Histoires fantastiques 2-16 : Chien de salon – Brad Bird
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Amazing Stories. Saison 2, épisode 16.Family dog. 1987.Origine : États-Unis
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Pas facile la vie de toutou. Le chien des Binford a bien du mal à trouver sa place. Quand il n’est pas pris en chasse à travers toute la maison par le gamin de la famille, il sert de parfait bous-émissaire au père lorsqu’il lâche nonchalamment quelques caisses devant le match de football américain qui passe à la télévision. Avec les femmes de la famille, ce n’est guère mieux. La mère insiste pour qu’il avale d’infâmes pâtés lorsque la fillette, un peu trop brusque lorsqu’elle l’intègre à ses jeux, se sent menacée alors qu’il ne cherche qu’à marquer sa désaprobation. Et le pire intervient lorsque deux voleurs jettent leur dévolu sur la maison qu’ils dévalisent à plusieurs reprises sans qu’il ne puisse les en empêcher.

L’air de rien, ce 16e épisode d’une deuxième saison globalement décevante offre une bouffée d’air frais inattendue en proposant rien de moins qu’un dessin-animé tendance cartoon. Une incongruité qui n’en est pas tellement une quand on connaît l’intérêt de Steven Spielberg pour tous les genres. Dès 1986, il produit via sa société Amblin Fievel et le nouveau monde de Don Bluth. Suivront, toujours durant les années 80, Qui veut la peau de Roger Rabbit ? et Le Petit dinosaure et la vallée des merveilles. Et au début des années 90, il ira jusqu’à associer son nom à la série d’animation Les Animaniacs. Toutefois, l’information la plus importante tient à l’identité du réalisateur, alors totalement inconnu et pour cause puisqu’il s’agissait de sa première réalisation. Son nom ? Brad Bird, l’homme derrière Le Géant de fer, Les Indestructibles ou encore Ratatouille et qui s’essayera par la suite aux blockbusters en réalisant notamment Mission impossible : Protocole fantôme, la quatrième mission du super agent Ethan Hunt. Dans le cadre de la série Histoires fantastiques, il ne sort pas de nulle part puisqu’il avait participé à l’écriture de La Météorite, un épisode diffusé lors de la première saison et pour lequel il incarne un scientifique. Toujours suivant cette logique d’offrir des opportunités à des talents prometteurs, il obtient cette fois carte blanche pour mettre en scène un script qu’il a lui-même écrit. Et il s’offre au passage le rôle du gentil toutou, tout en grognements agressifs après une bonne moitié d’épisode à tout subir en silence.

Chien de salon se découpe en trois parties distinctes avec en fil rouge la difficile cohabitation du brave toutou avec ses maîtres. En guise d’amuse-bouche, une course-poursuite bien dans la tradition du cartoon entre le fiston dépité à l’idée de passer l’aspirateur dans la jungle de moquette qui recouvre l’essentiel des sols de la maison et le chien qu’il prend pour cible. Une course-poursuite plutôt sage ou rien ne sera cassé – le petit Billy, pas téméraire pour un sou, craignant de se faire gronder – et à laquelle le chien coupera court par la ruse. En entrée, une petite plongée rétrospective dans l’album de famille où le chien, encore chiot, fait ses premières bêtises. Et en guise de plat principal, le rude combat entre notre brave toutou sommé par son maître de protéger la maison en leur absence et un duo de cambrioleurs récidivistes. C’est cette troisième partie qui fait preuve de plus d’inventivité, convoquant au détour de l’envoi du chien dans un centre de dressage toute une imagerie de l’horreur gothique. L’immense enceinte et le bâtiment qui composent l’établissement de madame Lestrange s’apparentent à ces châteaux lugubres qui effraient rien qu’à leur apparence. Et ce qui se cache à l’intérieur s’avère encore plus terrifiant. Plutôt que de dressage, il faudrait parler de reconditionnement, la propriétaire des lieux transformant d’adorables bestioles en bêtes hargneuses et féroces. Pour blâmables que soient ses méthodes, elles ne font que répondre à des attentes de propriétaires qui font de leur rapport avec leurs compagnons canins un échange de réciprocité. En résumé, le gîte et le couvert contre du gardiennage. Et cela, quelque soit la taille dudit toutou. Skip Binford ne conçoit qu’un lien de subordination de son chien envers lui, ne lui prodiguant aucun signe d’affection, pas même le nourir. Pensez donc, ça, cela entre dans les attributions de madame son épouse qui se doit d’être entièrement dévouée à la bonne tenue de la maison et aux taches nourricières. A travers les mésaventures du chien des Binford, Brad Bird brocarde gentiment l’American Way of Life, chacun dans la maisonnée jouant un rôle auquel il aimerait bien pouvoir échapper.

Chien de salon a eu pour Brad Bird valeur de carte de visite. Après la réalisation de deux épisodes pour Les Simpson, il reviendra à la famille Binford et à son chien en déclinant cet essai en une série de 10 épisodes en 1993. Pour ses débuts, la simplicité du dessin jusqu’à ses incongruités (la truffe du chien désolidarisée du reste de son museau) le dispute en une animation dynamique axée sur le mouvement permanent. Le troisième segment se résume en une succession de péripéties dont la fuite du chien aux trousses des voleurs se retrouve relayée par des unes de presse rappelant que la frontière entre le bien et le mal est particulièrement ténue. A noter que Tim Burton a aussi travaillé sur cet épisode en qualité de concepteur d’animation.



