Échange avec Troy Wagner et Joseph Delage (Marble Hornets, Marble Hornets: Rosswood)
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Œuvre fondatrice pour toute une génération d’amateurs d’horreur en ligne, Marble Hornets continue d’exercer une influence majeure sur le found footage contemporain. Plus de 10 ans après la fin de la série, Troy Wagner et Joseph Delage ont renoué avec cet univers à travers un projet inédit, Marble Hornets: Rosswood. À l’occasion de leur venue au festival « On Vous Ment ! » à Lyon (du 5 au 10 mai 2026), les deux créateurs reviennent sur l’univers de la création indépendante et l’évolution du found footage. |
Vous êtes ici, à Lyon, pour présenter Marble Hornets : Rosswood, un de vos projets les plus récents, dans le cadre du festival « On Vous Ment ! ». Pourriez-vous nous présenter cette œuvre ?
Troy Wagner : Marble Hornets: Rosswood est une suite spirituelle à notre web-série Marble Hornets, 15 ans plus tard, mais placée dans une sorte d’univers alternatif où il n’est rien arrivé aux deux protagonistes. Nous avons donc pu faire vieillir ces personnages et imaginer ce qu’ils feraient à cette autre époque de leur vie… même si ça finit de toute façon par tourner mal pour eux.
Joseph Delage : Au niveau de l’écriture, nous voulions conserver une ambiance similaire à la série originale. Nous avons vraiment pensé ce projet comme une lettre d’amour pour Marble Hornets, qui compte énormément pour nous. Nous voulions donc que cette nouvelle œuvre soit neuve, rafraîchissante, et en même temps familière pour les fans. Je pense que nous avons vraiment réussi notre coup sur ce point.
TW : Nous avons d’ailleurs placé plein de références à la série originale, et c’était très amusant de trouver où placer tous ces petits clins d’œil.
Aujourd’hui, cela fait plus de 10 ans depuis la diffusion du dernier épisode de Marble Hornets sur YouTube. Comment décririez-vous votre trajectoire artistique depuis ?
JD : Personnellement, je me suis complètement éloigné du cinéma pour poursuivre mon premier amour, la musique – je suis trompettiste classique à la base – et cela a beaucoup influencé ma façon d’aborder Rosswood, que ce soit au niveau de la narration ou de mon jeu d’acteur. J’étais beaucoup plus à l’aise pour incarner un personnage qu’à l’époque de Marble Hornets, car nous n’étions quasiment pas formés au métier d’acteur. Je pense qu’il y a eu un raffinement de notre jeu et une maturation de notre façon de penser la narration au fil des années.

TW : De mon côté, depuis la fin de Marble Hornets, j’ai touché à quelques autres projets en solo, mais je n’ai jamais pu faire de suite à notre série moi-même. Cela n’aurait juste pas été pareil. J’ai quand même continué à créer des œuvres, mais sans m’en rendre compte, le style de Marble Hornets me manquait de plus en plus. Et lorsque nous sommes retournés sur les lieux de la série avec Joseph pour Rosswood, ça nous a fait un bien fou de recommencer un projet comme ça, de reprendre le coup de main.
Il n’y a pas vraiment eu de période d’adaptation, c’était comme si nous avions repris exactement là où nous nous étions arrêtés.
Quand on parle de found footage au sens large, la plupart des gens citent Le Projet Blair Witch comme l’un des pères fondateurs de ce sous-genre. Mais pour ce qui est de la popularisation du found footage sur le net, c’est Marble Hornets qui est très souvent cité comme pierre angulaire de ce mouvement. Qu’est-ce que cela vous fait d’être au centre de tout ça ?
JD : Je ne sais pas si j’arrive à croire que l’on soit vraiment au centre de tout ça, ça me semble tellement irréel ! *il rit*
TW : Je n’y pense pas vraiment, pour être honnête. Souvent, les gens viennent nous voir et nous disent que nous sommes ceux qui avons lancé tout ça, que nous avons popularisé le found footage… mais je pense que nous avons juste été au centre d’une transition, nous n’avons rien lancé à proprement parler. Nous avons plutôt fait partie d’une sorte de raffinement, d’une certaine façon.
