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La Blonde en béton – Michael Connelly

blondeenbeton

The concrete blonde. 1994.
Origine : Etats-Unis
Genre : Policier
Auteur : Michael Connelly
Editeur : Seuil

Los Angeles. Il y a quatre ans, l’inspecteur Hieronymus « Harry » Bosch défonçait la porte d’un petit appartement de Silverlake d’un coup de pied et y pénétrait en hurlant les « police, pas un geste ! » d’usage, avant d’abattre le suspect d’une balle dans la poitrine tandis qu’il se précipitait pour attraper quelque chose sous son oreiller.
Sous l’oreiller il n’y avait que la perruque du suspect, Norman Church. Pourtant tout les indices trouvés dans le petit appartement le désignent comme étant le « Dollmaker » un sinistre tueurs en série qui assassinait des prostituées avant d’abandonner leurs cadavres outrageusement maquillés.
Aujourd’hui, Harry Bosch est assis à coté de son avocat, au tribunal. La plaignante est la femme de Norman Church, l’avocate de la défense est la redoutable Honey « Money » Chandler, et elle est bien déterminée à prouver aux jurés que Bosch a outrepassé ses droits en tuant cet homme, qu’il soit effectivement le tueur ou pas.
Mais alors que le procès débute et que les audiences se succèdent, la police reçoit une lettre du Dollmaker, leur indiquant ou trouver une nouvelle victime, coulée dans le béton après la mort de Church…
Pour Bosch commence une enquête difficile qu’il doit mener parallèlement au procès.

Harry Bosch, c’est l’inspecteur de Michael Connelly, son flic, qu’il crée en 1993 pour son roman Les Égouts de Los Angeles et dont on peut suivre les aventures au fil des romans de Connelly. La Blonde en béton est le troisième roman que l’auteur lui consacre. Et si lire la série  » Harry Bosch  » dans l’ordre donne une indéniable épaisseur psychologique au personnage, les différents romans sont toujours très cohérents pour pouvoir êtres lus indépendamment les uns des autres.
Bosch c’est la figure type de l’inspecteur solitaire, toujours ennuyé par les services des affaires internes, mais dont le sale caractère et les méthodes douteuses cachent une personnalité troublée, en proie aux doutes. Ce type de flic on en rencontre souvent dans les polars, et la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. Mais avec Connelly il n’en va pas de même. L’auteur bénéficie d’une réputation qui n’est pas usurpée, et même ses moins bons romans demeurent toujours divertissants et solidement ficelés. L’homme possède un vrai talent d’écriture, et parvient à tenir en haleine ses lecteurs à partir d’une histoire toute simple, ou de passages vu et revus. Cette écriture forte et d’une efficacité diabolique dans la construction d’intrigues tordues est le principal atout des romans de Connelly. La Blonde en béton ajoute à cela un autre atout, indéniable, à savoir la parfaite maîtrise d’une double narration, qui se révèle encore plus cohérente qu’on pouvait le penser. En effet, à l’instar de son personnage principal, Connelly nous fait suivre parallèlement le procès et l’enquête en cours. Ce faisant, il attaque de front deux des exercices classiques du polar, tout en prenant bien garde de tisser d’habiles liens entre les deux. Ce qu’on remarque tout de suite, c’est l’important travail de recherche documentaire qui a du être fournit. Le boulot de flic est ici parfaitement détaillé, dans tout ses aspects, même les moins palpitants. Tout les aspects de l’enquête sont ainsi abordés avec beaucoup de réalisme, la découverte des cadavres, les autopsies, la collecte d’indices, les interrogatoires, l’établissement de profils psychologiques par les psychiatres (des passages quasi-documentaires, mais parfaitement intégrés à l’intrigue et surtout réellement passionnants, qui nous en apprennent beaucoup sur les serial killer) et surtout les doutes, les théories échafaudées par les inspecteurs, leurs hypothèses. On est vraiment plongé dans le monde de ses flics. Et ce monde n’est pas toujours joli joli. Bien que passionnante cette histoire nous emmène dans une monde glauque, ou les jeunes filles se droguent, se prostituent et son assassinées. Ce monde c’est celui de la prostitution, des vidéos pornos, des pervers sexuels. Mais on y découvre aussi le monde de la justice, à peine plus glorieux. Ce monde là est pourris par l’argent et les magouilles d’avocats. Connelly nous emmène dans un voyage au bout de la nuit, un voyage dans le coté sombre de Los Angeles. Ville tentaculaire et cosmopolite qui ne cessera jamais de fasciner les écrivains de polar, L.A. est une ville qui pervertit l’humain. Le béton, froid et sale, crée des hommes qui perdent leur humanité peu à peu. Que ce soit des filles aux yeux pleins de rêves dont le regard se voile au fur et à mesure qu’elles se droguent et qu’elle écartent les cuisses, les avocats contraints de jouer le jeu d’une justice partiale qui n’épargne jamais les faibles, les flics des mœurs qui baignent dans la pornographie au point que toute leur vie s’en trouve affectée, ou bien Harry Bosch pour qui la violence est devenu un mode de vie, tous les personnages de Connelly sombrent petit à petit dans l’abîme. Ils y sont poussés par leur environnement, tellement noir et sale qu’il finit par les happer presque entièrement. La Blonde en béton est un vrai polar d’une grande noirceur, pourtant au milieu de tout ce monde désespéré brille comme une lueur d’espoir. Connelly développe énormément la psychologie de ses personnages et finit par lui même s’y attacher. On sent qu’il porte un regard d’une grande tendresse sur eux, quand bien même il les plonge dans un monde sans pitié. Bosch en est l’exemple parfait. Véritable anti-héros, il reste tout de même profondément humain, et à ce titre on finit quand même pas s’y attacher.

La Blonde en béton est un roman très fort, très sombre aussi, qui lève largement le voile sur les aspects les moins ragoûtant de la ville de Los Angeles et de ses habitants. Mais c’est aussi un excellent roman policier, qui parvient à installer une intrigue d’une intensité et d’une tension rarement atteintes. Toute la maîtrise de la narration de Connelly éclate dans ce brillant exercice de style qui fait se côtoyer cette histoire de procès et d’enquête pour un double suspense terriblement efficace. Sa construction est telle que passé un certain point de l’enquête, il deviendra impossible au lecteur de lâcher le livre tant qu’il n’en saura pas le dénouement!
Assurément l’un des meilleur roman de cet excellent auteur.

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