Histoires fantastiques 2-14 : Un flic en moins – Paul Michael Glaser
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Amazing Stories. Saison 2, épisode 14Blue Man Down. 1987.Origine : États-Unis
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Duncan Moore est un vieux de la vieille de la maison poulaga. Un soir de patrouille, il fait part de ses états d’âme à son jeune coéquipier DeSoto. Il en a marre de s’épuiser au travail et de risquer sa peau pour des clopinettes. Loin de s’en émouvoir, le novice l’enjoint à mettre ses paroles en actes avant qu’un appel du QG ne retentisse à leur radio. Un braquage est en train d’être commis dans une supérette. Le devoir les appelle et ils foncent sur les lieux du délit sans se poser de questions. Sur place, tout paraît calme. Nulle trace du braqueur. Alors que Duncan s’oublie en feuilletant un magazine sur la pêche, le braqueur jaillit de derrière un rayonnage et fait feu sur DeSoto, le tuant sur le champ. Après ce drame, Duncan accuse le coup. Rétrogradé, ignoré et soumis à des séances chez le psy, il se débat tant bien que mal avec sa culpabilité. Et puis arrive Patty O’Neil, sa nouvelle coéquipière qui l’enjoint à remonter la pente.
Au sein d’une deuxième saison plutôt chiche en noms ronflants, la présence de Paul Michael Glaser derrière la caméra constitue en soi un – petit – événement. Le détective David Starsky pour l’éternité n’en est pourtant pas à son coup d’essai. Après avoir réalisé 5 épisodes de la série Starsky et Hutch entre 1977 et 1979, il a également oeuvré pour les séries Otherworld et Deux flics à Miami avec respectivement un et trois épisodes à son compteur. L’année 1986 marque un tournant, puisque outre la réalisation d’un clip vidéo pour nul autre que Bob Dylan, Paul Michael Glaser réalise son premier film pour le cinéma avec Le Mal par le mal, une sorte de thriller d’action passé complètement inaperçu. Enfin pas par tout le monde puisqu’il se retrouve après ça aux manettes de Running Man au service de la star montante du cinéma d’action de l’époque, Arnold Schwarzenegger. Tourné juste avant, Un flic en moins fait figure d’amuse-bouche, même si participer à une série estampillée Steven Spielberg ajoute du lustre à son CV. La curiosité pour cet épisode tient donc moins à son casting (pour les plus pointus, le braqueur masqué est joué par Frank Doubleday, le tueur d’enfant de Assaut et Romero – clin d’oeil ! – dans New York 1997, tous deux de John Carpenter) qu’à sa nature, un récit policier. Bien que Paul Michael Glaser connaisse le genre et soit rompu aux conditions de travail pour le petit écran, orchestrer une traque policière en à peine 25 minutes tient de la gageure. Qui plus est dans le contexte aseptisé d’une série tout public.
Première surprise, le masque glauque qu’arbore le braqueur qui n’aurait pas dépareillé dans un polar violent, voire même un slasher. Pour étonnant qu’il puisse paraître de prime abord, cet accessoire revêt une double nécessité : souligner la dangerosité de l’individu et permettre de rapidement l’identifier au détour d’un banal contrôle d’identité suite à un excès de vitesse. Et puis pour Duncan Moore, ce masque est de ceux qui hantent longtemps les nuits. Il est le visage de sa culpabilité dont il ne parvient pas à se défaire. Dont il ne veut pas se défaire. Voilà un homme qui a choisi de s’autoflageller plutôt que de repartir de l’avant. Le titre original désigne autant DeSoto que Duncan Moore, sauf que ce dernier a encore l’opportunité de se relever. Il lui suffit d’un électrochoc que la psychanalyse échoue à lui provoquer. Et cet électrochoc tient à sa nouvelle coéquipière, et surtout à l’énergie positive qu’elle lui insuffle. Au 36e dessous, Duncan a perdu toute confiance en lui. Il se traîne comme une âme en peine, incapable de reprendre sa vie en main. Pour lui, elle n’a plus de sens. Patty va parvenir à lui prouver le contraire. Leur relation se joue à plusieurs niveaux. Le rapport maître à élève induit par leur différence d’âge s’en trouve inversé puisque c’est finalement la plus jeune des deux qui prodigue de bons conseils à son aîné. En outre, en sa qualité de femme, elle titille plus facilement l’orgueil du vieux mâle au moral en berne qui trouve là une motivation supplémentaire pour remonter la pente. En somme, par sa seule présence, Patty redonne du sens à la vie de Duncan. Elle l’inscrit à nouveau dans une dynamique de duo où chacun donne sa confiance à l’autre. Mais tout cela ne rimerait pas à grand chose si la perspective d’une rédemption ne venait pas se présenter à lui. Sa reconstruction ne saurait être complète sans la résolution de son trauma, en l’occurrence mettre derrière les verrous le braqueur en cavale. Pour cela, le récit n’est pas à un raccourci près. Les scénaristes n’ont pas le loisir de faire traîner les choses et se doivent d’aller à l’essentiel. Cela permet néanmoins de maintenir l’épisode sous tension même si l’imprévisibilité du braqueur en prend un coup lors de la résolution de l’intrigue. Disons qu’on reste entre gentlemans préférant régler leur différend dans le calme plutôt qu’au milieu d’une fusillade.
Compte tenu des contraintes inhérentes au programme, Paul Michael Glaser s’en sort avec les honneurs. L’intrigue se tient et parvient à maintenir l’attention dans les limites du polar grand public. Reste l’élément fantastique, couru d’avance, et dont la présence confère un surcroît de sens à la trajectoire de Duncan Moore. Il n’oeuvre pas seulement pour lui-même mais pour l’ensemble d’une corporation, rendant ainsi hommage à ceux tombés sur le champ d’honneur.