JD : Nous l’avons dit plusieurs fois lors de ce festival, mais le fait d’être ici et de voir autant de créateurs incroyables venir nous voir pour nous dire à quel point nous les avons inspirés… C’est difficile à nier quand ils viennent nous le dire en face, mais d’une certaine façon, ça nous rend très humbles, et c’est particulièrement agréable à entendre. Créer un tel lien avec quelqu’un, c’est ce qu’il y a de plus important pour un artiste, et si cette personne utilise cette connexion pour créer quelque chose de plus grand après, je crois qu’il n’y pas meilleur compliment. Nous sommes vraiment très reconnaissants de pouvoir inspirer autant de gens.
Comment décririez-vous l’évolution du found footage sur Internet au fil des années ?
JD : C’est une excellente question. Énormément d’œuvres en found footage tendent naturellement vers l’horreur, et… *il soupire en souriant* Malheureusement, je suis quelqu’un de très peureux.
TW : *Il rit* En gros, c’est un vrai bébé pour ce genre de choses.
JD : J’ai très facilement peur, donc fatalement je n’en regarde pas beaucoup, mais je reste relativement informé sur tout ça. À mesure que la technologie s’est améliorée et démocratisée, de plus en plus de gens peuvent s’en servir pour raconter leurs histoires, ce qui est clairement une bonne chose. Mais toi, Troy, tu es probablement plus calé sur tout ça que moi !

TW : C’est fou parce que, aujourd’hui, je me sens presque vieux d’une certaine façon. Tellement de gens créent des choses sur TikTok aujourd’hui ! À chaque fois qu’il y a une nouvelle façon d’interagir en ligne, c’est comme si quelqu’un allait trouver un moyen d’en tirer partie pour faire du found footage ou de l’horreur. Je l’ai mentionné ce 9 mai lors de la table ronde, mais je viens tout juste de lire un livre, Strange Pictures de l’auteur japonais Uketsu, qui est essentiellement une sorte de « found book ». Le concept est de partir de photos trouvées et de démêler les histoires étranges qu’elles racontent, et c’est vraiment génial. La Maison des feuilles fonctionne un peu comme ça aussi. Le found footage peut prendre toutes ces formes, ce qui en fait un genre particulièrement flexible.
Diriez-vous que le found footage est un bon moyen pour les jeunes cinéastes de se lancer ?
TW : Oh, absolument ! D’ailleurs, Butterfly Kisses d’Erik Kristopher Myers, que nous sommes aussi venus présenter à Lyon, mentionne que beaucoup commencent par ça, car c’est un domaine très accessible. Beaucoup de gens me demandent souvent quelle caméra ils devraient utiliser, et la réponse, c’est toujours « celle qui est dans vos moyens ». Même un smartphone fait parfaitement l’affaire, ce n’est pas la qualité ou le prix de la caméra qui compte, et ce n’est pas ça qui fait un bon film. Cette flexibilité offerte par le found footage permet de se concentrer sur l’histoire que l’on veut raconter, plutôt que de se soucier du budget ou du matériel.
JD : Comme je l’ai dit, l’un des aspects les plus importants est de créer un lien avec son public. Pour faire ça, il faut évidemment raconter son histoire, et l’accessibilité du found footage est un excellent moyen d’atteindre cet objectif. Cela pose aussi des contraintes narratives très intéressantes, car c’est un médium limité en termes de perspective. Par exemple, même si ça doit être possible de l’intégrer d’une certaine façon, il n’y a en général pas d’observateur omniscient dans le found footage. Toutes ces limites permettent d’exercer ses muscles narratifs d’une façon assez inédite et très plaisante pour l’audiovisuel.
TW : Le plus difficile est toujours d’expliquer pourquoi la caméra est là. Il faut le justifier et la traiter comme un personnage à part entière, je n’arrive même pas à imaginer une seule œuvre en found footage qui puisse exister sans cette caractéristique fondamentale.
JD : C’est l’un des côtés les plus captivants du found footage : ce n’est pas seulement la caméra qui est un personnage, le public aussi en est un. La portée limitée offerte à l’audience construit un engagement particulièrement fort, ce qui est probablement la facette la plus importante de l’art de ce sous-genre.
Le found footage offre-t-il une liberté créative inégalée ?
JD : Je ne pense pas qu’on puisse dire avec une confiance absolue que la liberté créative est inégalée par rapport à tous les autres genres, mais je pense que c’est différent sur beaucoup d’aspects. D’une façon, je pense que cela comble un besoin créatif qui ne pourrait pas être assouvi par d’autres genres chez beaucoup de créateurs, et c’est un peu pareil pour le public.
