Invasion USA – Joseph Zito
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Invasion U.S.A. 1985.Origine : États-Unis
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Terroriste notoire, Mikhail Rostov fomente le coup du siècle. Il s’allie avec toutes les pires engeances de la surface du globe afin de mener une opération d’envergure visant ni plus ni moins que la chute des États-Unis d’Amérique. Pour ce faire, une idée simple, semer le désordre et la confusion en mettant l’accent sur les faiblesses d’une société fragmentée. Dès lors, il multiplie les attentats et les massacres dans divers lieux (un centre commercial, une fête communautaire, un quartier pavillonnaire et même une église) en toute impunité. Face à l’ampleur de l’attaque, les autorités sont débordées. La CIA, par l’entremise de Peter Adams, décide alors de faire appel à Matt Hunter, l’un de ses anciens agents et le dernier à avoir réussi à mettre Rostov sous les verrous. Il refuse dans un premier temps avant de se raviser après que Rostov en personne ait tenté de la dézinguer. Remonté comme un coucou et bénéficiant d’une liberté totale, Matt Hunter remonte la piste de l’organisation, éliminant un à un tous les subalternes du terroriste en chef jusqu’au piège final.

Dans sa volonté d’expansion, la Cannon Group se cherche des stars maisons pour mieux fédérer le public autour de ses productions. Charles Bronson est une première prise de choix mais cela reste un acteur vieillissant qui durant les années 80 va devenir une caricature de lui-même en s’entêtant à jouer les justiciers. Menahem Golan et Yoram Globus se tourne alors vers Chuck Norris, lequel commençait à se forger une petite notoriété dans des séries B d’action où il jouait autant du flingue que du coup de pied avec la vengeance comme ligne directrice. Dès sa première incursion chez la Cannon dans Portés disparus de Joseph Zito, il fait feu de tout bois, ne se battant plus seulement pour son honneur mais celui d’une nation tout entière, à jamais marquée par sa défaite lors de la guerre du Vietnam. Les différentes parties étant satisfaites de cette première expérience, elles remettent le couvert dès l’année suivante pour Invasion USA, dont le point de départ a été inspiré par une idée de Chuck Norris lui-même autour d’agents dormants soviétiques sur le sol nord américain. L’idée de l’acteur n’est finalement pas retenue, sans doute parce qu’elle désignait trop ouvertement l’Union soviétique comme l’ennemi unique à un moment où les relations entre les deux blocs tendaient à se réchauffer. Si Mikhail Rostov, l’instigateur de tout ce bazar, est bel et bien russe, il n’agit pas au nom de son pays mais en son nom propre. A ce titre, l’ensemble de ses troupes se révèle plus bigarré, composé d’un échantillon de tout ce que les États-Unis comptent comme ennemis. Et ça fait du monde. Par ailleurs, ce choix d’ennemis sans uniformes permet également au film de Joseph Zito de se distinguer de L’Aube rouge sorti un an plus tôt, autre récit d’attaque sur le sol nord américain mais de nature militaire, cette fois.

Invasion USA se distingue également de L’Aube rouge par son fond. Là où John Milius réalise un vrai film de guerre aux élans patriotiques qui loue le courage et l’abnégation de la jeunesse américaine, Joseph Zito lorgne davantage du côté du western à visée propagandiste. Au fond, les exactions commises par les terroristes comptent moins que le duel à distance auquel se livrent Mikhail Rostov et Matt Hunter. L’ancien agent de la CIA nous est ni plus ni moins présenté comme étant le cauchemar de Rostov. Littéralement. Et à force de revivre chaque nuit son arrestation par ses soins, Rostov perd en lucidité et en assurance. Devant l’imminence de son opération d’envergure, il ose le pas de côté et exige la mort de son ennemi juré avant de tout mettre en branle. Un caprice auquel il prend part et dont il ne se soucie même pas de la réussite pleine et entière. Une erreur fatale qu’il payera à la toute fin lors du duel tant attendu entre les deux hommes aux… bazookas. S’il fallait un symbole du manque de subtilité du film, alors ce duel en constitue un parfait. Ce film a été conçu pour en mettre plein les yeux via un enchaînement de scènes explosives, de cascades en tout genre et de fusillades à outrance. Peu de temps morts, des méchants très méchants qui confinent au sadisme et un héros imperturbable, toujours là au bon endroit et au bon moment. Invasion USA propose donc de quoi s’amuser mais aussi de quoi s’interroger. Si le film s’avère difficile à prendre au sérieux sur sa forme, il pose néanmoins problème sur le fond. Ces terroristes et leurs abondantes critiques sur une Amérique déliquescente en disent long sur ce que les auteurs du film pensent des États-Unis. Pour eux, tout ne va pas bien au pays. La faute notamment à des frontières trop poreuses qui attirent toute la lie de la société, dont ces terroristes et leur mini débarquement n’en seraient que l’illustration par l’absurde. Le peuple américain se ramollit, se complaisant dans un luxe et un confort qui les aveuglent. Il ne voit pas le péril qui est à leur porte. Dans ce contexte, Matt Hunter apparaît comme un super vigile. Un homme qui a conscience du marasme ambiant (lors d’une ronde, il se fait apostropher et insulter par les dealers, proxénétes et prostituées qui prennent possession des rues à la nuit tombée au détriment du bon citoyen) mais qui se refuse à l’inaction. Dans le tas, il y a toujours des individus qui méritent plus que les autres. Ce sont ces bons chrétiens sauvés d’un attentat à la bombe après qu’ils s’en soient remis à dieu face à la violence des événements ou encore ces écoliers à bord de leur bus scolaire car possiblement porteurs des espoirs de toute une nation. Pourtant, ce serait une erreur de glorifier outre-mesure la figure du héros campée de manière monolithique par un Chuck Norris en mission.

