Double Team – Tsui Hark
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Double Team. 1997.Origine : États-Unis
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Ancien agent d’élite du contre-terrorisme, Jack Quinn coule désormais des jours heureux dans sa belle demeure du sud de la France en compagnie de Catherine, dont il attend un enfant. Mais on ne coupe jamais vraiment avec ce genre de travail. Aux abois, le directeur adjoint de la CIA vient le trouver pour l’inciter à reprendre du service afin de mettre une bonne fois pour toute Stavros, un bandit de la pire espèce, derrière les verrous. Après une courte nuit de réflexion, Jack accepte et s’envole pour Anvers où l’opération doit avoir lieu. Celle-ci se solde par un fiasco. Le parc d’attractions dans lequel devait s’effectuer la neutralisation du bandit se transforme en scène de guerre d’où Stavros parvient à s’enfuir, non sans avoir perdu son enfant dans l’affaire. Bien amoché, Jack Quinn a quant à lui la mauvaise surprise de se réveiller au Sanctuaire, camp top secret où se retrouvent exfiltrer les agents mis en échec. Déclaré mort, il n’a plus pour horizon que de contribuer bien sagement à l’analyse des données qu’on lui confie. Or convaincu que Stavros menace sa femme et son futur enfant, il va tenter l’impossible, s’évader.

Jean-Claude Van Damme ne s’en est jamais caché, son principal objectif en intégrant Hollywood était à terme d’occuper seul le trône de star du cinéma d’action, au nez et à la barbe des vieillissants Sylvester Stallone et Arnold Schwarzenegger. Un voeu pieu qu’il a cru caresser du doigt suite aux bons scores de Timecop qui resteront lettre morte. Il n’atteindra plus jamais de tels sommets par la suite et, comble de l’ironie, ne devra ses meilleurs scores au box office qu’à la faveur de ses collaborations avec les deux acteurs précités (Last Action Hero et Expendables 2 : Unité spéciale). Et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir tout essayé. Profitant de l’exode vers Hollywood de certains des meilleurs représentants du cinéma hong kongais à l’approche de la rétrocession, Jean-Claude Van Damme tournera successivement pour John Woo (Chasse à l’homme) et Ringo Lam (Risque maximum) sans que cela change quoi que ce soit à sa position au sein de l’industrie. Pire, John Woo rencontrera un meilleur succès avec son film suivant au casting 100% local, Broken Arrow. Néanmoins, Jean-Claude Van Damme a de la suite dans les idées. Tsui Hark comptant parmi ses réalisateurs préférés, il n’a eu de cesse de vouloir travailler avec lui, ce que la situation politique et économique de Hong Kong permet enfin. Venu à son tour aux États-Unis et désireux d’en profiter pour tourner son James Bond à lui, Tsui Hark finit par accèder à sa requête et se lance dans l’aventure. Détail amusant, l’intrigue du film se déroule intégralement en Europe, preuve que Jean-Claude Van Damme n’avait déjà plus vraiment sa place à Hollywood. Heureusement, il peut encore compter sur quelques soutiens indéfectibles comme Moshe Diamant. L’infatigable producteur, stakhanoviste du cinéma d’action, ne lâche pas un acteur qu’il suit depuis Double Impact, et avec lequel il ne cessera de travailler, assurant d’ailleurs la production de tous ses films réalisés par un réalisateur en provenance de Hong Kong ainsi que la seule et unique réalisation de la star, Le Grand tournoi.