Il y a quelque chose de vraiment magique dans le fait de briser cette barrière entre l’art et le public, et le found footage excelle dans ce domaine.
TW : C’est un procédé plus intime que de créer une œuvre avec un quatrième mur, le found footage oblitère ce concept.
JD : Par contre, je n’oserais pas dire que le found footage réussit mieux cette idée, car c’est incomparable, à bien des égards.
Dans ce cas, oseriez-vous dire que c’est le sous-genre le plus immersif du cinéma ?
JD : Ce serait compliqué pour nous de dire maintenant que non, après avoir parlé « d’oblitération du quatrième mur ». *il rit*
TW : Comme je l’ai dit juste avant, c’est très intime comme façon de faire, et je pense que ça se prête bien à l’horreur pour cette raison. Les films d’horreur traditionnels ont en général du mal à mettre le public dans la peau des personnages, mais c’est quelque chose que le found footage réussit avec beaucoup de facilité : quand le public regarde le film, c’est presque comme s’il tenait la caméra.
Si la série originale de Marble Hornets sortait aujourd’hui, comment pensez-vous qu’elle serait reçue ?
JD : Plutôt bien j’espère, de façon similaire à Rosswood. La série possède un rythme lent comparé aux œuvres d’aujourd’hui, et je comprends que certains ont besoin de plus d’intensité, mais je ne vais pas faire d’amalgame en prétendant que la génération actuelle n’a plus aucune capacité d’attention. Ce ne serait pas juste.
TW : Les anciennes générations disaient ça de nous aussi, après tout.
JD : Je pense que si vous avez une histoire captivante à raconter, vous trouverez toujours un public, et vu la longévité de Marble Hornets, je pense que nous avons réussi sur ce coup-là. Aujourd’hui, ce serait sans doute beaucoup plus dur pour nous de poser les bases pour les fans, simplement à cause du fonctionnement actuel des algorithmes de YouTube.
TW : Il n’y avait même pas vraiment d’algorithme à l’époque, c’était principalement du bouche-à-oreille, ou alors cet algorithme était mieux caché. Mais si on suppose que le public est déjà là, j’espère que ce serait aussi bien accueilli si ça sortait aujourd’hui.
JD : Et quand des fans viennent nous voir, nous avons constamment des gens nous disant « oh, j’ai découvert tout ça aujourd’hui » ou il y a 3 ans, ou bien nous parlant d’où ils se trouvaient quand ils ont commencé à regarder… Je fais un peu dans l’auto-indulgence, mais je pense qu’il y a des moments-clés de l’histoire qui sont assez intemporels.
Auriez-vous fait certaines choses différemment ?
JD : On nous pose souvent cette question, et c’est plus facile de répondre parce que nous l’avons fait maintenant, avec Rosswood !
TW : L’essentiel, c’est que nous sommes mieux préparés aujourd’hui, et nous avons une petite équipe d’à peu près trois personnes avec nous. Ce n’est pas grand-chose, mais comparé à ce que nous avions pour la série originale, ça fait vraiment toute la différence. Nous écrivons également tout en avance, plutôt que d’improviser sur place. À l’époque, nous étions plus à l’aise avec l’idée d’être imprudents et spontanés.

JD : Narrativement, je ne pense pas que je voudrais changer grand-chose, car je pense qu’une partie du charme de Marble Hornets vient de son amateurisme. Quelque part, ça lui donne un peu plus de crédibilité, mais j’aurais aimé que l’on soit mieux préparés.
Pensez-vous qu’Internet est un bon endroit pour lancer ce genre de projet ?
TW : Je ne dirais pas qu’Internet est un « bon » endroit au sens large, mais pour Marble Hornets, ça a clairement changé la donne. Les plateformes de financement participatif ont explosé ces dernières années, ce qui a permis de ne plus forcément dépendre de gros studios. Tu peux directement montrer ton travail aux gens et leur demander leur soutien s’ils apprécient ce qu’ils voient. Pour cette raison, c’est bien plus pratique aujourd’hui.
JD : Je pense que c’est aussi pour ça que le tandem Internet-found footage fonctionne aussi bien : nous parlions déjà de l’accessibilité de ce sous-genre pour les nouveaux créateurs, mais là, avec les plateformes de financement participatif, n’importe qui peut se lancer dans cet univers, il suffit juste d’avoir une connexion Internet.
