D-Tox Compte à rebours mortel – Jim Gillespie

D-Tox. 2002.

Origine : États-Unis
Genre : Slasher déguisé
Réalisation : Jim Gillespie
Avec : Sylvester Stallone, Charles S. Dutton, Kris Kristofferson, Polly Walker, Tom Berenger, Robert Patrick, Christopher Fulford.

Jake Malloy (Sylvester Stallone) est fatigué de vivre. Ancien policier devenu agent fédéral, il a échoué à mettre sous les verrous le tueur de flics qui narguait les forces de police et qui s’en est pris à sa fiancée avant de se donner la mort. Trois mois après les faits, il passe ses journées à écluser des whiskys chez Donovan’s, au grand dam de son ami et collègue Hendricks (Charles S. Dutton) qui ne parvient pas à le sortir de sa torpeur. Une tentative de suicide plus tard, Hendricks convainc Malloy de se rendre dans une cure pour flics en détresse dirigée par un ancien de la maison. C’est ainsi que Malloy se retrouve dans un vieux poste de commandements des forces stratégiques aériennes datant des années 50 et perdue en plein milieu du Wyoming en compagnie de neuf autres flics sous le contrôle du Doc (Kris Kristofferson) et de Jenny (Polly Walker), la psychiatre. Un lieu clos aux activités quasi inexistantes où les tensions ne tardent pas à se faire jour. Celles-ci prennent une ampleur nouvelle à la faveur du décès de deux pensionnaires. Tout porte à croire qu’il s’agit de suicides mais très vite, Malloy en arrive à la terrible conclusion qu’un tueur s’est caché parmi eux. La traque peut commencer.

Dans la carrière sinusoïdale de Sylvester Stallone, D-Tox s’inscrit clairement dans un creux. L’embellie Copland n’a pas connu de suite. Ni la comédie policière The Good Life ni Get Carter, l’inutile remake de La Loi du milieu de Mike Hodges ne marquent les esprits. Quant à Driven, son grand projet consacré au sport automobile dans l’univers du CART (Championships Auto Racing Teams) pour lequel il tente de reprendre maladroitement quelques ficelles de Rocky, le film encaisse un bide cinglant. Stallone en ressort groggy. Le 21e siècle s’annonce difficile et en attendant que des producteurs lui donnent enfin le feu vert pour lancer le projet Rocky Balboa, Sylvester Stallone alourdit sa carrière de quelques films dispensables entre premiers rôles (Mafia Love) et caméos (Taxi 3). Que cela découle d’un choix conscient de sa part dans sa manie de vouloir tout contrôler ou parce que l’image qu’il véhicule effraie, le fait est que pas un grand réalisateur n’a souhaité se pencher sur son cas depuis des lustres. Il faut remonter à 1981 et A nous la victoire de John Huston. Encore qu’à l’époque, Sylvester Stallone, fort de la place qu’il avait acquise au forceps au sein du système hollywoodien, avait profité de son influence afin de tirer au maximum la couverture à lui. Et qu’en outre, il s’agit d’un film mineur de la part du cinéaste. Alors que Ron Howard fut un temps rattaché au projet, ce qui pourrait expliquer la présence de son père Rance Howard au générique, c’est finalement à Jim Gillespie qu’échoit le poste de réalisateur. Un réalisateur encore vert qui ne compte à l’époque qu’un film à son palmarès, le hautement oubliable Souviens-toi… l’été dernier. Et qui n’a donc a priori pas l’étoffe pour imposer quoique ce soit à sa star.

