CinémaHorreur

Scream – Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin

Scream. 2022.

Origine : États-Unis
Genre : Réchauffé
Réalisation : Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin
Avec : Melissa Barrera, Jenna Ortega, Jack Quaid, David Arquette, Neve Campbell, Courteney Cox, Mikey Madison.

Alors qu’elle se trouve seule dans la grande demeure familiale, Tara Carpenter textote gentiment avec son amie Amber. La sonnerie du téléphone fixe vient troubler cette quiétude. Plus encore les propos du mystérieux interlocuteur qui passent soudainement du badinage à la menace. Sommée de répondre à un questionnaire portant sur le cinéma d’horreur, sous peine de voir Amber se faire tuer, Tara vit le calvaire de tant d’autres avant elle. Elle doit faire face à un nouvel émule de Ghostface, lequel la laisse bien amochée mais encore vivante. Éloignée depuis plusieurs années, Samantha Carpenter revient à Woodsboro dès qu’elle apprend la nouvelle pour venir au chevet de sa petite soeur et ne tarde pas à subir elle aussi une première attaque. S’ensuit un premier meurtre (il était temps !), prélude d’un massacre en bonne et due forme touchant des proches des deux soeurs. Plutôt que de rester inactive, Sam décide de prendre le taureau par les cornes et va demander de l’aide à l’un des survivants de la première heure, Dewey Riley. D’abord réticent, il finit par accepter, non sans avoir au préalable prévenu Sidney et Gale de cette nouvelle vague de meurtres.

S’il est une évidence parmi les évidences, c’est bien qu’il ne faut jamais dire jamais au cinéma. Scream 4 avait déjà surpris son monde en voulant réimposer son discours méta au sein d’un cinéma d’horreur qui ne jurait alors que par le torture porn dans la lignée de Saw et ses suites, Martyrs ou encore The Collector. Toujours à la baguette, Wes Craven tentait de rivaliser en férocité mais restait enfermé dans une formule tellement codifiée qu’elle en contenait sa propre caricature. Les Scream devaient en rester là, pensait-on, à plus forte raison suite au décès de Wes Craven, qui reste indissociable de la saga. Sa déclinaison en série télé à partir de 2015, année de la mort du réalisateur, apparaît comme une oraison funèbre qui n’entretient finalement que peu de liens avec les films, se passant même de la figure du Ghostface durant les deux premières saisons. Elle permet néanmoins à la saga, devenue au fil du temps une marque, de rester dans les mémoires, préparant ainsi le terrain à l’inévitable « requel » orchestré par deux jeunes réalisateurs versés dans l’horreur et admiratifs de l’oeuvre de Wes Craven. Déjà auteurs en commun de deux films d’horreur (The Baby et Wedding Nightmare), Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Olpin abordent ce nouveau Scream avec un mélange de déférence et d’envie de faire du neuf avec du vieux. Une gageure quand on connait la propension de la saga à fonctionner en circuit fermé. Il y a là l’idée d’un passage de relai qui prévaut aussi bien devant que derrière la caméra et qui ne s’encombre guère de subtilité. Sur ce dernier point, ce cinquième opus s’inscrit dans la droite ligne de ses prédécesseurs, toujours friands de grosses ficelles lorsqu’il s’agit de recoller certains morceaux.

Ce Scream version 2022 prend des airs de jeu des 7 familles, tirant de son chapeau rien de moins que la fille de Bill Loomis (Sam Carpenter), les neveux de Randy (Mindy et Chad Meeks-Martin) et pour l’anecdote, le fils de la soeur de Stu Macher (Vincent Schneider). Une manière d’affirmer que la saga ne craint pas de fonctionner en vase clos, voire même qu’elle le revendique haut et fort afin d’instaurer une relation de connivence avec le spectateur. Ainsi, on ne s’étonnera pas que Mindy reprenne le flambeau de son oncle, se plaisant à longuement disserter sur le cinéma afin d’expliquer les tenants et aboutissants de cette nouvelle vague de meurtres. C’est le lot des Scream qui se complaisent à surligner leurs intentions dans de longs tunnels explicatifs à grand renfort de citations cinéphiliques énoncées sur un ton docte. Un passage obligé qui trouve son pendant lors du dernier acte et les inévitables révélations liées aux motivations des tueurs cachés derrière le masque pour une deuxième logorrhée qui nous fait regretter que Tuco n’ait pas été davantage érigé en modèle (« Quand tu veux tuer quelqu’un, tue-le ! Ne raconte pas ta vie. » cf Le Bon, la brute et le truand). Forte de ses connaissances du genre, Mindy fait face aux événements avec un certain détachement alors qu’elle devrait savoir qu’elles ne pèsent que peu de poids face à la nécessité de rebondissements et de clins d’oeil, en l’occurrence ici, une scène miroir du premier film à travers le prisme de la fiction (Stab). Dans les Scream, les personnages ont beau dire et beau faire, ils restent l’égal des spectateurs, victimes des mêmes rebondissements concoctés par des tueurs/scénaristes omniscients. Davantage que de la manipulation, les scénaristes font preuve de roublardise avec pour principal souci de rendre la révélation finale la plus surprenante possible. Ce qui ne va pas sans quelques incohérences et facilités, notamment en ce qui concerne le gabarit des tueurs et leur force physique. Cela donne l’impression que l’impunité que confèrent le masque et la tenue de Ghostface galvanise celui qui le porte au point qu’il ne ressente ni la douleur (le nombre de coups ahurissants que les différents tueurs se prennent sans souffrir de séquelles) ni le différentiel de poids et de taille avec ses proies. Et plus la saga avance dans le temps, plus les meurtres font preuve de férocité, comme le gage d’une époque de plus en plus violente. Une férocité qui se double de perversité par l’entremise du jeu que le tueur instaure avec sa victime lors des conversations téléphoniques, et qui place d’emblée leur rapport selon un schéma dominant-dominé. Le prologue de cet épisode en apporte la parfaite illustration, jouant habilement des avancées technologiques (le système d’alarme de la maison de Tara contrôlé par le téléphone) pour augmenter la tension de la scène jusqu’au déferlement de violence finale qui apporte une nuance par rapport aux précédents films : la victime survit en dépit des nombreux coups de couteau qu’elle a reçus. Une nuance qui tend à se généraliser à l’ensemble du film conférant ainsi aux meurtres un aspect aussi tape-à-l’oeil qu’inoffensif.

