Cinéma Polar

Haut les flingues ! – Richard Benjamin

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City Heat. 1984.
Origine : Etats-Unis
Genre : L’union fait la force
Réalisation : Richard Benjamin
Avec : Clint Eastwood, Burt Reynolds, Jane Alexander, Rip Torn…

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Derrière ses sourires enjôleurs, Mike Murphy (Burt Reynolds) masque une profonde lassitude. A son compte depuis qu’il a rendu sa plaque d’inspecteur de police, il a du mal à joindre les deux bouts. Les choses empirent lorsque son associé –Dehl Swift (Richard Roundtree)– est assassiné, après avoir voulu arnaquer deux des parrains locaux, Primo Pitt et Leon Coll. Ces derniers tournent désormais autour de Mike, convaincus que le détective détient en sa possession les documents compromettants dérobés par Dehl. Aidé par son vieux frère ennemi, le Lieutenant Speer (Clint Eastwood), Mike va tout mettre en œuvre pour se tirer de ce guêpier.

En survolant les carrières respectives de Clint Eastwood et Burt Reynolds, on remarque de nombreuses similitudes. L’un et l’autre sont issus de la télévision, et n’ont pris leur envol durant les années 70 qu’après un détour par le western spaghetti. Chacun à leur manière, les deux hommes ont incarné tout un pan du cinéma américain des années 70. Un cinéma certes empli de testostérone mais non dépourvu d’humour, et parfois d’une certaine gravité. Mais à y regarder de plus près, Burt Reynolds a connu une carrière plus laborieuse que son aîné, ne s’affranchissant de la télévision qu’en 1972, pour y revenir 8 ans plus tard. Et à la différence de Clint Eastwood, il n’a jamais su faire oublier le comédien derrière le réalisateur (première réalisation en 1976 avec Gator). De fait, si durant les années 80, les deux hommes connaîtront bien des déconvenues au box-office face à la jeune garde montante bodybuildée (Stallone, Schwarzenegger, et consorts), force est de reconnaître que Clint Eastwood s’en tire le mieux, s’imposant au fil des films comme un réalisateur à suivre, et aux goûts particulièrement éclectiques. Pour ce dernier, tourner un film en compagnie de Burt Reynolds s’inscrit dans la continuité d’une filmographie qui alterne films à potentiels commerciaux et films plus personnels. Il n’a rien à perdre, ni rien à gagner, au contraire de son compère pour qui un succès pourrait être susceptible de relancer durablement une carrière en berne. A ces deux grands noms en était associé un troisième, celui de Blake Edwards, spécialiste es comédies qui aurait dû apporter toute sa verve au film. Las, pour d’obscures raisons, il fut débarqué en cours de tournage, et remplacé au pied levé par Richard Benjamin (acteur discret –Mondwest–, et réalisateur des Moissons du printemps avec les débutants Sean Penn et Nicolas Cage), pas forcément le plus indiqué pour réaliser une comédie. Haut les flingues ! conserve néanmoins des ambitions comiques, mais celles-ci reposent davantage sur l’autodérision des deux stars que sur une véritable mécanique humoristique.

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L’intrigue importe peu ici. A l’image des deux parrains de la pègre, ouvertement risibles, tout est prétexte pour mettre en valeur le duo Murphy-Speer, chacun dans un registre bien particulier. A Burt Reynolds les sourires enjôleurs en toutes circonstances, l’œil qui frise et la décontraction ; et à Clint Eastwood l’œil noir, le verbe rare et la rigidité toute justicière. Chacun joue sa petite partition habituelle en en exagérant volontairement les traits. Le comique naît à la fois de cette opposition et de cette exagération. Bon prince, Clint Eastwood laisse volontiers le devant de la scène à son acolyte, autour duquel tourne l’intrigue. A Burt Reynolds la plupart des bons mots, à lui la castagne. On n’incarne pas impunément quatre fois l’inspecteur Harry sans bénéficier de quelques scènes de fusillade. Et là encore, le second degré et le clin d’œil malicieux sont de mise. Habitué à la puissance de feu du Magnum 44 qui ne laisse aucune chance à l’adversaire, Clint Eastwood se voit ici confronté à un problème inédit, en la personne d’un homme de main increvable qui continue à lui tirer dessus en dépit des nombreuses balles qu’il accuse dans le buffet. Plus tard, il émergera tel un ange de la mort de son automobile au pare-brise fêlée, victime d’une balle perdue, transformant à la carabine une rue paisible en artère de l’enfer. Speer est ainsi fait. De nature peu encline à se mêler des affaires d’autrui, il voit rouge dès qu’un imprudent vient marcher sur ses plates-bandes. Cela nous vaut un running-gag savoureux, qui culmine lors de la dernière scène en un acte caractérisé de cabotinage de la part de Clint Eastwood. Une première ! Aux coups de feu, Mike Murphy préfère les coups de poings, domaine dans lequel il se sent plus à l’aise. Lorsqu’il tente de rivaliser avec son acolyte dans son domaine de prédilection –la fusillade dans l’entrepôt–, il ne peut que s’incliner devant sa très nette supériorité. Plus que la justesse de chaque tir, ladite scène s’attarde sur la longueur des revolvers dégainés successivement par les deux hommes, en un concours de bites des plus calibrés. La victoire du Lieutenant Speer ne souffre alors aucune contestation, dans ce qui constitue la scène la plus évidemment rattachée au buddy movie, sous-genre duquel se réclame le film. Mais au fond, davantage que de différences, il est question de différends entre deux hommes finalement beaucoup plus proches qu’ils ne veulent bien le montrer. Ils représentent chacun une face de la même pièce, tout entière vouée à la lutte contre la pègre.

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Le maître mot de Haut les flingues ! n’est donc pas antagonisme mais bel et bien collaboration. Collaboration entre deux « dinosaures » du cinéma musclé qui en optant pour un film d’époque en guise de réunion adressent un pied de nez à la nouvelle garde. Plutôt que de chercher à rivaliser avec ces messieurs muscles sur leurs terres, Clint Eastwood et Burt Reynolds préfèrent en référer à leurs aînés, tout en se présentant comme des comédiens autrement plus classes. Les costumes cintrés, les chapeaux feutres, cela a tout de même plus d’allure que le corps luisant et les muscles saillants ! Et puis cela ajoute au charme rétro du film à la reconstitution par ailleurs parfaite. Sans être étincelant, le spectacle offert s’avère tout à fait agréable. Et réserve même quelques surprises au détour du personnage de la secrétaire de Mike, Abby, qui du statut de potiche qui lui semblait promis s’impose comme le personnage le plus mâture du film. Les détracteurs des deux acteurs prompts à les taxer de machisme en seront ainsi pour leurs frais.

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