Les Boys de la compagnie C – Sidney J. Furie
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The Boys in Company C. 1978.Origine : États-Unis/Hong Kong
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Le 27 août 1967, le camp d’entraînement militaire de San Diego accueille une nouvelle vague de jeunes individus en vue de rejoindre le contingent des troupes américaines au Vietnam. Parmi eux, Tyrone Washington, Billy Ray Pike, Alvin Foster, Vinnie Fazio et Dave Bisbee, tous issus de milieux et d’horizons différents, doivent apprendre à cohabiter au sein de la compagnie C en suivant un entraînement intensif. En janvier 1968, forts de leur formation et emplis de certitudes, ils débarquent au Vietnam. Démarre alors pour eux le triste quotidien de la guerre, des missions aux enjeux incertains mais à la dangerosité permanente. Petit à petit, cette bleusaille conditionnée au pays commence à ouvrir les yeux sur les réalités du conflit. Et avec cette prise de conscience, c’est un peu de leur libre arbitre qu’ils retrouvent.

Moins d’un an après la débandade américaine marquant la fin de la guerre du Vietnam suite à la chute de Saïgon le 30 avril 1975, Apocalypse Now entre en production. Réalisé par Francis Ford Coppola, considéré à l’époque comme le plus grand réalisateur en activité, le film est très attendu. Et l’attente se prolonge au-delà du raisonnable, le tournage prenant un retard monstre pour des raisons largement explicitées dans l’excellent documentaire Au coeur des ténèbres – l’apocalypse d’un metteur en scène de Fax Bahr, Eleanor Coppola et George Hickenlooper. Entretemps, d’autres films sur le sujet sont entrés en production et sortent avant le film de Coppola dont les célébrés Voyage au bout de l’enfer de Michael Cimino et Retour de Hal Ashby, mais aussi le plus méconnu Le Merdier de Ted Post avec tout de même Burt Lancaster en vedette. Toutefois, toutes ces productions sont devancées par Les Boys de la compagnie C, film coproduit par Raymond Chow, le président de la Golden Harvest, et signé par Sidney J. Furie dont le principal fait d’arme se nomme alors Ipcress, danger immédiat, un film d’espionnage d’une grande dureté avec Michael Caine sorti en 1965 et qui lui ouvre les portes de Hollywood. En convive délicat, il démarre par le western L’Homme de la sierra avec Marlon Brando, puis enchaîne les films et les genres sans trop d’éclats, même si son biopic Lady Sings the Blues sur la chanteuse de jazz Billie Holliday lui vaut cinq nomminations aux Oscars. Les Boys de la compagnie C s’inscrit pleinement dans cet éclectisme affiché. Un film que personne n’attendait et que finalement peu de gens ont vu. En France, il n’aura même pas eu droit à une sortie en salles. Pourtant à sa manière, il marque un tournant. Loin du film de propagande qu’était Les Bérets verts de Ray Kellogg et John Wayne, Les Boys de la compagnie C souhaite montrer cette guerre du Vietnam dans toute son absurdité en collant au plus près d’un contingent de jeunes appelés. Et il ose se confronter à l’imagerie du champ de bataille après une décennie où cette guerre, trustant déjà abondamment les écrans de télévisions, n’était plus évoquée que par des voies détournées (M*A*S*H, Soldat bleu, Taxi Driver…).

Pour cette immersion dans la guerre du Vietnam, Sidney J. Furie opte pour une forme didactique et anti spectaculaire. Les divers accrochages qui émaillent le film sont vécus exclusivement du côté des GI’s et désamorcent toute forme d’héroïsme. L’ennemi nous est présenté comme insaisissable, toujours à la manoeuvre et finalement quasiment invisible. La présence nord-vietnamienne se résume à quelques silhouettes qu’on aperçoit au loin, mais surtout à leur capacité à frapper partout, tout le temps. Les soldats du FLN mettent leurs homologues américains dans un état de stress permanent, à tel point que les erreurs de jugement et les dommages collatéraux sont nombreux. Il y a un sentiment de panique palpable à chacun des assauts, lesquels s’avèrent aussi brefs que meurtriers. Cette réalité là, les membres de la compagnie C y sont confrontés dès leur débarquement, plongés dans une guerre d’usure. Ils vont devoir prendre le train en marche avec la rapide conviction que rien ne pouvait vraiment les préparer à ça. L’entame du film dans le camp d’entraînement n’en paraît que plus dérisoire. S’attacher à cette bleusaille pendant ses premiers pas sous les drapeaux participe bien évidemment de la dramaturgie la plus élémentaire. Il convient de s’attacher à quelques individus pour mieux faire ressentir par la suite les horreurs de la guerre dans leur tragique quotidienneté. Sidney J. Furie se concentre sur un panel de ces jeunes américains qui composent cette bleusaille, laquelle est confrontée sans ambages à une autorité volontairement humiliante et vociférante. Entre les mains des sergents instructeurs, ils ne sont plus que des enfants sommés de faire ce qu’on leur dit de faire dès qu’on le leur demande. Ce qui n’empêche pas l’insubordination bien que celle-ci soit vouée à l’échec. Dans l’armée, rien ne se perd, tout se paie. A terme, cette instruction vise à faire de ces jeunes hommes un groupe soudé qui place le collectif avant l’individu. Des cinq recrues que le film suit plus spécifiquement, Tyrone Washington se détache aisément par ses aptitudes physiques mais aussi par son individualisme forcené et son mauvais caractère. Par l’entremise du Sergent Loyce qui le convainct de mettre ses qualités naturelles au service du collectif, il est celui sur lequel l’instruction militaire va avoir le plus d’impact. Sans renier qui il est fondamentalement, il ne cherche par exemple pas à copiner avec ses camarades, il amorce sa métamorphose en finissant par accepter le poids de ses responsabilités et à s’affirmer comme un leader. Il devient alors un relai efficace entre les galonnés et les simples soldats. Un rôle qui peut le mettre en porte-à-faux, notamment lors du match amical de football organisé contre l’équipe sud-vietnamienne des Dragons, mais qu’il assume au mieux en restant à l’écoute de ses compagnons d’armes et, surtout, fidèle à ses valeurs.

