : s’il n’est guère étonnant de retrouver cette côte d’Azur symbole du chic et du glamour à la française tant exploitée par le cinéma, on aura aussi la joie de parcourir les campagnes, et notamment les sous-bois anglais qui après quelques épisodes deviennent privilégiés au point qu’un épisode nous montre Danny Wilde et Brett Sinclair jouer aux campeurs, ou encore que dans un autre Danny se rende acquéreur d’un cottage rustique. Un attrait pour le calme qui n’empêchera jamais ou presque Wilde et Sinclair de courir les demoiselles sexy que l’on trouve à chaque épisode. Paisible et détendu, voilà qui convient bien à un duo qui n’a jamais besoin de forcer son talent, et qui contribue à le différencier quelque peu de cette autre icône des années 60 qu’était James Bond auquel on songe assez souvent (et l’avenir immédiat de Roger Moore prouve que tout le monde y pensait). Le James Bond de l’époque, Sean Connery, se remarquait par sa prétention extrême qui allait de pair avec ses prouesses physiques. Ni Danny Wilde ni même Brett Sinclair ne font part d’une telle arrogance, ou disons plutôt qu’elle se retrouve tournée en dérision par les incessantes piques adressées de l’un à l’autre, empreintes d’un respect non servile (« ton altesse« ). Le défi s’adresse en fait plus de l’un à l’autre qu’à un antagoniste dont l’échec est tellement certain que les réalisateurs préfèrent vouer leurs efforts à leurs protagonistes.

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Voilà l’exemple d’une série produite à grand frais et qui remporte pourtant la mise via sa bonhommie dédramatisante. S’il y a beaucoup d’esbroufe dans le comportement des deux aventuriers, il n’y en a aucun dans la façon dont la série est réalisée : elle est d’une fraîcheur que l’on ne retrouve plus guère à notre époque où les séries d’action veulent rivaliser avec les spectacles excessifs du grand écran. Ce qui nous renvoie encore une fois à l’époque de sa réalisation et à son insouciance idéalisée grâce à laquelle même des millionnaires snobinards peuvent apparaître proches de tout un chacun.

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