Il ne faut pas plus de quelques minutes pour se rendre compte que D-Tox n’a rien d’un caprice de star. Au contraire, le film de Jim Gillespie s’inscrit dans la continuité d’une filmographie qui tente de montrer une image plus faillible et vulnérable de Sylvester Stallone, loin de ses excès du milieu des années 80. Suivant ce registre, le scénariste ne craint pas de charger la mule puisqu’au deuil de Jake Malloy s’ajoutent ses pulsions suicidaires. Sylvester Stallone campe un personnage au bout du rouleau qui noie son chagrin dans différents adjuvants (cigarette et alcool), finalement pas très éloigné de Jericho Cane, l’ancien policier au seuil de la dépression interprété par Arnold Schwarzenegger dans La Fin des temps. Preuve que même dans leurs creux de carrière, les deux hommes n’en finissent jamais de s’étalonner. La différence entre les deux personnages tient à ce que Jake Malloy ne peut pas atteindre sa rédemption seul. Il est tombé tellement bas qu’il a besoin qu’on l’aide pour remonter la pente. Sa première béquille se nomme Hendricks, partenaire et ami qui dans un premier temps le pousse au cul pour qu’il se sorte de sa torpeur et reprenne le cours de son existence. Face à son échec patent, il se tourne alors vers un professionnel, un ancien de la maison, donc très au fait des tourments dans lesquels des policiers de toutes sortes peuvent se noyer, pour une thérapie de groupe. Un professionnel qui sait mettre ses patients en confiance. A la question légitime d’un Malloy en souffrance, “Vous allez me guérir, hein ?”, le Doc répond par un “Je ne vais même pas essayer.” sans appel. Partant de là, la thérapie se résume à une poignée d’examens médicaux et à une unique conversation de groupe, laquelle sert uniquement à présenter le caractère de chacun des patients et à introduire quelques rapports de force entre eux. Le côté médical et psychanalytique est très vite abandonné, se résumant à quelques lignes de dialogues. Il est notamment question d’un traitement adapté à chacun mais rien de suffisamment concret qui puisse justifier que Malloy, par exemple, ne souffre pas de ne plus pouvoir picoler ni fumer. S’il conserve une mine affectée tout du long, victime notamment de cauchemars récurrents, il ne subit aucune crise de manque. Pas plus que ses condisciples, plutôt calmes même au plus fort de la tempête. Le film pâtit d’une très mauvaise utilisation de son postulat de départ qui vire rapidement au prétexte, le but étant simplement de réunir un groupe de personnages coupés du monde et de les éliminer les uns après les autres. Dans ce contexte, Jake Malloy oublie bien vite son mal-être, se sentant soudain investi d’une mission. Sans non plus tomber dans le cliché du héros à qui tout réussit, eu égard à ses antécédents, ledit Malloy impose sans trop forcer son autorité aux autres. Et jouit pour cela de la confiance aveugle de la psychiatre. Si le scénario nous épargne une idylle mal à propos entre Jake et Jenny, la fonction de ce personnage féminin ne fait aucun doute : rejouer le traumatisme initial en le conjurant. Une ficelle scénaristique déjà au cœur de Cliffhanger, le film de son retour aux affaires.

