Cinéma Science-Fiction

Pleasure Planet – Albert Pyun

Ecrit par Loïc Blavier

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Vicious Lips. 1986.
Origine : Etats-Unis
Genre : Space Opera Rock
Réalisation : Albert Pyun
Avec : Dru-Anne Pery, Linda Kerridge, Shayne Farris, Anthony Kentz…

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Coup dur pour la célèbre boîte Radioactive Dream, bien connue des guincheurs galactiques : le groupe qui était prévu demain vient de se tuer dans un accident de vaisseau. Dans l’urgence, Maxine, la propriétaire, contacte le terrien Matty (Anthony Krenz) pour que son groupe Vicious Lips vienne jouer. Une occasion en or pour ce « girls-band », qui hélas vient de perdre sa chanteuse, remplacée au pied levé par Judy Jetson, désormais appelée Ace Lucas (Dru-Anne Pery). Avec un seul concert à son actif, la débutante n’a cependant pas eu le temps de se rôder. Tant pis, dans l’urgence il n’y a pas le choix. Les Vicious Lips arriveront-elles à temps au Radioactive Dream et Maxine sera-t-elle séduite par leur musique ? La pression est immense ! C’est pourquoi Matty, manager des Vicious Lips mais aussi leur pilote, fait une fausse manœuvre. Le groupe se retrouve en rade sur une planète désertique. Judy va-t-elle s’entendre avec ses camarades ? Matty réussira-t-il à trouver de l’aide à l’extérieur ? Que d’interrogations !

On peut dire que la réputation d’Albert Pyun n’est pas excellente. Souvent victime de quolibets, parfois même taxé de « nouveau Ed Wood » (une appellation aussi banale que « film culte » dans le sens inverse) le bon Albert n’est pourtant pas pire réalisateur qu’un autre. Il est vrai que sa carrière est plutôt chiche en chefs d’œuvre, et qu’elle a même connu quelques pics d’absurdité, mais enfin combien de réalisateurs ayant entamé leur carrière durant les années 80 peuvent prétendre avoir eu une grande destinée ? Non, le principal tort d’Albert Pyun est d’une part d’avoir duré, et d’autre part d’avoir pu durant un court moment-au début de sa carrière- prétendre à une carrière plus respectable. Pour ne rien arranger, sa trajectoire croisa celle d’acteurs qui comme lui commencèrent par naviguer entre deux eaux avant d’être définitivement rangés au rayon des has been profonds, tels Jean-Claude Van Damme (Cyborg), Christophe Lambert (Adrenaline et Mean Guns) ou Steven Seagal (Ticker). Sans oublier les Rutger Hauer, Mario Van Peebles ou autres Robert Patrick, autres stars plongées jusqu’au cou dans les productions alimentaires. En un mot comme en cent, ce que l’on reproche à Pyun est aussi ce que l’on reproche à plusieurs de ses acteurs : d’être devenus ringards et d’avoir terminé dans de sombres productions de séries B. Lesquelles, sans ces noms vaguement familiers, seraient passées complétement inaperçues. Si Pyun ne mérite évidement pas d’être porté aux nues, il n’y a pas non plus de raison pour en faire une cible facile. Victime d’un malentendu, il avait pourtant très tôt commencé par affirmer son penchant pour l’extravagance en travaillant pour Charles Band dans ce qui n’a vraiment rien d’une œuvre prometteuse : Pleasure Planet.

