Le Démon d’Halloween – Stan Winston

Pumpkinhead. 1988.

Origine : États-Unis
Genre : Démon vengeur
Réalisation : Stan Winston
Avec : Lance Henriksen, Cynthia Bain, Joel Hoffman, John D’Aquino, Jeff East, Kimberly Ross, Brian Bremer.

Dans ce coin reculé d’Amérique où les habitations se comptent sur les doigts d’une main, l’irruption de six jeunes gens de la ville ne passe pas inaperçu. D’autant plus quand ceux-ci sont venus avec la ferme intention de faire vrombir le moteur de leurs motocross à travers la campagne environnante. Pour un commerçant comme Ed Harley (Lance Henriksen), ils offrent néanmoins la possibilité non négligeable d’améliorer son ordinaire. C’est qu’à l’exception de rares habitués, pas grand monde se bouscule aux portes de son épicerie. Mais quand l’un d’eux renverse son fils unique, le laissant meurtri sans lui venir en aide, Ed voit rouge. Hanté depuis tout petit par une vision traumatique liée à une légende locale, il décide de rendre visite à la sorcière de la région afin qu’elle lui vienne en aide. Si la vieille dame ne peut rien pour son fils, elle peut en revanche lui permettre d’alléger sa souffrance. Pour cela, il doit d’abord aller déterrer la dépouille d’une créature enfouie dans un cimetière abandonné qu’elle ranimera ensuite après avoir prélevé un peu du sang de Ed. Ainsi réveillée, la créature traquera les six citadins jusqu’au dernier.

Il suffit de s’aventurer plus avant dans la liste des films fantastiques chroniqués en ces lieux pour s’apercevoir que Stan Winston, l’un des grands noms des effets spéciaux des années 80-90, se retrouve plutôt bien représenté, à défaut d’être nommément cité à chaque texte. Pourtant, des transformations de la série Manimal au chasseur extraterrestre de Predator en passant par la reine alien de Aliens, les monstres classiques revisités de The Monster Squad sans oublier le T-800 dans Terminator, il aura contribué à créer quelques-unes des figures et images les plus iconiques du cinéma fantastique de ces 30 dernières années. Mais il en va souvent ainsi des petites mains du septième art, le plus souvent omises au profit des seuls réalisateurs et acteurs. Cette légitime frustration, à laquelle s’ajoute une mise en valeur des effets spéciaux pas toujours à la hauteur des efforts fournis, débouche dans les années 80 à l’émancipation de nombreux spécialistes dans le domaine. Responsable des effets spéciaux sur notamment Androïde, Future Cop ou encore Ghoulies, John Carl Buechler passe le premier derrière la caméra à l’occasion d’un sketch dans l’anthologie Mestema, le maître du donjon en 1984. Viendront ensuite Troll, Cellar Dweller et Vendredi 13, chapitre 7 : Un nouveau défi. D’autres lui emboîteront le pas comme les frères Chiodo (Critters) avec Les Clowns tueurs venus d’ailleurs, Chris Walas (Gremlins, La Mouche) avec La Mouche 2 ou encore Tom Savini (Le Mort-vivant, Zombie, Vendredi 13) avec des épisodes de la série Histoires de l’autre monde puis La Nuit des morts-vivants. Déjà passé par le stade de réalisateur de la seconde équipe pour les besoins de Terminator, et dépositaire d’un certain pouvoir au sein de l’industrie à l’aune de ses multiples récompenses, Stan Winston n’hésite pas à imposer ses conditions lorsque le scénario du Démon d’Halloween passe entre ses mains. Son atelier, sous la houlette de son poulain Tom Woodruff Jr., participera au film uniquement si la réalisation lui échoit. Un passage en force qui fait une victime, le réalisateur Armand Mastroianni initialement prévu (Noces sanglantes, Un tueur dans la ville), dont Stan Winston ne se soucie guère. Ses envies priment sur tout autre forme de considération, d’autant que l’alliage film de monstre – petit budget lui convient parfaitement.