Vu en héraut de l’Amérique toujours prêt à défendre ses intérêts et ses ressortissants partout où sa toute puissance se trouve menacée, Chuck Norris développe ici un sens du patriotisme tout personnel. L’homme providentiel fait sa diva lorsqu’il préfère rester terré dans sa cabane au milieu des marais plutôt que de répondre à l’appel du drapeau, prétextant un désaccord sur le sort réservé à Rostov suite à son arrestation par ses soins. Il ne consent à intervenir qu’après avoir été attaqué et qu’un ami à lui en soit mort. Le sort de l’Amérique se retrouve donc suspendu à son ego écorché de justicier contrarié. La mort de John Eagle, son pote avec lequel il attrapait des crocodiles, n’est qu’une excuse visant à l’humaniser quelque peu. Mais cela tient du gimmick tant son personnage de Matt Hunter n’a aucune consistance. Il n’est qu’une machine à décaniller du terroriste avec comme armes de prédilection, deux pistolets mitrailleurs qui pendouillent de part et d’autre de son torse velu, toujours prêts à être dégainés. Un homme qui ne doute jamais – il n’a pas le temps pour ça -, qui triomphe toujours et qui effraie ses ennemis par son unique présence. Le mec est seul mais il fait peur à des hordes de terroristes armés jusqu’aux dents. Faut-il le préciser, la précision n’est par leur fort. Autant ils font des cartons lorsqu’il s’agit de dézinguer de l’innocent autant ils arrosent tous azimuts face à cet homme aussi déterminé qu’intrépide. Hunter n’a nul besoin de porter un gilet pare-balles ou de se protéger outre-mesure puisque les balles de ses adversaires semblent le craindre autant, si ce n’est plus, qu’eux. Matt Hunter n’a au fond rien d’humain et la manière dont il se débarrasse de Rostov le confirme. Il n’est qu’un ange exterminateur, un individualiste forcené à tendance misanthropique qui n’a que la violence comme moyen d’expression. Et pour bien confirmer que sa quête vengeresse l’emporte sur tout le reste, le film s’achève sur une image arrêtée de son visage de vainqueur. Comme si la paix retrouvé sur le sol des États-Unis importait moins que la paix intérieur de notre ex agent d’élite.

Invasion USA compte parmi les titres les plus emblématiques de la Cannon, de ceux qui ont fait sa réputation de studio généreux dans l’outrance, à l’image de l’interprétation d’un Richard Lynch déchaîné. Il compte aussi parmi les titres les plus populaires de la filmographie de Chuck Norris, celui où son personnage de justicier impassible et solitaire atteint son niveau le plus extrême. Et la version française le gratifie de deux répliques appelées à cultiver sa légende, assénées à deux malabars interrompant son interrogatoire d’un homme de main de Rostov (« Toi, tu te casses ou tu vas repartir avec la bite dans un tupperware. » et « Toi, tu commences à me baver sur les rouleaux. »). Deux répliques qui attestent du peu de sérieux avec lequel ce film a été reçu. Et il valait d’ailleurs mieux le prendre pour une vaste blague, de celle qu’on se raconte le lendemain à la machine à café.