Dès le départ, les Scream ont été pensés commes des comédies noires déversant leur violence extrême – mais pas arbitraire comme lors des meurtres de masse – dans un univers de soap opera. Que la majorité des acteurs choisis viennent du petit écran n’est pas anodin et maintient la porosité entre les deux univers. Et tant que Sidney Prescott se trouvait au centre des débats, les films connaissaient un semblant d’évolution, ne serait-ce que par le truchement des personnages rescapés. Dans sa volonté de tout remettre à plat, ce Scream millésime 2022 marque sur ce point une sérieuse régression pour qui suit la saga depuis ses débuts. Aucun des nouveaux personnages ne présentent un quelconque intérêt, pas même Sam Carpenter dont la filiation avec Bill Loomis tient davantage du procédé que de la volonté de l’inscrire dans un processus émotionnel. Sidney intervient comme un cheveu sur la soupe en cours de récit suivant l’air bien connu du « il faut en finir une fois pour toute » sans que la parenté de Sam avec son premier tourmenteur ne l’émeuve de quelque manière que ce soit. Sidney se voit plutôt comme une grande soeur de galère, prête à tout pour leur venir en aide et faire cesser ce cauchemar. Elle ne veut plus subir les événements mais en prendre désormais le contrôle. Dans ce contexte, les soeurs Carpenter sont reléguées au rang de simples appâts. Le conflit familial qui les oppose (l’aînée a quitté la demeure familiale sans explication) ne sert finalement qu’à meubler l’intrigue dans l’attente de voir apparaître les anciens personnages. D’ailleurs, le grand moment « émotion » ne tient pas tant à la mort de l’un ou l’autre de leurs amis qu’à celle de Dewey, le brave flic au grand coeur qui noyait jusque-là son chagrin et ses regrets au sujet de Gale dans la vétusté de son mobile-home. Un moment voulu solennel qui dans le principe renvoie à la mort de Han Solo dans Star Wars épisode VII : Le Réveil de la force pour un effet tout aussi vain. Sidney et Gale accusent le coup mollement et n’ont de toute façon pas le temps de s’appesantir à ce sujet. Les événements reprennent leur cours et la fuite des soeurs Carpenter tend à accélérer le mouvement. Il en va ainsi des victimes dans la saga. Quelque soit leur pedigree, elles n’ont droit ni à des fleurs ni à des couronnes, les rescapés passant vite à autre chose. La mort s’en retrouve donc plutôt galvaudée dans les Scream, étant même la source d’un running gag en ce qui concerne le ou les tueurs qu’il convient d’abattre d’une balle dans la tête, sans quoi ils « reviennent » à la vie. Un modus operandi qui se retrouve dans les films de morts-vivants et d’infectés qui tendrait à sous-entendre que lesdits tueurs sont eux aussi touchés par un mal insidieux, la pulsion de mort.

Coincé entre hommage et volonté de relancer une franchise porteuse, ce nouveau Scream ne fait que reproduire les défauts inhérents aux films de la saga. Ça joue aux petits malins sans une once d’originalité tout en fustigeant la base des fans qui ne supporte pas qu’on touche à l’objet de leur culte. Le film s’avère donc sans surprise dans son déroulé et n’offre aucune perspective de lendemains enchanteurs. Un coup pour rien sur le plan narratif qui s’est avéré un coup de maître sur le plan économique puisque le film a suffisamment attiré les foules pour que depuis, deux nouvelles suites ont été tournées. Sans que l’une ou l’autre ne change d’un iota une recette tellement réchauffée que l’on frise l’indigestion.

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