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Ce qu’il y a d’amusant dans le présent film, c’est à quel point son scénario donne le ton de l’ensemble. Un départ en fanfare, une panne générale, puis un long désert dont on ne se sortira qu’au moyen d’hallucinations sans queue ni tête. Tout cela arrive aux filles des Vicious Lips, mais aussi à Albert Pyun lui-même. Rarement un film aura réussi la prouesse d’enfiler une phase outrageusement racoleuse puis une phase de platitude absolue et enfin une phase de folie douce. Dans la première, nous plongeons dans du film musical à destination du public de MTV, avec la mise en avant des Vicious Lips en tant qu’artistes. Groupe bien implanté dans son époque, vaguement influencé par Debbie Harry tant au niveau musical (la recherche sonore en moins, sauf à considérer les synthétiseurs comme de l’avant garde) que par l’accoutrement (bigarré, mais encore faut-il voir autre chose que ces volumineux amas capillaires qu’elles ont sur la tête), les filles qui le composent se veulent rebelles tout en surfant sans vergogne sur la mode du moment, boîtes de nuit fluo à l’appui (et le montage de nous bombarder d’images à la façon de clips MTV). Il va sans dire que leurs poses de sauvageonnes font doucement sourire, d’autant que Pyun y met du sien en donnant une fin peu glorieuse à la chanteuse d’origine, dont la mort est entendue et non vue (elle a été écrasée en hors champ pour avoir voulu traverser la route après avoir soufflé dans les bronches du manager jugé incompétent). Embauchée après avoir été virée fissa d’une sorte de radio-crochet, sa remplaçante Judy a un style au moins aussi prononcé que ses futures camarades. Mais dans le sens inverse. C’est à dire que là où les autres se prennent pour des punkettes, elle est plutôt une fille nature vue comme la cinquième roue du carrosse. Autrement dit, c’est une bouseuse sans caractère, que les autres ignorent, ou prennent en pitié, ou rejettent. Subtile manière que d’introduire le sujet de la difficile intégration au groupe, promis à des développement ultérieurs. Mais pour l’heure, place à l’invitation de Maxine. Personne n’en est surpris, pas même Judy, comme si se produire outre-espace était chose logique. Voilà la première surprise dans un scénario qui en comptera de biens lourdes.
Dans la seconde partie, la gentille Judy n’est déjà plus. C’est pratiquement un nouveau film qui commence. Non seulement elle s’est bien fondue dans le moule musical du groupe en un concert sans répétition, mais en plus elle affirme un caractère que l’on ne soupçonnait pas. Elle va même jusqu’à fumer des choses illicites et faire des blagues vaseuses à ses camarades, quand elle ne les envoie pas paître. Le tout sur fond de discussions de sitcom, toutes en états d’âme et en morale sur la solidarité. Ci-git l’esprit punk. Voilà une belle volte-face, destinée à meubler la partie creuse, lorsque les filles n’ont rien d’autre à faire que de se crêper le chignon en attendant que l’homme gorille enfermé dans une cage -mais sorti du chapeau du Pyun scénariste- ne s’échappe. Ce qui nous vaut une longue partie statique dans le vaisseau sombre, sorte de Nostromo sans atmosphère aucune que l’on arpente mollement en attendant qu’un soudain retour de budget permette au réalisateur de sortir de là et de faire taire ses Vicious Lips. Car telle semble avoir été la stratégie financière de Pyun pour son film : claquer un peu de budget au début, pas du tout au milieu et quasiment tout pour la fin, histoire de rester sur une note enjouée. Dommage que le creux soit la partie la plus longue. Malgré tout, elle aura a petites doses introduit la partie suivante, grâce au manager Matty égaré dans le désert. A défaut d’aide, il tombe sur deux donzelles courtes vêtues avec lesquelles il batifole gaiment. On ne saura jamais trop qui elles sont ni ce qu’elles veulent, et du coup à quoi riment ces scènes…
Mais ce n’est rien face au déferlement de non sens qui vient conclure le film. Une fois le monstre échappé, c’est la java : il n’y a plus que Judy, qui erre sans but poursuivie par des punks zombies, par ses camarades devenues zombies, par l’ex chanteuse devenue zombie, par le monstre capable de se transformer, le tout dans un décor en voiles roses qui fait la part belle à l’onirisme façon Freddy. Court mais intense, totalement absurde, sans aucune justification ni dénouement (il faut voir la façon grotesque dont Pyun se sort de ce bordel pour enchaîner directement par le show au Radioactive Dream), cette partie est avant tout livrée en pâture au département des effets spéciaux, dont les frères Chiodo et le maquilleur John Carl Buechler. Hallucinations, réalité, rêve, peu importe. Ils s’en donnent à cœur joie, avec un résultat il est vrai assez probant.

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Joyeux foutoir qui a franchement l’air d’avoir été improvisé, Pleasure Planet n’est objectivement pas un bon film. Aucun scénario, que des bribes de sous-histoires qui se suivent et ne se ressemblent ni dans la narration ni dans le rythme, des acteurs médiocres pour des personnages crétins… Pourtant, à défaut de pouvoir dire qu’il s’agit d’un bon spectacle (ce qui aurait pu être le cas avec tous les défauts mentionnés si la seconde partie n’avait pas été aussi molle), il faut bien admettre que l’humour qui traverse l’ensemble et la franche insouciance de Pyun inspirent l’indulgence. C’est l’une des caractéristiques des productions Empire, qu’on peut rarement juger positives, mais qui en dehors de quelques contre-exemples ne laissent jamais vraiment de mauvais souvenirs.

 

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