Cinéma Thriller

Otage – Florent Emilio Siri

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Hostage. 2005.
Origine : Etats-Unis
Genre : Thriller
Réalisation : Florent Emilio Siri
Avec : Bruce Willis, Kevin Pollak, Ben Foster, Jonathan Tucker…

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Hollywood a toujours aimé aller chercher de jeunes talents au-delà de ses frontières. La France ne fait pas exception à la règle et a même suscité un regain d’intérêt de sa part à partir des années 2000. Matthieu Kassovitz (Gothika), Alexandre Aja (La Colline a des yeux, remake du film de Wes Craven), ou encore David Moreau et Xavier Palud (The Eye, autre remake mais d’un film des frères Pang cette fois-ci) comptent parmi les réalisateurs français ayant cédé aux sirènes hollywoodiennes. Tous ont en commun d’œuvrer dans le cinéma de genre, et d’avoir préféré sacrifier leur liberté artistique sur le sol français pour devenir de simples exécutants en territoire américain. Le cas Florent Emilio Siri est un peu différent. Remarqué grâce à son deuxième film Nid de guêpes, démarquage du Assaut de John Carpenter, le jeune réalisateur a été sollicité non pas par un studio mais par Bruce Willis en personne, admiratif de son travail. La présence de l’acteur, également co-producteur de Otage, garantit à Florent Emilio Siri une certaine liberté basée sur la confiance et une volonté commune de travailler ensemble.

Jeff Talley est considéré comme un excellent négociateur. Sept ans qu’il fait ce job. Mais il a suffi d’une erreur de jugement de sa part lors d’une opération ayant conduit au décès d’une mère et de son enfant pour que son quotidien change du tout au tout. Il fuit Los Angeles pour s’installer à Bristo Camino, une petite bourgade tranquille dont il occupe le poste de chef du bureau de police. Lorsque trois petites frappes prennent en otages le riche Walter Smith et ses deux enfants, tuant au passage un agent de police, Jeff Talley va de nouveau plonger dans l’horreur.

