Cinéma Horreur

The Tribe, l’île de la terreur – Jorg Ihle

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The Forgotten Ones. 2009.
Origine : Etats-Unis
Genre : Réchauffé
Réalisation : Jorg Ihle
Avec : Jewel Staite, Justin Baldoni, Marc Bacher, Nikki Griffin…

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Cinq amis, ou presque, partent naviguer à bord d’un yacht en direction d’un luxueux hôtel antillais où les attend une fiesta de tous les diables. A cause d’un appareil de navigation défectueux et d’une bonne dose de malchance – le bateau heurte un récif – ils se retrouvent échoués sur une île mystérieuse dont aucune carte ne fait mention. Pire, le lendemain, l’un d’eux manque à l’appel, laissant derrière lui des traînées ensanglantées qui ne rassurent guère sur son sort. Ses compagnons d’infortune vont vite se rendre compte que leur situation n’est guère plus enviable…

Pour les habitués du genre horrifique, ce résumé a de quoi susciter un ennui poli. Et il se révèle justifié tant Jorg Ihle, dont c’est le premier film, n’a pas cherché à surprendre alors qu’il semblait être l’homme de la situation. Un soupçon de The Descent (l’héroïne dans l’antre des autochtones), une pincée de la série Lost (l’île mystérieuse dont les entrailles renferment un danger insoupçonnable), le tout nappé d’une bonne dose de Predator (The Tribe reprend sans vergogne le look de la créature pour ses cannibales, ainsi que l’une des scènes les plus fameuses) composent le cocktail tiédasse qui nous est servi ici. Néanmoins, le plus ennuyeux reste la propension de Jorg Ihle à saboter la moindre intrusion du film dans l’horreur.

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The Tribe débute en 1922 où un groupe de chercheurs se fait décimer sur la fameuse île où s’échoueront 87 ans plus tard nos cinq fêtards. Ce que le film gagne en efficacité immédiate (nuit orageuse, morts sanglantes, panique à tous les niveaux face à un ennemi multiple et véloce), il le perd en mystère. De fait, lorsque les naufragés se réveillent sur l’île, nous avons déjà une bonne longueur d’avance sur eux. L’île et ses mystères ne présentent alors plus d’intérêt, au point que la découverte ultérieure du campement de 1922 paraisse incongru dans ce contexte. Cette séquence se contente d’enfoncer des portes ouvertes en confirmant qu’ils ont affaire à une tribu de cannibales, alors que sans ce prologue trop explicite, elle aurait été propice à l’instauration d’une véritable tension sur le mode de « qu’est ce qui a bien pu se passer ? ». Au fond, ce prologue ne revêt d’autre intérêt que d’établir un passage de relais temporel entre deux femmes qui ont toutes deux perdu l’amour de leur vie sur ce triste îlot, la femme moderne réussissant là où son ancêtre avait échoué.

The Tribe prolonge à sa manière l’image des héroïnes du film d’horreur, lesquelles, après les cris d’effroi d’usage, savent se reprendre en main pour terrasser l’agresseur et reprendre le cours d’une vie à jamais chamboulée. Liz est de celles-ci. Jeune femme amoureuse mais méfiante jusqu’à la paranoïa (mais pourquoi donc Peter, son amoureux, se refuse t-il à lui montrer son téléphone portable?), Liz a surtout un énorme besoin de preuves d’amour. Une demande en mariage inscrite sur le sable et une alliance végétale suffisent à balayer ses doutes et à la combler de bonheur. Peter est bien l’homme de sa vie. Sa disparition n’en devient que plus brutale. C’est comme si c’était une partie d’elle-même qui lui avait été arrachée dans des traînées de sang. Cet enlèvement marque d’ailleurs le véritable début du film, l’instant T à partir duquel l’Horreur avec un grand h doit nous faire oublier les horreurs qui ont précédé. Vous savez, ces scènes qui visent à créer de l’empathie pour les personnages à grand renfort de vannes grivoises (apparition d’une poupée gonflable particulièrement bien bustée ; échanges lourds de symboliques phalliques entre Lauren, Ira – son mec du moment – et son ex Jake) et de scènes conjugales (les légères frictions entre Liz et Peter, les regrets de Jake concernant Lauren). Un amas de poncifs baigné de soleil auquel le réalisateur (et coscénariste !) croit bon d’ajouter un peu d’ambiguïté – Peter et son pistolet – totalement gratuite. Les péripéties ne sont décidément pas son fort, comme le confirmera le traitement de ce même Peter, enlevé donc dans des gerbes de sang mais qui se réveillera avec une blessure à la jambe somme toute peu spectaculaire. Et qui pourra d’ailleurs gambader gaiement, oublié par ses ravisseurs (pas à leur goût ?) avant de subir une nouvelle attaque. Fatale, celle-là. Au moins, on ne pourra pas reprocher au comédien, accessoirement coproducteur du film, d’avoir voulu tirer la couverture à lui. Par contre, on peut aisément reprocher à Jorg Ihle son traitement pour le moins sommaire de ses personnages, cannibales inclus. Compte tenu du faible flux d’individus à s’échouer sur leur île, ces anthropophages font un peu trop la fine bouche à mon goût. Ils tuent, avec plus ou moins de sadisme, mais mangent peu, pour ne pas dire pas du tout. Comme si à notre époque, à force de malbouffe et autres produits cosmétiques que nous nous tartinons sur le visage et le corps, nos enveloppes charnelles devenaient impropres à la consommation.

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A l’image des cannibales qui peuplent l’île, on reste sur notre faim devant The Tribe. Film d’horreur comme il en fleurit des quintaux chaque année, ce survival îlien manque cruellement de personnalité. Lorsque vos moments clés se révèlent être de parfaits décalques de films existants, cela fleure bon la fumisterie. Et comme en plus, Jorg Ihle ne parvient à magnifier ni ses décors, ni ses acteurs, vous comprendrez aisément que The Tribe compte parmi ces films dont on peut aisément faire l’économie.

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