Pour son premier long-métrage, un ultime autre suivra en 1990 sous le titre de A Gnome Named Gnorm (Galacticop chez nous), Stan Winston joue la carte d’un certain classicisme. Il construit la mythologie de sa créature comme celle des monstres de l’âge d’or de la Universal. Chacune de ses apparitions est prétexte pour Stan Winston, assisté du chef-opérateur Bojan Bazelli, à recourir à une imagerie gothique très marquée à l’image du cimetière abandonné, nimbé de brouillard, où gît sa dépouille. Il met un point d’honneur à magnifier sa créature et y parvient parfaitement, la dévoilant d’abord avec parcimonie puis de plus en plus à mesure que la traque vengeresse touche à sa fin, sans jamais trahir son côté factice. Tout l’inverse d’un Rawhead Rex, par exemple, assez similaire sur le papier mais nettement inférieur dans sa confection. Le Pumpkinhead est une créature humanoïde et mutique qui disposait de tous les atouts pour devenir une grande figure du bestiaire du cinéma fantastique alors qu’elle reste oubliée aujourd’hui, en dépit d’un diptyque réalisé tardivement en 2006 et 2007 (Pumpkinhead – Les Condamnés et Pumpkinhead – Les sacrifiés) qui faisait lui-même suite à la séquelle de 1993 signée Jeff Burr, Le Démon d’Halloween 2 (Pumpkinhead II : Blood Wings). À contre-courant d’une production horrifique qui commençait à verser dans le second degré (les Freddy, les Critters, …), Stan Winston déclare son amour du genre en ne le prenant jamais de haut. Il met un point d’honneur à retranscrire cette ambiance poisseuse d’une ruralité comme coupée du monde qui semble tout droit sortie de  Massacre à la tronçonneuse avec sa poignée de fermiers renfermés aux vêtements sales et imbibés de sueur. Le contraste avec ces citadins joyeux et bruyants est saisissant. D’un côté, nous avons les autochtones qui ne connaissent rien d’autre que cette région aride et dépeuplée et de l’autre des citadins qui débarquent dans cette contrée lointaine dans le but de s’éclater et oublier leurs tracas du quotidien. La confrontation des deux univers s’annonce explosive mais s’effectue au départ dans une relative indifférence. Seuls les enfants montrent un tant soit peu d’intérêt pour ces nouveaux arrivants aux véhicules clinquants. L’un des enfants Wallace est intrigué par l’appareil photo de Tracy quand le fils Harley se réjouit de toutes ces nouvelles têtes auxquelles présenter les prouesses de son chien. Côté citadin, Tracy mitraille allègrement ces gosses tout droit sortis de la Grande dépression tandis que Maggie fond devant le petit Matthew. Il faut attendre le drame pour que les rapports deviennent plus conflictuels. Un drame osé puisque impliquant un enfant mais que Stan Winston filme avec mille précautions comme échaudé par l’audace du scénario. Une frilosité qui, heureusement, n’accompagnera pas les exactions du Pumpkinhead, particulièrement brutales et graphiques. Il n’agit pas seulement pour tuer, il distille la peur, prenant bien soin à ce que les futures victimes voient souffrir leurs compagnons d’infortune avant d’y passer à leur tour. Le sort de Maggie relève à ce titre du parfait inventaire de tout le sadisme dont le monstre peut faire preuve. Cependant, derrière la cruauté du monstre affleure celle de l’homme puisque l’une est inextricablement liée à l’autre.

