Les Contes de la crypte 6-09 : Maudits escaliers – Stephen Hopkins

Les Contes de la crypte. Saison 6, épisode 09.
Staired in Horror. 1994

Origine : États-Unis
Réalisation : Stephen Hopkins
Avec : D.B. Sweeney, Rachel Ticotin, R. Lee Ermey

Fuyant la police, un tueur du nom de Clyde trouve refuge dans une vieille maison où l’hôtesse, une très vieille femme, se laisse convaincre de l’abriter. Une fois le shérif éloigné, Clyde révèle sa nature peu avenante et se met à menacer sa protectrice qui, loin de s’en laisser conter, joue sur le fait que Clyde aura besoin d’elle pour s’enfuir au petit matin. S’ensuivra une nuit étrange, où Clyde pourra attester d’une étrange malédiction : sitôt en haut de l’escalier, la vieille femme un peu sénile devient une ravissante donzelle contrainte à l’abstinence sexuelle. Le bandit en devient tout de suite plus serviable.

Avec le temps, Les Contes de la crypte ont cessé de servir d’exutoire à des réalisateurs confirmés ou à des vedettes s’essayant à l’exercice de la mise en scène. Au mieux, la série attire désormais quelques cinéastes ayant fait parler d’eux avec un ou deux coups d’éclat passés. Stephen Hopkins (Freddy 5, Predator 2) est de ceux-là, lui qui ne semblait pas encore avoir abandonné le grand écran et ne s’adonnait à la télévision qu’entre deux longs-métrages passant globalement inaperçus. La suite de sa carrière le verra inverser ses priorités, ne revenant au cinéma que très ponctuellement entre deux épisodes de séries télévisées plus ou moins cotées. Sa participation aux Contes de la crypte fut sa première expérience au petit écran, avec trois épisodes répartis sur la troisième, la quatrième, et la sixième saison, pour un bilan final qui s’avérera plutôt positif : Abra Cadavra était très réussi, Le Concours assez quelconque et donc ce Maudits escaliers qui fait pencher la balance du bon côté. Il est vrai que lorsqu’on le regarde au milieu des épisodes de cette saison 6 partant dans tous les sens, il s’attire un œil favorable en affirmant dès le départ son attachement narratif au genre fantastique, à un humour noir sous-jacent et à une allure générale évocatrice des BD d’origine (ici un conte issu de “Vault of Terror”). Bref, à tout ce que la série semblait remettre en cause faute d’imagination suffisamment fertile.

Nous voici donc immergés dans la lumière jaunâtre d’une vieille demeure enfoncée dans les bois d’un État du sud profond propice à la décrépitude, au mystère et à la présence d’énergumènes sortant de l’ordinaire. Par ordre d’importance, nous avons déjà la présence de ce rude shérif flanqué d’un molosse et qui se fait mener en bourrique par la vieille femme. Relevant plus du caméo à destination de R. Lee Ermey, ce personnage reste malgré tout amusant, notamment parce qu’il s’exprime par un œil de bœuf lui donnant l’allure d’un parfait crétin. Puis nous avons Clyde, ce tueur qui cherche à en imposer, sans toutefois jamais y réussir : il a beau brandir armes et menaces, la vieille femme ne s’en émeut guère, au grand désarroi du chien fou prévisible qu’il est. La vieille Mme Charbonnet se montre bien trop maternaliste pour se laisser intimider, tandis que la jeune (Rachel Ticotin, le fantasme de Schwarzenegger dans Total Recall) ne rêve justement que de se faire renverser, ce que la malédiction empêche. Car si elle-même ne peux descendre sans se prendre 60 ans dans la vue, son potentiel amant ne peut monter sans subir le même sort. Conséquence : dans un cas comme dans l’autre, il y en a un des deux qui n’est plus très frais. D’où les difficultés rencontrées par des personnages qui aimeraient bien mais qui ne peuvent point. Ils se retrouvent en fait comme des cons, tentant vaguement le coup en plein milieu de l’escalier pour finalement être dérangés par le shérif qui revenait traîner ses guêtres dans le coin. Tout ceci est mené de manière assez fine par Stephen Hopkins, qui aurait très bien pu tomber dans la grivoiserie mais qui tient malgré tout à préserver le côté fantastique de son intrigue. Car cette situation cocasse et le problème rencontré par ses personnages n’est pas forcément l’élément principal de cet épisode. Cette charge incombe plutôt à la malédiction elle-même, qui ironise sur les bas instincts des deux personnages que sont le bandit et la jeune femme (violence pour l’un et frustration pour l’autre) et qui surtout reste continuellement tangible par la grâce de la mise en scène et de l’atmosphère qui se dégage de cet antre qu’est la maison et de son hôtesse dans sa forme âgée. Un véritable morceau de temps issu d’un âge fantasmé, celui de l’aristocratie sudiste décadente. Une certaine moiteur se dégage de cette demeure à la lumière irréelle et qui en un sens n’incarne rien d’autre que la mort promise à Clyde. Par ses prétentions, celui-ci n’en apparaît que comme plus ridicule encore, ce qu’un final véritablement digne de la série confirmera.

Étrange chemin pris par cette saison 6 qui entre de trop nombreux épisodes catastrophiques (Tourbillon, Opération amitié -une honte absolue, celui-là, L’Arène) va parfois chercher la qualité dans des histoires bien menées, mais un peu déplacées dans le cadre de la série (il en va ainsi de l’épisode précédent, L’Assassin). Cette fois tout est présent pour ce qui est un épisode dans la tradition, imaginatif, grinçant et pourvu d’un charme horrifique à l’ancienne comme la série n’en fournissait plus que rarement. Du reste, dans son surréalisme, il ressemble un peu au premier épisode de la saison, Une punition à la mesure du crime, et se hisse à son niveau pour être jusqu’ici le plus louable chapitre de cette saison 6.

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