Cette envie de faire son James Bond se révèle dès l’entame du film qui déroule une grosse scène d’action en guise de générique. Une course-poursuite mouvementée où, sans prononcer un mot (une voix off se charge de présenter la mission), Jack Quinn révèle des aptitudes somme toute loin de celles qu’on peut attendre d’un brillant agent du contre-terrorisme. Le bonhomme fonce dans le tas, faisant fi de son chargement explosif et des hommes qu’il a face à lui (militaires comme membres de la police nationale, même combat). Une tête brûlée qui fait bien de prendre sa retraite tant il ne laisse que misère et désolation derrière lui. Le Jack Quinn que le directeur adjoint de la CIA vient débaucher 3 ans plus tard, et qui inspire à Tsui Hark le meilleur plan du film illustrant le sans-gêne du costard-cravate, n’est plus le même homme. La paternité frappe à sa porte et l’agent spécial aspire désormais au calme et à la sérénité dans les bras de sa fiancée. Et si l’appel du devoir finit par l’emporter, son nouveau statut se rappelle au plus mauvais moment, lorsqu’il se rend compte que Stavros est aussi un papa comme les autres. La singularité du film tient à ce point précis qui sacrifie toute menace à l’ordre établi et de monde à sauver à de simples affaires familiales. Jack Quinn n’aspire qu’à récupérer sa femme et son fils lorsque Stavros cherche un remplaçant à son fils décédé. Toutefois, le premier reste plus enclin à l’inactivité que le second, dont les activités délictueuses ne souffrent d’aucun ralentissement. Le film n’hésite pas à jouer de l’aspect fatigué de ses deux vedettes. Bien que pas encore entré dans la quarantaine, Jean-Claude Van Damme subit le contrecoup de sa dépendance à la cocaïne. Il apparaît marqué et a souvent recours à une doublure lors des scènes d’action, bastons comprises. Plus âgé et ignoré des grands studios à cause de son caractère ingérable, Mickey Rourke arbore les stigmates des nombreuses interventions maxillo-faciales que sa brève carrière de boxeur à entraînées. Pour Double Team, il s’est efforcé de se forger un corps musculeux afin de paraître crédible lors de ses affrontements contre Van Damme. Hors ce ne sont pas ses scènes de combats qui retiennent l’attention, plutôt la propension du personnage à manier tout ce qui peut faire boum. C4, mines antipersonnel et surtout les grenades ont sa faveur. Lorsqu’il s’agit de sauver sa peau, Stavros ne recule devant aucune bassesse, allant jusqu’à déposer une grenade à côté d’un bébé dans son couffin. Par deux fois, Tsui Hark place un bébé au milieu d’une déflagration, comme un message envoyé à son vieux compère John Woo avec lequel il était alors brouillé, pied de nez au final de A toute épreuve. Et aussi une manière de montrer que même au sein d’une production hollywoodienne, il conserve sa folie et son sens de la démesure.

Il faut se rendre à l’évidence, Double Team est moins un film avec Jean-Claude Van Damme qu’un film de Tsui Hark. Le réalisateur ne cherche pas du tout à mettre en valeur son acteur vedette qu’il filme sous les angles les plus tarabiscotés. L’agent d’élite que Jean-Claude Van Damme incarne commet bourde sur bourde, laisse parler ses émotions aux moments les plus délicats et ne doit sa victoire qu’à une astuce d’écolier dont il n’est même pas à l’origine. Finalement, sa seule véritable prouesse tient à son évasion du Sanctuaire, quoi que celle-ci paraît presque facilitée si on en juge par la présence ultérieure à Rome de Goldsmythe, le maître de cette pension pour agents déchus. En outre, Van Damme doit partager la vedette avec Dennis Rodman, l’excentrique joueur des Chicago Bulls. Un choix aussi étonnant que parfaitement raccord avec la folie que Tsui Hark insuffle à sa mise en scène. En soi, le personnage n’a pas grand intérêt et à part armer Jack Quinn, aurait très bien pu se contenter d’une brève apparition. Or il s’incruste, change de couleurs de cheveux aussi souvent que Emma Peel de tenues dans la série Chapeau melon et bottes de cuir, et par ses répliques, fait constamment référence à son métier de joueur de basket professionnel. Ultime clin d’oeil, il porte des baskets Air Jordan lors du final et sauvera son monde en se servant d’un distributeur de canettes de Coca-Cola en guise de bouclier pare-feu. Il incarne à lui seul le crédo de Tsui Hark sur ce film : du tape-à-l’oeil bigarré en toute décontraction. Dire qu’il est mauvais est un euphémisme mais au moins a t-il l’excuse d’être novice en la matière. On peut néanmoins regretter que son duo avec Jean-Claude Van Damme ne fasse pas d’étincelles, la faute à un personnage bien trop dévoué pour cela. Ça se chamaille gentiment entre deux répliques voulues piquantes puis ça se tape dans la main bons amis car finalement, il n’ y a pas plus belle cause que de sauver femme et enfant. Et à choisir, on sent que la préférence de Tsui Hark va au personnage de Dennis Rodman, lequel a droit au plan final au nez et à la barbe de Jean-Claude Van Damme, véritable dindon de la farce.

Pour Jean-Claude Van Damme, il n’y aura pas eu de miracle. Pas plus que John Woo et Ringo Lam avant lui, Tsui Hark ne sera parvenu à redorer le blason d’une star en perte de vitesse qui commençait aussi à perdre pied dans sa vie privée. Mais il n’est même pas certain que Tsui Hark l’ait réellement souhaité. Il voulait surtout se confronter au mode de fabrication hollywoodien et montrer qu’il était capable de relever le défi. Si le résultat, foutraque et boursouflé, est loin de le montrer gagnant sur ce point, l’expérience ne l’a toutefois pas échaudé. Joueur, Tsui Hark enchaîne sans plus tarder avec Piège à Hong Kong, entraînant avec lui un Jean-Claude Van Damme de plus en plus mal en point.