Récit d’une vengeance dont la férocité effraie celui qui l’a initiée, Le Démon d’Halloween questionne la dualité en chaque être humain. Pour compréhensible qu’elle soit, la douleur qui submerge Ed Harley devant la mort de son  fils ne justifie pas une réponse aussi radicale. Il cède à la loi du Talion, le sang appelant le sang. Invoquer le Pumpkinhead présente l’avantage de ne pas avoir à se salir les mains, minimisant en quelque sorte la responsabilité d’Ed Harley dans le massacre qui se prépare. Aux yeux de la loi, en tous les cas. Or tout pacte passé avec le Mal n’est pas sans conséquence. En s’abandonnant à sa peine et à sa colère, Ed s’est condamné. D’une part à vivre et ressentir chacun des meurtres perpétrés par le Pumpkinhead, et d’autre part à progressivement se déshumaniser. Plutôt que le soulager, la mécanique vengeresse qu’il a enclenchée contribue à l’accabler davantage. Elle se déploie sans discernement, mettant toute la bande de citadins dans le même sac alors que seul l’un d’entre eux a provoqué la mort de Matthew. Et comme pour mieux remuer le couteau dans la plaie, ce sont ceux qui ont tenté d’agir, l’une pour empêcher le gamin de courir au milieu des motos déchaînées, l’autre en restant auprès du corps presque sans vie, qui meurent en premier. Le film d’horreur initial se dote alors d’un sous-texte moral teinté de tragédie. Véritable héros du film, Ed Harley passe de victime à bourreau en un clin d’œil puis tente désespérément de se racheter en cherchant à sauver ces citadins qu’il a trop hâtivement condamnés. Avec dans les deux cas une constante, l’amour inextinguible qu’il voue à son fils. Porté par la prestation habitée de Lance Henriksen, grand acteur mésestimé, le personnage vole sans peine la vedette aux citadins, rapidement relégués au rang de victimes expiatoires. Ainsi, Joel, l’homme par qui le malheur arrive, nous est d’emblée présenté comme un sale type. Il jette sa canette dans la nature et se moque grossièrement des “culs de bouteille” qu’arbore Matthew, puis n’hésite pas à le laisser agoniser, préférant s’enfuir (il a déjà eu des problèmes avec la police) plutôt que tenter de le secourir. Il ne se montrera pas plus tendre avec ses compagnons, que ce soit Kim, sa copine, qu’il oblige à le suivre, ou Tracy et Chris qu’il séquestre alors qu’ils voulaient appeler les secours. Un personnage particulièrement chargé qui tranche avec la fadeur de ses compagnons, lesquels se caractérisent immanquablement par leur incurable bonté, quelques soient les circonstances. Pour les différents personnages, pas d’acteurs connus mais des visages qui paraîtront familiers aux amateurs du genre : de Kerry Remsen (Ghoulies II, La Revanche de Freddy) à Joel Hoffman (Slaughterhouse, l’abattoir de l’angoisse, Slumber Party Massacre II) en passant par Jeff East (L’Été de la peur, La Ferme de la terreur) ou encore Kimberly Ross (The Last Starfighter, Nightmare at Noon). Ce qui donne au cinéma d’horreur des airs de grande famille.

Sans être d’une grande originalité dans son déroulement, Le Démon d’Halloween (titre sous lequel il a été exploité pour le marché de la vidéo en France et réédité aujourd’hui sous son titre original) s’avère un spectacle hautement estimable et visuellement magnifique. Stan Winston fait preuve d’un savoir-faire indéniable, au point de regretter qu’il n’ait pas poursuivi dans cette voie. L’échec du film lié à un lancement chaotique en raison des atermoiements de la maison de production de Dino De Laurentiis qui souhaitait à tout prix surfer sur la vague des “psycho killers” ont probablement eu raison de ses velléités de réalisation.  Comme quoi, on peut être une sommité dans un domaine et ne cependant pas avoir le poids suffisant pour imposer ses vues jusque dans les dernières étapes de l’exploitation de son film. Cette réédition que l’on doit à Extralucid Films lui offre une seconde chance en nous le présentant dans un master de très bonne qualité, qui rend justice au travail accompli par Stan Winston et son équipe.

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