Ce match de football et son déroulement prend valeur de métaphore. Les joueurs/soldats se retrouvent ballotés au grés de consignes contradictoires afin de servir des intérêts qui leur échappent. Et le chaos par lequel se conclut le match montre toute la portée dérisoire d’une telle tambouille politicienne. La position de Sidney J. Furie est limpide. Avec son film, il ambitionne de solder les comptes d’une guerre qui s’est achevée par un cinglant camouflet pour la toute puissante Amérique. Ces quelques mois au côté de la compagnie C au début de l’année 1968, période où le contingent de soldats américains a atteint son pic avec 550000 hommes, lui permettent d’ausculter les raisons de la débâcle. Et celles-ci sont multiples, à commencer par la méconnaissance du terrain, de l’ennemi et d’un commandement souvent inefficace et irresponsable. Entre ce convoi chargé de victuailles, d’alcool et de mobiliers pour l’anniversaire d’un Général qualifié de mission prioritaire ou cet assaut d’une colline abritant prétendument un camp vietcong alors qu’il n’en est rien, les soldats de la compagnie C participent à des opérations aussi dangereuses qu’improductives. Des opérations lourdes sur le plan logistique et dont les résultats quasi nuls tendent à saper le moral des troupes. Voire à les faire dérailler pour se conformer au discours productiviste de leurs supérieurs. Le haut commandement exige des différentes compagnies d’avoir un haut rendement, autrement dit de tuer le maximum d’ennemis à chacune de leurs sorties. Une quête de productivité qui amène à des scènes improbables. Dépité par l’erreur manifeste des services de renseignements, le Lieutenant Archer fait malgré tout tomber les bombes sur le flanc de colline désert où devaient se trouver les troupes ennemies. Une manière de justifier leur mission en offrant du prestige à sa compagnie en gonflant artificiellement la colonne de leurs succès. A l’opposé de cet épisode absurde, cette vision productiviste de la guerre entraîne des crimes de guerre, d’innocents villageois se faisant exécuter sur la seule foi de leur culpabilité supposée. Les soldats ne restent pas silencieux face à ces injustices même s’ils n’ont d’autres choix que de rentrer dans le rang. Les quelques voix dissidentes (principalement Bisbee qui dès le départ cherchait à éviter la conscription et met un point d’honneur à ne tirer aucun coup de feu) sont rapidement mises au rencart. Sidney J. Furie nous montre des soldats hermétiques à l’endoctrinement, employé dès le camp d’entraînement, et capables, si ce n’est d’exercer leur libre-arbitre par la désertion ou l’insubordination, d’émettre un avis contraire voire critique. Cependant, il reste difficile d’échapper à la guerre et à ses combats et même les plus farouchement opposés à ce conflit (Bisbee, encore une fois) finissent par céder à la violence environnante. Ces hommes restent tenus pour la plupart par l’idée du devoir à accomplir en attendant le terme de leur période de service. Faire le dos rond et essayer de passer entre les balles, tel était leur mantra.

Le carton de fin vient jeter un froid quant aux espoirs d’un possible retour au pays. Sidney J. Furie signe un film aussi factuel qu’impersonnel sur une guerre qui entamait tout juste sa mue au sein du paysage médiatique. Le grand écran allait pleinement s’en emparer avec davantage d’emphase et de scènes devenues cultes par la grâce de réalisateurs qui avaient une vision (la partie de roulette russe de Voyage au bout de l’enfer, l’attaque du village au son de la chevauchée des Walkyries de Apocalypse Now). Pour sa part, Sidney J. Furie semble avoir davantage eu le souci de l’exhaustivité tout en se gardant bien de traiter de la société vietnamienne. Son sujet se limite aux jeunes GI’s contre lesquels l’opinion publique avait fini par se retourner au gré des exactions commises par l’armée américaine. Dans Les Boys de la compagnie C, le coupable est à chercher au sein du haut commandement, les soldats ne faisant que ce pour quoi on les avait envoyés, sans zèle ni passion.



