La Nuit de la grande chaleur – Terence Fisher

Night of the Big Heat. 1967. 

Origine : Royaume-Uni
Genre : Caniculaire
Réalisation : Terence Fisher
Avec : Christopher Lee, Patrick Allen, Jane Merrow, Sarah Lawson, Peter Cushing.

Quelque chose ne tourne pas rond sur l’île de Fara, au large de l’Angleterre. Alors que les frimas de l’hiver commencent à se faire sentir partout ailleurs, les habitants de l’île souffrent d’une inexplicable chaleur caniculaire. A cette hausse vertigineuse des températures s’ajoutent bientôt des perturbations qui affectent les lignes téléphoniques et le réseau hertzien. Plus inquiétant, un troupeau de moutons est retrouvé entièrement calciné. A toutes ces interrogations, seul un homme semble en mesure d’apporter une réponse, le peu aimable Godfrey Hanson, un scientifique qui arpente l’île en tous sens pour savoir de quoi il retourne. Et la raison de tout ce remue-ménage pourrait bien provenir de l’espace.

Qui aurait pu imaginer voir un jour un film de Terence Fisher dans un cinéma porno ? C’est pourtant ce qui est arrivé en France au mitan des années 70 lorsqu’un distributeur peu scrupuleux et jouant ouvertement du côté équivoque du film – Empire distribution, à ne pas confondre avec la maison de productions de Charles Band – a ajouté des séquences érotiques à La Nuit de la grande chaleur afin de pouvoir l’exploiter dans le cadre de doubles-programmes associé à un film pornographique. Alors que le trio magique des plus belles heures de la Hammer – Peter Cushing, Christopher Lee et Terence Fisher – se réunissait pour la dernière fois, l’affiche française ne fait mention que des actrices*. Une incongruité qui atteste du peu d’égard de la France, pourtant considérée comme la patrie de la cinéphilie, envers le fantastique en général. Sous sa forme classique, La Nuit de la grande chaleur, adapté d’un roman de John Lymington paru dans les années 50, relève de la science-fiction, genre déjà abordé par Terence Fisher en l’espace de deux films sortis en 1953 (Four Sided Triangle et Spaceways) et auquel il revient durant les années 60, en alternance avec ses travaux pour la Hammer. Des films à l’ambition mesurée, tributaires de budgets de plus en plus modestes et aux contenus finalement assez similaires. Ainsi, entre L’Île de la terreur et La Nuit de la grande chaleur, la principale différence entre les deux menaces tient justement à leur traitement, plus frontale dans le premier lorsque celle-ci se montre plus diffuse dans le second, faute d’effets spéciaux concluants pour la personnifier.

Même si la bombe est évoquée par un villageois pour expliquer cette improbable hausse des températures, La Nuit de la grande chaleur n’entretient aucune parenté avec les films de science-fiction alarmistes qui pullulaient dans les années 50. Terence Fisher ne souhaite véhiculer aucun message, ou alors pour défendre sa paroisse – le cinéma – puisque le danger viendrait de la profusion d’antennes télés (ah, la concurrence déloyale du petit écran) et radios permettant ainsi aux extraterrestres de se matérialiser partout dans le monde, ou presque. Il limite son propos à une poignée de personnages, panel non exhaustif qui sert de sujet d’étude à cette intelligence extraterrestre, reléguée au rang de créature tout au long du film. Les étranges conditions climatiques qui frappent l’île sont connues mais ne suscitent guère d’inquiétude de la part des autorités, lesquelles ne mandatent personne pour s’informer sur le sujet. Godfrey Hanson agit de son propre chef, scientifique raillé par ses pairs et qui voit dans ces étranges phénomènes un moyen de rabattre son caquet à tout ce petit monde. D’où un comportement détestable et hautain en toutes circonstances, même au plus fort de la menace, et qui s’exprime indépendamment de cette chaleur dont la touffeur conduit certain à devenir fou. C’est le cas du garagiste, aux sens déjà mis en ébullition par la simple présence d’Angela Roberts et qui, la montée du mercure aidant, tente finalement de la violer. Incarnée par Jane Merrow (à son actif, des séries populaires et/ou prestigieuses du Prisonnier à Magnum en passant par Chapeau melon et bottes de cuir et L’Homme qui valait trois milliards et quelques films), Angela apporte une touche de sensualité à l’imagerie quelque peu machiste. Ces fortes chaleurs offrent l’occasion de nous la dévoiler en maillot de bain ou le chemisier largement ouvert sur des dessous de dentelle blanche, quand elle ne choisit pas de se rafraîchir en se passant langoureusement des glaçons sur le corps. Elle n’est là que pour une chose, renouer avec son amant, le romancier Jeff Callum, lequel n’est venu se terrer sur cette île que dans le but de lui échapper. Pris la main dans le sac par son épouse, ou plutôt en plein échange buccal avec la demoiselle, l’écrivain ne trouve de meilleure défense que de traiter sa maîtresse de pute pour laquelle il n’éprouve qu’une attraction physique, presque animale. A travers ses personnages, Terence Fisher nous donne une bien piètre image de l’humanité dont l’éradication ne serait peut-être pas un mal.

A découvrir le film aujourd’hui, La Nuit de la grande chaleur se dote d’une symbolique écologiste inattendue. Le mode opératoire de cette race extraterrestre qui, se nourrissant d’énergie, provoque une hausse exponentielle des températures agit en miroir de l’industrialisation à outrance dont l’homme s’est rendu coupable et de ses conséquences néfastes sur l’environnement. La crainte du météorologiste Ken Stanley de voir la planète Terre se transformer en un immense désert sous l’effet de l’invasion extraterrestre préfigure la nôtre. Cependant, Terence Fisher ne cherche pas à détailler davantage le modus operandi des extraterrestres. Et si la hausse des températures est entendue, abondamment commentée par les protagonistes et visible sur leurs vêtements trempées de sueur, ses conséquences sur la faune et la flore demeurent totalement occultées. La Nuit de la grande chaleur n’appartient pas au genre catastrophe et par conséquent fait l’économie d’événements avant-coureurs au profit d’un récit à l’efficace simplicité visant à créer un climat de mystère dont le voile se lève petit à petit. Cependant, l’apparition des extraterrestres lors du final, si elle répond à une logique économique (il ne s’agirait de ne pas léser le public sur ce point), n’apporte pas la plus-value espérée. La faute en incombe à des effets spéciaux certes archaïques mais surtout d’une grande pauvreté esthétique, à mi-chemin du blob et d’une pierre phosphorescente. Un aspect qui rétroactivement remet en cause certains choix de mise en scène, comme celle du vagabond dont le trépas est filmé en plongée comme si son assaillant le dominait de sa stature, chose proprement impossible en l’état.

S’il ne compte pas, loin de là, parmi les meilleurs films de Terence Fisher, La Nuit de la grande chaleur rappelle à quel point il demeure un grand professionnel au savoir-faire indéniable. Objectivement, il ne se passe pas grand chose, les personnages étant le plus souvent réduits à constater les dégâts puis à en deviser devant une pinte à l’auberge du coin, et pourtant l’intérêt demeure. Cela tient notamment à ses personnages, loin de la figure héroïque de rigueur, dont les interactions houleuses nourrissent le récit et rappellent à quel point les mœurs ont évolué en une décennie.

 

(*) L’affiche française

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