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Pour sa première expérience américaine, Florent Emilio Siri aurait pu se féliciter de ne s’être vu proposer ni un remake, ni la suite d’une franchise à succès. Sauf que le scénario de Otage est si mal écrit que cela en deviendrait presque un regret. Ne connaissant pas le livre dont le film est tiré –Otages de la peur de Robert Crais-, je me garderais bien d’incriminer l’écrivain pour ce travail bâclé, au contraire du scénariste qui s’est visiblement pris les pieds dans le tapis à trop vouloir compliquer les choses. Non content de se focaliser sur la prise d’otages initiale, le film en rajoute une couche en orchestrant l’enlèvement de la femme et de la fille de Jeff Taley. La première est l’œuvre de bandits à la petite semaine, spécialisés dans le vol de voitures, lorsque le second est perpétré par des professionnels. Sans le savoir les trois marlous ont pris en otage un comptable qui a des accointances avec des personnes peu recommandables mais au bras long, et qui devait leur remettre le soir même un cd-rom contenant tous les codes de comptes off-shore. Vous pouvez donc comprendre leur courroux face à ce sérieux contretemps. Heureusement, ces mystérieux individus ont de la ressource. En voyant Jeff Talley passer à la télé pour rendre compte de la situation des otages, il leur vient à l’idée de forcer son concours en enlevant sa famille et en le menaçant de mettre fin à leurs jours si il ne leur ramène pas la fameuse disquette. Le film se joue donc sur deux niveaux. La prise d’otages sert à alimenter le suspense lorsque l’enlèvement des Talley doit apporter une dimension dramatique à la situation que vit Jeff. A partir de cet instant, tous les actes de Jeff sont conditionnés par cet enlèvement. Sans cet événement, il aurait définitivement abandonné l’affaire au shérif voisin. Maintenant, il est bien décidé à libérer les otages, trouver la disquette, et ramener sa famille saine et sauve. A se comporter en héros, quoi !
Jeff Talley n’est pas John McLane, c’est entendu, mais au moins la situation périlleuse dans laquelle il se retrouve lui permet, à l’instar de son illustre prédécesseur, de ressouder les liens de sa famille. Ben oui, Jeff Talley n’a pas une vie de couple toute rose. Le spectre du divorce plane au dessus de sa tête et rend ses relations avec sa fille particulièrement difficiles. On en saura pas plus sur les raisons de ces difficultés conjugales, la famille ne Jeff ne bénéficiant que d’une infime présence à l’écran, ce qui rend d’autant plus improbable toute l’empathie qu’on pourrait ressentir pour elle. A vrai dire, on se fiche totalement de son sort, son rôle ne dépassant jamais le simple ressort dramatique éculé. Dès lors, Bruce Willis a beau abuser des regards humides, des mines compassées et de tout l’attirail pour bien nous montrer qu’il se trouve dans une situation particulièrement difficile à gérer sur le plan émotionnel, rien n’y fait, on s’en fiche. Le film échoue totalement à nous faire partager les atermoiements de son héros, et nous achève avec son happy end aussi convenu qu’inutilement barbare. En outre, Bruce Willis a déjà suffisamment interprété ces personnages profondément marqués par la vie et qui dans l’adversité parviennent à se reconstruire, pour qu’on en nourrisse une certaine lassitude. A ce titre, Jeff Talley compte même parmi ses rôles les moins intéressants puisque trop propre sur lui. D’ailleurs, il est amusant de constater que c’est avant le drame que le personnage ressemble le plus à une loque (cheveux longs, barbe hirsute), alors qu’après, il brille comme un sou neuf, rasé de près et à la mise impeccable. A croire que cela aurait trop dérouté le public de voir la star Bruce Willis dans ce triste état durant les trois-quarts du film ! Le traumatisme mis en avant lors du prologue n’influe donc jamais sur son comportement par la suite. Tout juste justifie t-il que les méchants de l’ombre fassent appel à lui, compte tenu de ses aptitudes à la négociation. En fait, ce prologue s’avère totalement dispensable dans la mesure où la panique qui s’empare de Jeff est davantage imputable à la situation critique de sa famille qu’à la possibilité de voir l’histoire se réécrire en la personne du fils Smith, débrouillard garçonnet avec lequel il converse tout au long de la prise d’otages.
Un sacré gamin que ce jeune Smith, d’ailleurs ! Il parvient à cacher dans ses mains les morceaux de verre qui lui permettront de se libérer de ses liens en ruban adhésif sans que les kidnappeurs ne s’en rendent compte au moment de l’attacher sur son lit. Par la suite, il s’amusera comme un petit fou en parcourant toute la maison à l’abri des gaines d’aération, nous rejouant Piège de cristal à lui tout seul. Un clin d’œil sans doute involontaire mais qui a au moins le mérite d’égayer quelque peu la séance. Car ce qu’il se passe à l’intérieur de la demeure des Smith n’est guère plus transcendant que ce qui se déroule à l’extérieur. Ça hurle que « c’est moi qui suis le chef » (Dennis, l’aîné des frangins kidnappeurs), ça pleure qu’ « il faut qu’on se tire d’ici » (Kevin, le cadet sensible) ou ça s’emporte que « tu es ma femme, maintenant » (Mars, le troisième larron estampillé fou dangereux s’adressant à Jennifer Smith). Et le tout vire au mauvais psychokiller lorsque Mars, après s’être débarrassé des deux frangins, poursuit Jennifer et son petit frère dans toute la maison, peu disposé à laisser sa copine s’échapper. Le film devient alors un véritable fourre-tout, mêlant faux suspense (le coup des deux dvd qui n’amènera à aucun rebondissement) et scènes pyrotechniques (la maison prend feu, Mars le dingue balance des cocktails molotov sur tout ce qui bouge). Et cerise sur le gâteau, le scénario révèle au grand jour sa stupidité lorsque les méchants de l’ombre interviennent en tant qu’agents du FBI et prennent la maison d’assaut pour récupérer le fameux cd-rom. A quoi bon faire chanter Jeff Talley et risquer de compromettre leurs petites magouilles si c’est pour finalement agir de manière frontale et avec l’impunité de leur statut d’agents du FBI ? Déjà que le film n’était pas fameux, cette scène finit de nous en convaincre, nous confirmant qu’il reposait tout entier sur du vent. A ce stade-là, il ne reste bien souvent au réalisateur qu’à s’en remettre à sa seule mise en scène. Avec Nid de guêpes, Florent Emilio Siri nous avait prouvé qu’il savait maîtriser l’espace et orchestrer de bonnes scènes d’action. Ici, ce n’est pas vraiment le cas. Il se repose trop sur des gimmicks (d’abondants ralentis, notamment) et cherche un peu trop ouvertement la belle image, ce qui confine au ridicule lorsqu’il insiste sur Jennifer entourée par les flammes, la tête emmailloté dans un linge humide telle une sainte vierge assistant à l’embrasement du démon.

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Florent Emilio Siri a incontestablement raté son passage aux Etats-Unis. Au pays où l’argent est roi, les faibles recettes du film n’ont pas vraiment plaidé sa cause. Quand bien même, Otage est un film raté, plombé par un scénario indigent et une mise en scène à l’épate. Un véhicule pour star comme Hollywood en produit à la chaîne et duquel on peine à distinguer la personnalité du réalisateur. Toutefois son film suivant L’Ennemi intime, qui revient sur la guerre d’Algérie, démontre que Florent Emilio Siri ne saurait se contenter du statut de simple faiseur, témoignant d’une certaine ambition. Mais ceci est une autre histoire.

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