CinémaHorreur

Urban Legend – Jamie Blanks

 

Urban Legend. 1998.

Origine : États-Unis
Genre : Légendes de slashers
Réalisation : Jamie Blanks
Avec : Alicia Witt, Rebecca Gayheart, Jared Leto, Tara Reid, Michael Rosenbaum, Loretta Devine.

Natalie deviendrait-elle folle ? Après qu’elle ait appris le meurtre d’une ancienne amie de lycée, elle assiste à la mort de Damon, un camarade de classe. Puis elle retrouve sa colocataire Tosh sans vie au petit matin assortie d’un message menaçant écrit en lettres de sang sur le mur de la chambre. Or le premier meurtre est attribué à un pompiste, le second ne trouve aucun écho dans le campus faute de corps et à cause du caractère facétieux de la prétendue victime, et en ce qui concerne le troisième, l’enquête conclut à un suicide. Pourtant, Natalie reste persuadée qu’un assassin rôde dans le campus. Avec l’aide de Paul, étudiant en journalisme, elle est bien décidée à stopper cette spirale meurtrière.

Quand un film rencontre un franc succès, à plus forte raison lorsque celui-ci repose sur une formule aussi aisément duplicable que celle de Scream, les opportunistes ne manquent pas. Et à ce petit jeu là, le producteur Neal H. Moritz se montre le plus prompt. Dès l’année suivante (1997 N.D.R.), il met en chantier Souviens-toi… l’été dernier dont la réalisation échoit à Jim Gillespie, au grand dam du novice Jamie Blanks, lequel avait financé avec ses propres deniers une bande-annonce inspirée du scénario afin de mettre toutes les chances de son côté. Sa déception n’est que de courte durée puisque Neal H. Moritz se souvient de lui au moment de lancer la production de Urban Legend, son nouveau projet basé sur le scénario de Sylvio Horta, un jeune diplômé de la New York University Film School. ScreamSouviens-toi… l’été dernierUrban Legend, voici donc la sainte trinité de ce « renouveau » du slasher dont la principale qualité aura été d’en être à l’origine. Chacun de ces films a par la suite engendré au moins une séquelle, preuve de l’engouement du public d’alors pour ce retour à l’horreur estudiantine.

Non content de surfer sur la vague du néo-slasher, Urban Legend paie son tribut aux années 80. Quoi de plus logique de la part d’un réalisateur qui a grandi et parfait sa culture cinématographique durant cette décennie. Néanmoins, il se s’agit pas pour lui de les singer, nouvelle marotte d’un pan de la production horrifique de ces 10 dernières années, mais de les évoquer à travers un casting très connoté. Ainsi de Danielle Harris (la petite Jamie de Halloween 4 et 5) à Robert Englund (Freddy Krueger pour l’éternité) en passant par Brad Dourif (le psychopathe Charles Lee Ray de Jeu d’enfant), ce n’est pas moins de trois franchises emblématiques des années 80 qui sont citées. A dessein, Jamie Blanks nourrit son récit de leur image public, ménageant fausses pistes et inversion des rôles. Danielle Harris passe de l’adorable gamine prise en grippe par Michael Myers à la jeune femme taciturne et délurée incapable de communiquer avec sa colocataire Natalie autrement qu’en la morigénant. En sa qualité de professeur d’anthropologie rompu aux légendes urbaines et au passé trouble, Robert Englund se place en tête des suspects potentiels. Quant à Brad Dourif, il campe un pompiste qu’un bégaiement intempestif rend d’autant plus inquiétant qu’il l’empêche de communiquer comme il le souhaiterait. Toutefois, pour plaisant que soit leur présence aux yeux d’un public averti, celle-ci sert avant tout de décorum. Il en va autrement avec John Neville. La présence de l’acteur anglais revêt une portée symbolique via son interprétation du baron de Munchausen dans la version signée Terry Gilliam. Habile conteur de récits picaresques et fantastiques dont il tient la vedette, le baron assure la filiation avec ces légendes urbaines transmises par le bouche-à-oreille. Urban Legend cultive cette tradition du récit oral à la teneur horrifique qu’on aime à se raconter au coin du feu à la nuit tombée. En cela, il rejoint un autre fleuron des années 80, Vendredi 13, où les mésaventures de Jason Voorhees relèvent d’abord du mythe qu’on évoque entre copains avant de prendre corps pour le plus grand malheur de ceux-là même qui se délectaient de son histoire tragique. Loin d’être anodine, cette référence au film de Sean Cunningham se retrouve de manière plus directe lors du dénouement d’Urban Legend, lequel prend alors valeur d’hommage. En véritable amoureux du genre, Jamie Blanks aborde son film avec déférence et ne cherche pas à prendre le genre de haut comme avait pu le faire Wes Craven, un brin désabusé, avec Scream. Néanmoins, le jeune réalisateur ne tourne pas pour autant le dos à son époque, ne rechignant pas au clin d’œil générationnel. Sur un mode humoristique lorsque Damon, interprété par Joshua Jackson, démarre sa voiture et que l’auto-radio diffuse les premières notes du générique de la série Dawson dans laquelle il joue Pacey. Et de manière plus sérieuse à travers le personnage du doyen de l’université interprété par… John Neville.