Comme on pouvait s’y attendre, Jim Gillespie ne parvient pas à conférer un semblant d’identité à son film. Tourné du mois de mars au mois de mai 1999, D-Tox trahit une double influence qui n’a pas su convaincre le public des projections-tests, le condamnant à 3 ans de purgatoire au fond d’un tiroir. Finalement distribué en 2002, D-Tox paraît presque anachronique, en plus de son côté bancal. L’entame du film, générique inclus, marche sur les plates-bandes de Seven et de tous ces thrillers à l’ambiance glauque et poisseuse qui ont suivi à base de tueurs machiavéliques comme The Bone Collector de Phillip Noyce ou Resurrection de Russell Mulcahy. On retrouve ce prêchi-prêcha religieux dans les propos du tueur qui, s’il assume tuer par plaisir, ajoute que supprimer l’autorité et la police consiste à rendre le monde tel que Dieu voulait qu’il soit, un monde de chaos. Des propos qui ne portent guère à conséquence, pas plus qu’ils sont à prendre au pied de la lettre. Nous sommes dans une logique de grossière caractérisation pour un tueur qui excelle dans l’enfumage et la mise en scène macabre. Derrière ses vaines paroles se cache une obsession, Jake Malloy. Parce que 4 ans auparavant ce dernier avait été à deux doigts de le coincer alors qu’il se faisait la main sur des prostituées (en mode Jack l’éventreur ?), le tueur lui voue depuis une haine tenace. Un crédo, le faire souffrir. Et pour cela, rien de mieux que s’en prendre à ceux que le flic aime car tuer ses proches revient “à le tuer 1000 fois”. Un bien beau programme auquel l’insaisissable tueur ne se conforme plus une fois le récit réduit à un huis-clos dans ce bunker perdu au milieu des forêts enneigées du Wyoming. Roi de la mise en scène, le tueur devient une sorte d’alter-ego du réalisateur jusque dans ses choix hasardeux. Alors que le cadre permettait de jouer sur l’enfermement des victimes propice à nourrir leur paranoïa galopante, D-Tox se contente de cultiver mollement les fausses pistes. On apprend par exemple que l’un des intendants, introuvable après l’assassinat du Doc, était un ancien patient, interné pour avoir tué son Commandant. Plus tard, ce sera au tour de Malloy d’être soupçonné. Des rebondissements traités par-dessus la jambe qui, plutôt qu’accentuer la tension, ne font que rallonger la sauce d’un suspense mal dosé. Jim Gillespie se croit encore dans Souviens-toi… l’été dernier et filme son tueur comme un boogeyman dont les atours (une grosse parka dont la capuche masque le visage) évoque le tueur d’Urban Legend. Les découvertes macabres s’enchaînent sans que cela n’émeuve qui que ce soit, réduisant la liste des suspects comme peau de chagrin. Ce qui n’est guère gênant lorsqu’il s’agit d’étudiants en goguette aux motivations simplistes mais qui le devient davantage en présence de personnages cabossés par la vie dont les divers traumas ne sont guère exploités, à l’image des comédiens qui les incarnent. Disposant pourtant d’une riche distribution mêlant seconds couteaux (Tom Berenger, Robert Patrick) et jeunes pousses plus (Jeffry Wright) ou moins (Sean Patrick Flannery) en devenir, Jim Gillespie orchestre un  beau gâchis en ne s’intéressant à eux que de manière épisodique et artificielle. Face à ce manque d’opposition entre des pensionnaires intermittents (la grande gueule Noah qui excelle dans l’art de remuer le couteau dans la plaie se ratatine dès qu’on lui fait les gros yeux) et un tueur volontairement dans l’ombre, Stallone est contraint au one man show. Dans le marasme ambiant, s’il conserve sa ligne de conduite de jouer les âmes en peine, il ne peut faire autrement que de démontrer sa témérité et sa solidité mentale au moment de prendre les choses en main. Il suit en cela le parcours classique du héros dans sa quête rédemptrice. Quête facilitée par une astuce de scénario qui met Malloy face à sa némésis.

D-Tox est représentatif des mauvais choix de carrière de Sylvester Stallone qui continue de se voir star avant de se penser acteur. Ici, il a beau s’efforcer à ne pas jouer les gros bras, le naturel revient au galop au moment de conclure dans une démonstration de force d’autant plus inutile que le sort de son ennemi semblait déjà scellé. En soi, le film n’a rien de honteux tant Stallone a tourné dans des films bien plus mauvais et plus gênants. D-Tox s’avère même assez décevant car en dépit d’un canevas éculé il avait le potentiel pour être un thriller sombre et angoissant. Pour cela, il aurait fallu davantage soigner les personnages et leurs rapports, quitte à en réduire le nombre. Dix patients plus cinq membres du personnel encadrant, sans oublier Hendricks qui gravite dans les parages, c’est bien trop pour un réalisateur peu chevronné qui avait déjà démontré des lacunes dans ce domaine alors qu’il n’avait que quatre personnages à traiter. Comme souvent au fil de sa carrière, Sylvester Stallone devra ronger son frein en attendant de retrouver les faveurs du public lors de l’un de ses barouds introspectifs dont il a le secret.

Une réflexion sur “D-Tox Compte à rebours mortel – Jim Gillespie

  • 5 juin 2022 à 12 h 35 min
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    A rapprocher de Mindhunter ou Profession Profiler, qui partage une intrigue à peu près identique, trouver un tueur se cachant dans un groupe d’apprenti profilers. Mieux maitrisé, utilisant le temps pour jouer le contre-la-montre face à un tueur plus proche de Jigsaw, il est un meilleur triller que D Tox.

    Par contre, j’étais pas au courant que le film date de 1999. Parce que s’il est sorti cette année on aurait Stallone et Schwarzy qui joueraient le même type de personnage dans deux films La Fin des temps et D tox.

    D tox, c’est pas un grand film, mais par rapport à Driven et Get Carter, c’est le haut du panier.

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