D’un autre côté, je suis sûr qu’Internet a apporté son lot de défis…
JD : Évidemment, cette proximité avec le public s’accompagne aussi de soucis liés aux relations parasociales. Cela dit, la plupart du temps, nos fans ont toujours été fantastiques et particulièrement respectueux à cet égard. Aujourd’hui, je pense que le plus grand défi pour les créateurs en ligne, c’est de ne pas se faire enterrer par les algorithmes. En uploadant pour la première fois depuis longtemps un projet estampillé Marble Hornets sur une chaîne déjà installée sur la plateforme, nous avons profité d’un réel avantage. Je ne peux même pas imaginer ce que ça aurait donné si nous avions dû repartir de zéro.
TW : Si, pour une raison quelconque, nous avions choisi de le mettre en ligne sur une chaîne à part, plutôt que sur notre chaîne principale, nous n’aurions clairement pas fait les mêmes chiffres.
JD : Cela me rappelle que lorsque nous étions présents à des conventions, il y a à peu près 10 ans, les gens nous demandaient tout le temps comment créer et réussir sur Internet, et notre réponse était toujours : « il faut redéfinir votre idée du succès ». Si votre objectif est de gagner un million de dollars ou de faire 10 millions de vues, vous n’aurez probablement pas de succès. Mais si votre objectif est de créer quelque chose dont vous êtes fier, c’est bien plus facile d’être satisfait.
Quelle place occupe le found footage aujourd’hui, sur Internet ?
TW : Je dirais la même place qu’il a toujours occupée. Aujourd’hui, le genre peut prendre plein de formes différentes, grâce à la multiplication des plateformes comme TikTok ou le streaming sur YouTube, mais dans un sens, c’est aussi devenu plus difficile.
JD : Je ne pense pas que le lieu en lui-même ait tellement changé, c’est toujours Internet. Je pense que les gens qui cherchent ce genre de créations vont toujours trouver leur bonheur aux mêmes endroits, et cela continuera à parler aux mêmes personnes. Dans un paysage créatif en perpétuelle évolution, c’est réconfortant de trouver cette stabilité.
Et côté industrie du cinéma, comment ce sous-genre est-il traité, aujourd’hui ?
TW : Il y a eu une période où c’était comme s’il n’y en avait jamais assez ! *rires* Maintenant que j’y pense, c’est fou que, malgré le succès de Blair Witch, il n’a jamais vraiment été copié. Il a bien eu droit à une suite, mais ce n’était pas en found footage.
JD : Honnêtement, quand un premier succès est aussi parfaitement réussi, comment faire pour réaliser une suite à la hauteur ? Quelques années plus tard, Paranormal Activity est sorti, et après ça n’arrêtait plus, ça a été pressé comme un citron pendant plusieurs années. Pour ce qui est de ce sous-genre en lui-même, j’y reviens encore, mais son accessibilité lui donne une image assez « amateur », comme si c’était impossible d’en faire des œuvres vraiment captivantes. Mais le found footage a explosé en popularité au final. C’est redescendu avec le temps, mais ce n’est pas impossible que ce genre de phénomène se reproduise.
Est-ce que ce sous-genre est vraiment passé de mode, ou est-ce qu’il assume juste de plus en plus sa nature underground ?
JD : Pour être honnête, ça a toujours été un sous-genre très « niche ». Aussi captivant que puisse être le found footage à nos yeux et à ceux de beaucoup de monde, je ne pense pas que ça parle vraiment à tout le monde, et ce n’est pas grave ! Je ne saurais pas dire si ce n’est plus à la mode, mais il y a toujours une sorte de courant caché et régulier d’œuvres en found footage qui continuent à sortir.
TW : Ce n’est clairement plus à la mode si on le regarde sous le prisme du très grand public, mais ça ne disparaîtra jamais vraiment.
Avec la montée fulgurante de l’IA générative dans l’industrie du cinéma, pensez-vous que l’authenticité presque pure du found footage pourrait se muer en une forme de contestation artistique ?
TW : Déjà, nous sommes à 100% contre l’IA.
