Histoires fantastiques 2-17 : Sacré Gershwin – Paul Bartel
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Amazing Stories. Saison 2, épisode 17.Gershwin’s Trunk. 1987.Origine : États-Unis
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Jo-Jo Gillespie joue gros. Séparé de son compère de toujours Jerry Lane depuis 6 mois, il travaille d’arrache-pied à sa première comédie musicale en solo. Sauf que l’inspiration vient à lui manquer. Il n’arrive à rien et son employeur le presse de plus en plus afin qu’il lui fasse écouter ses compositions. Aux abois, il décide d’aller consulter une voyante qui lui permet d’entrer en contact avec George Gershwin en personne, lequel ne se fait pas prier pour jouer à Jo-Jo des morceaux inédits. Sans scrupules, il les reprend à son compte et comble d’aise son employeur. Sauf que le pianiste du spectacle flaire l’entourloupe, sentant que Jo-Jo ne peut pas en être l’auteur. Un soir, il se rend chez lui pour le confronter. Particulièrement tendu, Jo-Jo réagit de manière trop impulsive à ses accusations de plagiat et le tue d’un coup de chandelier bien placé. Il pense s’être tiré d’affaire après s’être débarrassé du corps mais un inspecteur de police l’a surpris et se rend chez lui afin de l’inculper.

Parmi la myriade de réalisateurs passés entre les mains de Roger Corman, Paul Bartel n’est ni le plus connu ni le moins singulier. Son film le plus emblématique, La Course à la mort de l’an 2000, doit en grande partie sa notoriété à la présence de Sylvester Stallone, un an avant que Rocky ne le propulse au firmament de Hollywood. Il aurait pu s’imaginer une carrière à la Joe Dante mais à la différence de son congénère, il ne connaîtra jamais la sensation du succès. Ce qui ne l’empêche pas de mener sa petite carrière en véritable touche-à-tout. Si il aime réaliser, il ne rechigne pas non plus à jouer la comédie, même si en tant qu’acteur, sa carrière se résume essentiellement à des petits rôles. Présent sur la série Histoires fantastiques dès sa première saison, il a l’opportunité avec Le Cinéma secret de mettre en images son propre scénario, tiré de son premier court-métrage au titre éponyme, tout en jouant un petit rôle dedans et en laissant une large place à son égérie Mary Woronov. Fort de toutes ces libertés, Paul Bartel aurait eu mauvaise grâce de refuser de remettre le couvert pour cette deuxième saison. D’autant qu’il se trouvait dans le creux de la vague. Comme à son habitude, il s’octroie un rôle, en l’occurrence celui de l’inspecteur Watts, et fait preuve de son sens de la débrouille pour un tournage qui s’est intégralement effectué en studio. Le contexte diffère de sa précédente participation bien qu’il se déroule également dans le milieu du spectacle. Cette fois-ci, il s’intéresse à un compositeur de musique pour comédies musicales en pleine crise de créativité.

Ce syndrome de la page blanche se double d’une véritable crise existentielle. Jo-Jo Gillespie doit se confronter à ses choix, lui qui a décidé de mettre un terme à son duo pourtant couronné de succès avec son ex meilleur ami Jerry Lane. Il veut exister par lui-même mais se rend compte de la difficulté maintenant qu’il n’a plus cette émulation. Son ancien duo est un poids dont il ne parvient pas à se délester comme en atteste cette caricature des deux acolytes qui trône dans son salon mais aussi dans ce restaurant où Jerry et lui avaient coutume de se retrouver. Il y a là comme le symbole d’un deuil impossible, d’une incapacité à tourner totalement le dos à un passé pourtant révolu. Et cette incapacité à créer le rend irritable, au point de se mettre à dos sa fiancée Laurie qui préfère partir que de supporter ses humeurs. Un coup de sang qui se révélera être une vile astuce puisque comme le découvrira Jo-Jo, beaucoup de choses se tramaient dans son dos sans qu’il ne s’en rende compte. Dans ce constat, il est tout autant question de la solitude de l’artiste que de la naïveté de l’homme. Aveuglé par ses rêves de gloire, il n’a pas conscience de son existence étriquée et subordonnée à sa relation avec Jerry. Il vit dans son monde, persuadé de la justesse de ses choix jusqu’à l’excès. L’intrigue lui réserve une véritable descente aux enfers qui n’aurait pas dépareillé au sein des Contes de la crypte. A trop vouloir la jouer gagnant-gagnant, il finit lamentablement en perdant sur tous les tableaux. Cependant, il n’est pas le seul personnage à blâmer. Tous ont à des degrés variables des choses à se reprocher, de l’inspecteur de police corruptible à l’ancien partenaire manipulateur en passant pa la petite amie duplice. Ce qui fait de Sacré Gershwin un épisode assez unique puisque au-delà de la petitesse de ses personnages, l’élément fantastique n’apporte ni émerveillement ni vision spectaculaire. Il n’est ici que l’instrument de la médiocrité d’ hommes prêts à tout afin d’assouvir leurs rêves de gloire.

Avec ses faux airs de film noir, Sacré Gershwin se distingue aisément de la concurrence. Paul Bartel n’a pas son pareil pour rester lui-même en dépit du format familial imposé. Il s’amuse de ce monde du faux-semblant et des coups en douce dans une industrie en manque d’idées et aux modèles consensuels. S’appuyant sur une mise en scène maline et ludique ainsi que sur l’abattage de Bob Balaban, parfait en pauvre type se rêvant génial, Sacré Gershwin offre en plus la surprise de retrouver Carrie Fisher pour une participation purement amicale.