Interprète de l’un de ces hommes de l’ombre qui donnent du fil à retordre à l’agent Mulder dans Aux frontières du réel, l’une des séries phare des années 90 dont la première déclinaison cinématographique est sortie en cette même année 1998, John Neville incarne aux yeux d’un certain public les élans conspirationnistes du pays, toujours prompt à masquer la vérité à la population. Il en va de même de son personnage de doyen de l’université, lequel n’a pas hésité à étouffer la sombre affaire criminelle qui a entaché la réputation de son établissement 25 ans auparavant. A tel point qu’aujourd’hui, le pétage de plomb meurtrier d’un enseignant compte parmi les légendes urbaines au même titre que l’histoire de la baby-sitter persécutée au téléphone par un maniaque caché dans la maison où elle garde des enfants (au cinéma, cela a donné Terreur sur la ligne de Fred Walton, 1979). Toujours suivant ce souci protectionniste, il a tôt fait de couper court aux doutes exprimés par Natalie, d’abord en l’assurant du suicide de Tosh puis en cherchant à l’exclure lorsque ses investigations aboutissent au déterrement de dossiers compromettants. La recherche de l’identité du tueur se double alors d’une quête pour la vérité dont Paul, l’étudiant en journalisme, se rêve le héraut. Or son acharnement perd en noblesse ce qu’il gagne en arrivisme, le personnage s’avérant davantage intéressé par les honneurs que ses investigations pourraient lui valoir que par la véracité de ses conclusions. Le slasher se doublant ici d’un whodunit, la majorité des personnages est pourvue d’une part d’ombre à même d’en faire des coupables potentiels. Toute héroïne désignée qu’elle soit, Natalie cache aussi un sombre secret, lequel tient lieu de justification au jeu de massacre en cours.
C’est sur ce point précis que Urban Legend s’avère le plus décevant. Pas tant par le manque de logique du plan échafaudé par ce mystérieux tueur encapuchonné – à l’aune de la pirouette finale, celui-ci pourrait s’expliquer par l’acte de naissance d’un « boogeyman », incapable de s’arrêter de tuer depuis qu’il a humé l’odeur du sang – que par la pauvreté des scènes de meurtres à proprement dit. A force de clamer ne pas vouloir révolutionner le genre, Jamie Blanks rend une copie pour le moins fade. Il ne magnifie guère son tueur au style déjà fruste dans son anorak trop large, lequel ne bénéficie d’aucune scène de bravoure. Les meurtres s’avèrent quelconques et dépourvus de tension. Même l’idée de suivre en direct sur les ondes la détresse de l’animatrice radio est mal exploitée. En outre, le réalisateur exploite fort mal les possibilités de son décor, l’immensité d’un campus dont certains bâtiments au style gothique auraient pu fournir l’écrin parfait à un jeu de cache-cache entre le tueur et ses victimes. Dépourvu de ce qui fait le sel de ce type de production, Urban Legend sombre dans la monotonie jusqu’à un dernier acte qui à force de multiplier les fausses pistes finit dans une impasse.

Lors de la campagne promotionnelle accompagnant la sortie du film, Jamie Blanks avouait son envie de poursuivre dans le cinéma d’horreur. Un rêve de 10 ans durant lesquels il aura réalisé un autre slasher (Mortelle Saint Valentin, 2001), un film surfant sur la mouvance du « torture-porn » initiée par Saw (Storm Warning, 2008) et le remake d’un film de l’âge d’or australien (Long Weekend, 2008). Une carrière somme toute anecdotique qui confirme que l’amour du genre ne suffit pas à faire les bons films. S’il a depuis délaissé la réalisation, il œuvre toujours dans le cinéma en tant que compositeur, travaillant essentiellement en Australie.

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