JD : Oui, si vous utilisez des images ou des séquences générées par IA dans votre travail, je ne pense pas que vous soyez un artiste, vous êtes une imposture. Je ne vais pas être gentil, mais je pense que, pour un artiste, ça ne suffit pas d’être neutre sur cette question en public et contre en privé. Il faut faire entendre sa voix et s’élever contre ces pratiques. Je ne pense pas que le « machine-learning » soit mauvais dans certains domaines, mais l’IA générative qui élimine tout le processus créatif pour recracher de la bouillie ? C’est juste de l’imitation. Sans donner de nom, je suis tombé il y a peu sur un créateur qui avait l’air de réaliser des choses intéressantes et puis, quand j’ai épluché ses réseaux, je suis tombé sur ses positions pro-IA. À cet instant, j’ai perdu tout intérêt pour son travail. De base, c’est compliqué pour moi de prendre quelqu’un au sérieux sur le plan artistique s’il hésite à ce sujet.
TW : Une IA peut peut-être sortir quelque chose de vaguement joli, mais ça n’aura jamais vraiment d’âme. C’est quelque chose que les entreprises d’IA sous-estiment largement, parce que le grand public le remarque la plupart du temps. Et pas seulement au niveau des images, les contenus écrits par une IA crèvent les yeux de la même manière, c’est comme une coquille vide, c’est… ah, je déteste tellement ça ! *rires*

JD : Désolé, c’est un sujet sensible pour nous ! Nous sommes des consommateurs d’art et d’histoires, mais nous ne le sommes pas que pour nous divertir. Nous voulons surtout découvrir ce qu’un créateur veut nous dire et nous transmettre, et si vous créez en passant par le raccourci de l’IA, vous n’avez simplement rien à dire. Le contenu généré par IA est fondamentalement faux et vide de sens.
TW : En comparaison, l’idée même du found footage est de vouloir créer quelque chose qui fasse crédible et authentique, tout le contraire du contenu généré par IA.
JD : En plus, les créateurs de found footage ont toujours été dans une sorte de mouvance « punk », à contre-courant. Quoi de mieux que de choisir cette voie artistique pour protester contre les bouillies d’IA qui nous sont servies de force ?
Donc oui, je pense que le found footage peut complètement être utilisé à cet égard.
Avez-vous des œuvres en found footage que vous aimeriez recommander ?
TW : Butterfly Kisses en est un bon exemple. J’ai vraiment beaucoup aimé ce film, mais malheureusement, nous ne l’avons découvert qu’après le décès de son réalisateur, en 2021.
JD : Mais continuer d’apprécier et de partager l’art de quelqu’un est une excellente manière d’entretenir sa mémoire.
TW : C’est une sorte de satire du found footage, il se moque un peu du genre, mais ça reste une très bonne expérience. C’est très bien écrit, et au fil du film, ça gagne en profondeur en devenant un documentaire sur un documentaire, lui-même traitant d’un documentaire… c’est vraiment très divertissant. En termes de contenus nés sur Internet, j’aime toujours beaucoup citer la web-série Petscop. Je n’ai pas vraiment l’habitude de regarder beaucoup de found footage, mais cette série m’a tout de suite happé. Local 58 aussi est absolument génial.
JD : Il y a aussi cette série, je crois que son nom c’est Marble Hornets ? *rires* Plus sérieusement, comme je l’ai dit plus tôt, je supporte assez mal l’horreur, mais pour ce qui est du faux documentaire ou du found footage qui s’éloigne de ce genre, j’ai vu il y a peu Nirvanna the Band the Show the Movie. C’était une des meilleures expériences que j’ai pu avoir dans une salle de cinéma. Je ne savais même pas que c’était une web-série avant ça, donc maintenant j’ai tout un autre terrier de lapin dans lequel plonger !
Pour finir, avez-vous des projets futurs dont vous aimeriez nous parler ?
JD : Pas immédiatement, mais après tout, Rosswood est sorti de nulle part. On ne sait jamais quand l’inspiration va frapper, et nous avons prouvé que nous travaillons encore bien ensemble, donc qui sait ? C’est d’autant plus facile d’être inspiré dans un endroit tel que la France, tous les gens que nous avons rencontrés ici ont été formidables. Travailler sur Rosswood m’a fait réaliser à quel point la réalisation audiovisuelle me manquait.
TW : C’était vraiment très amusant. Stressant, mais amusant.

Propos recueillis par Paul-Alexandre Muller


